‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 59 sur 126 · Castelluzza ou Castelluccia, au nord-ouest de Rome · texte numérisé non relu

Castelluzza ou Castelluccia, au nord-ouest de Rome

RÉVOLTE fiCS ORSIM IC llKHO.

mille fantassins et huit cents cavaliers: or cij^rv j^-; paraître exagéré, mais il but se rappeler qw Rir-oio avait alors à son service un <rrand nonbre & Xrsif^ alliées et mercenaires. I/armée se dirirra ver* Marino et campa à une petite datante de la ville* dans un vallon qu'on appelait Maccantrevola et qu'ombra^'.? it une antique forêt. On était à la fin d'octobre; la pluie, qui ne cessait de tomber, rendait fort dî/liciles !«-> mou\ements de Tannée et l'empêchait d'entreprendre le >iêce régulier de la place. Cependant le< Romains, rendant dévastation pour dévastation, se mirent a ravager impitoyablement la campagne avoisinante: ils coupèrent les vignes et les arbres fruitiers, brûlèrent les moulins, détruisirent la forêt, qu'on avait respectée jusqu'alors, en un mot ils ne laissèrent rien debout dans un vaste périmètre, et il fallut bien des années pour réparer les ruines qu'ils avaient accumulées en huit jours»

Tne partie de l'armée se porta vers Castelluzza 1 , petite cité voisine de Marino. La ville fut prise assez facilement et Rienzo s'empressa d'en faire raser les remparts; mais les soldats chargés de la défendre avaient eu le temps de se réfugier dans la citadelle et delà ils défiaient les efforts des troupes romaines. Pour arriver à les réduire, on construisit de hautes tours en bois, montées sur des roues, où l'on entassa force piques, javelots, flèches, haches. Durant ces préparatifs, qui prirent quelques jours, le tribun tenait sa cour au milieu de son camp, tout comme s'il eût été au Capitole. Il y recevait les ambassadeurs des cités confédérées, rendait la justice et s'occupait du gouvernement de la ville.

1. A Pouesl du lac d'Àlbano; il ne faut pas confondre celle ville avec l'autre cité du même nom dont il a été parlé plus haut.

Les Orsini, pensant qu'après la prise de Castelluzza Rienzo viendrait les attaquer avec toutes ses forces, commentaient à perdre confiance, lis s'adressèrent au légat qui se trouvait assez près de là, en Campanie, et le prièrent d'intervenir. C'était pour Bertrand un excellent prétexte de se rendre à Rome; aussi s'empressa-l-il d'accepter le rôle qu'on lui proposait.

Aussitôt arrivé, il mit à profit l'absence de Rienzo pour s'aboucher avec les principaux mécontents. En même temps, il écrivait au tribun de venir à Rome afin de s'entretenir avec lui. Rienzo ne se souciait ni d'abandonner son entreprise, pour se conformer au désir du légat, ni de l'affronter, sans avoir avec lui ses troupes ; il ne répondit pas d'abord, mais comme Bertrand lui adressait des lettres de plus en plus impératives, craignant de le pousser à bout, il se décida enfin à lui obéir. Avant de se retirer, il fit détruire ses machines de guerre et jeter dans un petit ruisseau, qui passait près du camp, deux chiens, en disant : « Ce sont ces chiens de chevaliers Giordano et Rainaldo Orsini », et, suivi de toute son armée, il revint à Rome.

Le lendemain, Rienzo ordonna qu'on rasât les palais des Orsini, qui se trouvaient dans le Transtevere; puis il se rendit à cheval à l'église Saint-Pierre, pénétra dans la sacristie et par-dessus son armure revêtit la dalmatique, long manteau blanc à manches, couvert de perles, qu'avaient coutume de porter les empereurs dans la cérémonie de leur sacre. Il se dirigea alors vers le palais des papes, son bâton de commandement à la main, la tête ceinte de la couronne tribunitienne, le visage empreint de fierté et de colère; « il semblait un être surnaturel », dit son biographe; une partie de ses gardes l'accompa-

goaient aux sons d'une musique guerrière ; c'est dans cet appareil qu'il se présenta devant le légat. « Vous avez réclamé notre présence ici, lui dit-il brusquement; que vous plaît-il de nous ordonner? » Bertrand lui répondit : k Nous avons à vous communiquer de nombreuses instructions de la part de notre seigneur le pape. » Le tribun lui répliqua d'un ton irrité et en élevant la voix : « Et quelles sont donc ces instructions ? » Le légat, comprenant qu'il était superflu de prolonger ce colloque, garda le silence. Rienzo lui tourna le dos et s'en alla ; il quitta même Rome sur-le-champ et reprit les opérations contre les Orsini.

Quant au légat, il resta, dans l'intention de créer des embarras au tribun et de soutenir ainsi la résistance des Orsini, car le pape lui écrivait : ce Dans le cas où l'on serait forcé d'avoir recours aux armes pour vaincre l'obstination de ce Nicolas, qui a la présomption de s'intituler tribun, il serait fort regrettable que les Orsini soient hors d'état de nous venir en aide ou qu'ils aient traite d'un accommodement avec les Romains. » Bertrand ne s'acquittait que trop bien de sa mission; il avait de fréquents entretiens avec les barons, minait sourdement le crédit de Rienzo et exploitait contre lui la misère de plus en plus grande du peuple. Mais le tribun ne tarda pas à être informé de ses menées et exprima sa colère d'une façon si peu déguisée, que le légat, ne se sentant plus en sûreté à Rome, s'enfuit précipitamment à Montefiascone 1 . De là, voisin de la ville, mais hors des atteintes de son ennemi, il pouvait tout à son aise suivre la marche des événements. Il lui fallait

1 • Au nord-ouest de Viterbe, près du lac Boise na.

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le moment venu de tenter un vigoureux effort, d'autant plus que quelques membres de la gentillezza leur avaient promis de leur livrer les portes de la ville, s'ils se présentaient en force; leurs émissaires cherchaient constamment à ameuter le peuple contre son chef. Une révolution pouvaîtéclater d'un moment à l'autre ; Rienzo, espérant par sa présence conjurer le danger, leva le siège de Marino et revint en toute hàtc à Rome où il rentra presque en vaincu. Inquiet, sombre, agité, il ne voulait voir personne, refusait toute nourriture et ne pouvait prendre aucun repos ni le jour, ni la nuit; le bruit courut même qu'il était fou.

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