‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 83 sur 126 · Denzenato, sur le Panaro, non loin de Ferrare · texte numérisé non relu

Denzenato, sur le Panaro, non loin de Ferrare

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quillité leur succèdent. Je tous ai choisi comme le plus digne et le plus capable de remplir les hautes fonctions que je tous accorde ; mettez un terme aux dissensions qui troublent la Tille, et que chacun se prépare à célébrer dignement le jubilé. »

Pour plus de sûreté, le pape avait investi le cardinal Ceccano des pouvoirs les plus étendus en vue du maintien de Tordre : droit de condamner ou d'absoudre les princes, les cités, les nations même, de juger sans appel, de conférer des dignités et des charges importantes, de sacrer des chevaliers; le légat habitait le palais papal, célébrait les offices avec le même cérémonial que le Souverain Pontife, et, quand il se rendait à Fégl i se ou retournait à son palais, les trompes d'argent sonnaient à son passage.

Le cardinal, qui était allé jusqu'à Naples, revint prendre possession de son poste en janvier 1550. Poncio Perotto, vicaire du pape à Rome, lui fut adjoint.

Les pèlerins commençaient à arriver; les premiers s'étaient mis en route au cœur de l'hiver, traversant les Alpes malgré la neige, malgré le mauvais état des chemins, et ils se dirigeaient sur Rome en troupes de plus en plus nombreuses; bientôt ce fut à peine s'ils trouvèrent de quoi se loger et se nourrir. Partout on exploitait leur passage; les aubergistes profilant de l'occasion, selon une coutume qui n'est pas nouvelle, faisaient payer à prix d'or le moindre réduit et pourtant, loin d'avoir le temps de s'occuper de tous ceux qui venaient leur demander un abri, ils ne suffisaient même pas à recevoir l'argent qui leur était dû; on le laissait sur la table en s'en allant et personne n'y touchait, tant était grande la probité qui régnait parmi les

fidèles. Des villes, comme Modène, imposant des droits exorbitants à ceux qui voulaient traverser leur territoire; peu importait aux pèlerins, ils se contentaient de faire un détour. Beaucoup couchaient en plein air; les Allemands et les Hongrois, entre autres, campaient autour de grands feux et entraient rarement dans les villes. Parfois des brigands les attaquaient, mais ils se prêtaient main-forte et se défendaient résolument. Leur imagination, surexcitée par les prédications qu'ils avaient entendues, leur montrait devant eux la ville sainte, où le pardon de leurs péchés et le salut les attendaient, et ils poursuivaient leur route, malgré tous les obstacles, imperturbablement.

De Noël à Pâques, il y eut constamment à Rome, diton, plus d'un million de fidèles; de Pâques à la Pentecôte presque autant; les chaleurs de Tété et les travaux des champs arrêtèrent quelque peu le flot des pèlerins, dont le nombre se réduisit, de la Pentecôte à l'entrée de l'automne, à deux cent mille; mais, depuis ce moment jusqu'à la fin du jubilé, c'est-à-dire, jusqu'à la Noël, l'afflucnce redevint énorme; les gens riches ou puissants, qui voulaient éviter de se trouver mêlés à la foule, choisirent celte époque pour aller gagner l'indulgence, et Rome devint le rendez-vous de l'aristocratie de tous les pays. Pétrarque, qui habitait en ce moment Padoue, suivit l'exemple général ; malgré un accident de cheval fort grave, il continua sa route jusqu'à Rome et y accomplit les dévotions prescrites 1 .

1. Voici ce qu'il écrit lui-même à ce sujet : (< Occupé du plaisir que me donnait l'espérance de voir Rome dans cinq ou six jours, je réfléchissais sur le changement que le cours des années apporte dans notre façon de penser; toici, me disais-jc, mon cinquième voyage à Rome ; j'y suis venu,

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Le célèbre cardinal Guy de Boulogne, archevêque do Lyon, oncle du roi de France, Jean le Bon, était venu au commencement du printemps, en même temps que sa merc Marie, fille de Guillaume de Flandre, seigneur de Tcrrcmonde \ En quittant Rome, il ne put s'empêcher de s'écrier : « Pour rendre cette cité à la raison, il faudrait la détruire de fond en comble et la reconstruire ensuite. »

On estime à cinq mille en moyenne le nombre des fidèles qui entraient et sortaient de la ville chaque jour; « c'était merveille, dit Pétrarque, que la terre, qu'on croyait dépeuplée , pût encore fournir une pareille multitude ». Malheureusement une foule de pèlerins périrent en route ou à Rome même; « un dixième seulement de ceux qui étaient partis revirent leur pays », dil un chroniqueur, qui probablement a exagéré la vérité.

Lorsqu'on exposa, vers la fin du carême, le saint suaire* à Saint-Jean de Latran, la foule, qui se pressa

il y a quatorze ans, poussé par la seule curiosité de voir les merveilles qu'elle contient; puis, le désir, un peu trop précoce, d'être couronné, m'y a ramené une deuxième fois. Ce voyage doit être heureux, puisqu'il a pour unique objet mon salut éternel. Pendant que je songeais ainsi, le cheval de l'abbé qui m'accompagnait, voulant frapper le mien, lança une ruade qui m'atteignit au genou. J'éprouvai une douleur si violente que je dus in'arrèter ; mais bientôt, songeant à la solitude du lieu, je résolus de (tousser jusqu'à Viterbe. »

C'était le 15 octobre; Pétrarque fut forcé de demeurer plusieurs jours à Viterbe ; il était encore souffraut de cet accident, lorsqu'il le raconte à Boccaco, le 2 novembre.

1 , Son père était Robert VII, comte d'Auvergne et de Boulogne. Guy passa par Este, le 17 février 1550. Nommé cardinal en 1342, il mourut le 23 novembre 1372.

2. Le saint suaire de sainte Véronique était un mouchoir avec lequel, d'après la tradition, elle essuya le visage du Christ couvert de sang et de sueur, {tendant qu'il portait la croix, et qui conserva l'empreinte de ses traits. 11 y avait également des saints suaires à Cologne, a Besancon, à Turin, etc..

pour le contempler fut si grande, qu'on dut le montrer aux fidèles tous les dimanches ainsi que les jours de fête; néanmoins, il arriva souvent que deux, trois et quelquefois jusqu'à douze personnes périrent étouffées en voulant s'approcher. On ne savait où loger une telle multitude, chacun s'était fait aubergiste et toutes les maisons étaient pleines; les Romains réalisèrent d'énormes profils, car non seulement ils faisaient payer fort cher aux pèlerins un misérable lit, mais ils leur défendaient d'introduire des denrées dans la ville, afin de pouvoir leur vendre ce dont ils avaient besoin à des prix excessif*; encore fraudaient-ils sur la qualité! Et cependant l'enthousiasme était si grand, que dans toute celle foule il ne s'élevait pas même une plainte et que les offrandes affluaient aux églises. Aussi la population fut-elle fort irritée lorsqu'elle apprit que le cardinal Ceccano, usant du pouvoir qu'il tenait du pape, allait réduire à huit jours et même, dans certains cas, à un jour, le temps que les fidèles devaient passer à Rome; cette mesure avail été, il est vrai, rendue nécessaire par le nombre toujours croissant des pèlerins; mais les Romains n'entendaient pas être ainsi frustrés de leurs bénéfices; il y eut un commencement de révolte bientôt apaisée par les concessions que fit le légat. Au reste, le "peuple n'aimait guère Ceccano, auquel il reprochait, entre autres choses, d'être originaire de la Campanie, de loucher et d'aimer par trop l'ostentation.

Celte malveillance éclata à propos d'une circonstance assez bizarre : le cardinal possédait, pour son agrément, un superbe chameau, animal alors presque inconnu en Europe; un jour qu'on le faisait promener dans une rour du palais, quelques gens du peuple s'approchèrent

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de lui pour le regarder de plus près, le touchèrent et poussèrent même la hardiesse jusqu'à vouloir monter dessus. Leurs exclamations, leurs rires attirèrent l'attention d'un des serviteurs de Ceccano qui, irrité de leur sans-gène, leur cria d'un' ton impérieux de s'éloigner; les Romains n'en firent rien; alors il passa aux menaces et finit par les faire chasser de la cour par les gens du légat. Le peuple, loin de se retirer, les accahla de pierres, brisa les grilles qu'on avait fermées et criant : « Sus, sus au patarin ! » se précipita sur le serviteur de Ceccano, qui eut à peine le temps de s'enfuir; les émeutiers se répandirent autour de la résidence du légal cl essayèrent d'en forcer l'entrée. Leur nombre augmentait à vue d'œil, car la nouvelle de cette bagarre s'étail vite propagée dans la ville : des gens armés de toutes pièces arrivaient à la rescousse des premiers assaillants; les pierres volaient de toutes parts, les (lèches s'entre-croisaient ; les Romains approchèrent même des machines de guerre. Un eût dit un siège en règle. Les gens du légat avaient fort à faire pour résister à l'assaut. Ceccano, qui ignorait la cause première de tout ce tumulte, assistait, plein d'elfroi, du hautd'un balcon, aux péripéties du combat; il se tordait les bras de désespoir, cl s'écriait en gémissant : « Mais que leur ai-jc donc fait? Pourquoi m'insuller de la sorte? Est-ce en vous conduisant d'une pareille manière que vous espérez engager le Saint-Père à revenir parmi vous? Il ne pourrait exercer en liberté, ni ses droits de souveraineté, ni ses fonctions sacerdotales. Je ne suis pas venu ici pour me battre. Vous êtes bien misérables et bien orgueilleux! » Malgré ses cris, ses supplications, ses gestes, la lutte continuait avec acharnement;

enfin le frère Gianni de Lucques, commandeur du Saint. Esprit, se précipita au milieu des combattants et parvint à les apaiser. Ceci se passait au commencement du printemps.

Peu après, Ceccano eut une alerte encore plus vive. Un jour que, pour gagner, lui aussi, l'indulgence plénière, il se rendait de Saint-Pierre à Saint-Paul, deux flèches furent tirées sur lui d'une petite maison isolée, située non loin de l'église Saint-Laurent 1 . L'une d'elles se perdit, l'autre se fixa dans son chapeau sans lui faire d'ailleurs aucun mal; le cardinal, en proie à la plus vive terreur, arrêta son cheval. Une partie de son escorte, qui était nombreuse, s'empressa autour de lui, tandis que l'autre se précipitait vers la maison d'où étaient partis les traits ; on la fouilla de fond en comble sans découvrir le coupable, qui avait eu le temps de s'enfuir par une porte de derrière et s'était mêlé à la foule des pèlerins. On ne trouva que son arbalète et deux flèches. Néanmoins, sur l'ordre de Ceccano, la maison fut rasée, et le propriétaire , qui n'en pouvait mais , paya ainsi pour le coupable. Le légat ne cessait de dire en revenant vers son palais : « Dans quelle ville suis-je donc venu? Il vaut mille fois mieux être un pauvre curé à Avignon qu'un grand prélat à Rome ; on vient m'assiéger dans mon palais, on cherche à m'assassiner dans les rues, et je ne sais de qui me venger ! »

Un prêtre fut mis à la torture, mais on n'en tira aucun éclaircissement; on jeta aussi en prison un grand nombre de malfaiteurs dont, après examen, on ne put établir la culpabilité; enfin, faute de mieux, Ceccano

1. L'église Saint-Laurent, qui existe encore, se trouve tout près de la colonnade de Saint-Pierre.

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accusa Iiicnzo d être l'auteur de cette agression. On courir le bruit qu'il avait pénétré dans la ville, milieu de la foule, tant pour y gagner l'indulgence q pour y travailler à son rétablissement. Certaines lelti que reçut le pape confirmaient, à ce qu'on dit, cette si position, et elle semblait d'autant plus vraisemblabh Avignon, qu'on y était alors convaincu que les Romai souhaitaient ardemment de rendre le pouvoir à le ancien tribun, et que seule la crainte de chasser pèlerins et de tarir la source de leurs profits les cm] chait de faire une nouvelle révolution. Les partisans Ceccano affectèrent de partager cette croyance. 11 i cependant bien difficile d'admettre qu'un personne -aussi connu que devait l'être Rienzo à Rome, ait pu dissimuler sa présence; ses ennemis étaient nombrei et celui qui l'aurait livré eût été largement récoi pensé; puis les faits qui viennent d'être relatés se se passés en avril, et Rienzo se trouvait à Prague, dès mois de juillet; or, il fallait à celte époque plus deux mois à un simple pèlerin pour franchir l'ésp, qui sépare Rome de la capitale de la Bohème 1 . La U tative de meurtre dont Ceccano faillit être victime saurait donc être imputée au tribun ; tout au plus v il permis de soutenir qu'elle était due à ses inei tions. Il faut se rappeler aussi que les Romains mé[» saient et haïssaient le légat et que, lorsqu'il mourut j après, on prétendit qu'il avait été empoisonné, sji pourtant accuser cette fois le tribun de ce nouvicrime.

Néanmoins, Ceccano, non content d'avoir lancé

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