‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 87 sur 126 · Voir page · texte numérisé non relu

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autres fléaux autant pour assurer voire triomphe que pour venger la mort de votre aïeul, et si je n'ai pas été choisi par lui et élevé au faîte des grandeurs, pour faciliter votre retour et être votre précurseur? »

Charles IV, qui avait moins d'ambition et peut-être plus de sens politique que beaucoup de ses prédécesseurs, comprenait bien et avait dit que l'empire ne pouvait être rétabli tel qu'il était jadis que par un miracle.

« Ne serait-ce pas effectivement un miracle, s'écrie Rienzo, si l'empire croulant était sauvé par un homme pauvre et inconnu comme moi, de même que saint François a soutenu naguère l'Eglise chancelante? Ta puissance est souveraine, ô César; que ton action bienfaisante s'exerce sur le ciel comme sur la terre! Le pape ne doit pas plus porter le glaive que toi les clefs; combien plus heureux serait le monde si chacun se contentait du rôle que le destin lui a assigné, et si l'on rendait à Dieu ce qui esta Dieu, et à César ce qui est à César. Le pape a fait jusqu'ici un fort mauvais usage du pouvoir qu'il s'arroge; il frappe les siens et ménage ses ennemis; ses brebis n'ont point de défenseur contre la rapacité des loups; le chef de l'Église, les cardinaux, le clergé, acceptent et approuvent tout ce qui peut contribuer à augmenter leurs richesses; mais si quelqu'un s'élève pour leur reprocher leur luxe et leur mollesse, ils l'appellent aussitôt hérétique et schismatique, et l'accablent sous leurs coups : plus d'un déjà a été traité de la sorte qu'on a, dans la suite, rangé au nombre des martyrs et des saints. Pour moi, je n'ai nul désir de disputer sur ces questions avec l'Église, je n'ambitionne qu'une chose: vivre en paix, honnêtement et assurer mon salut.

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« Je dois ajouter, pour terminer, que le temps presse, et que, si vous voulez vous rendre maître de Rome (et vous n'avez qu'un signe à faire pour cela), il ne faut pas attendre que les sénateurs actuels soient sortis de charge, car alors les sommes énormes que les différents impôts, et notamment la gabelle (cent mille florins), ont rapportées grâce au jubilé et qui appartiennent de droit à 1 empire, vous échapperaient.

« Que Dieu, par la vertu du Saint-Esprit, vous ouvre les yeux, et puissiez-vous, en ceci, comme en toute chose, n'obéir jamais qu'à la voix de votre conscience, sans autre souci que celui de la vérité! »

Charles IV ne crut pas un mot du récit que le tribun lui avait fait touchant sa naissance mystérieuse, mais il ne laissa pas que d'être séduit par les brillantes promesses du tribun et par ses vastes projets, si facilement réalisables en apparence. Il voyait tout le parti qu'il pourrait tirer de sa popularité en Italie, lorsqu'il voudrait aller, à son tour, se faire sacrer à Saint-Pierre. D'un autre côté, il craignait de se compromettre gravement vis-à-vis du pape, en secourant un homme qui avait encouru les foudres de l'excommunication et qui venait, dans cette lettre même, d'émettre des opinions si compromettantes sur l'avenir de l'Église et du monde, et d'outrager aussi ouvertement le Souverain Pontife. Ne voulant ni renoncera se servir du tribun, ni offenser le pape, l'empereur chercha à les réconcilier.

Il s'efforça longtemps, comme nous le verrons, soit directement, soit par la bouche de l'archevêque de Prague, de faire renoncer Cola di Rienzo à ses erreurs et aux doctrines des spirituels, espérant obtenir en retour de Clément VI le pardon et l'absolution du rebelle;

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cl ce ne fut qu'après avoir vu que ni lui ni l'archevêque n'avaient pu réussir à amener ce rapprochement qu'il consentit à abandonner le tribun à son sort.

Dès qu'il eut reçu la deuxième lettre de Rienzo, il dicta lui-même la réponse suivante :

« Bien des gens s'imaginent être supérieurs à leurs semblables en intelligence ou en génie, qui ne les surpassent qu'en orgueil et en vanité; tu es venu à nous de ton plein gré pour nous entretenir de projets qui ne tendent à rien moins qu'au bouleversement de l'Église, et tu prétends être inspiré par le Saint-Esprit, qui illumina jadis les apôtres et leurs successeurs. Or, les Évangiles ne parlent nulle part d'une nouvelle descente du Saint-Esprit.

« Dieu peut châtier, s'il lui plaît, ceux auxquels il a confié les clefs de saint Pierre; ce n'est pas à nous à les punir, car autant les représentants de Dieu sont supérieurs aux autres hommes, autant Dieu leur est supérieur en science, en sagesse et en justice. Jésus nous a recommandé de nous défier de ceux qui revêtent l'apparence des agneaux, et qui ont la cruauté des loups, c'est pourquoi nous te conseillons de rompre avec ces ermites ignorants qui suivent les doctrines d'un visionnaire, qui ne peuvent pas même lutter contre leurs mauvais penchants et sauver leur âme, et qui se flattent néanmoins de connaître tous les secrets du ciel et de pouvoir gouverner le monde selon le Saint-Esprit. Ceux qui les écoutent s'éloignent de la vraie foi et, bien qu'animés au début d'un esprit d'humilité sincère, finissent toujours par ne plu» songer qu'aux choses terrestres. C'est pour te préserver de ces dangers, que nous te retenons prisonnier, car Dieu nous a ordonné d'aimer notre pro-

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- li se peut qùv le |«euple romain et H ta lie entière soient tr^iù-K'-s et afïïi^és à la nouvelle de ton emprisonnemenU qif ii en résulte pour nous un grand dommage et q:ïf n.»:re h "'nru-ur en puisse être atteint, mais nous aimons mieux «trv approuvé de Dieu que loué par les hommes et affronter un mal passager ou l'infliger à nos seml LiMesque subir un châtiment éternel. Ainsi donc, m»u< te demandons, nous te supplions, de renoncer à tes chimères, d'ouhlier tes titre> passés, de ne point montrer envers ton Créateur un cœur endurci, mais de revêtir la cuira>se de la foi et de persévérer dans le chemin du devoir. ■-

La désillusion du prisonnier dut être grande après avoir lu celte lettre, qui réduisait à néant ses plus chères espérances; ainsi l'empereur daignait à peine faire allusion à leur prétendue communauté d'origine ! Loin d'offrir son concours à Rienzo, il lui conseillait de renoncer à tout jamais à ses rêves de grandeur ! Il lui fallait songer maintenant, non plus à attaquer ses adversaires et à rentrer triomphant en Italie, mais à sa liberté, à sauver sa lèle ! Il cherchait un un appui, il avait trouvé un juge sévère.

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Rienzo ne se laissa pourtant pas décourager et adressa à Charles IV un long plaidoyer, qu'il intitula : Bespon- $oria oratio tribuni ad Cxmrem super eloquio caritatis. On l'accuse d'ajouter foi à des prophéties douteuses, dit-il, on prétend que depuis la venue du Christ il ne s'est pas élevé de prophète, et que tout ce qui avait été prédit sur sa venue s'est accompli; pourtant Daniel a annoncé des choses qui ne sont point encore arrivées, et Jean a prédit l'avenir après la mort de Jésus. Que l'empereur ouvre enfin les yeux à la lumière, qu'il rejette les conseils de ceux qui la redoutent et qui seraient les ennemis de saint François lui-même, s'il reparaissait sur la terre. Est-ce à ces prélats, amoureux du luxe et de la bonne chère, que le Sauveur à accordé les stigmates, ou à saint François, humble et ignorant comme lui? Jésus n'a-t-il pas montré à quel point il aimait la pauvreté, en choisissant celui qui mettait cette vertu au-dessus de toutes les autres, pour soutenir son Église près de périr? Pourquoi ne serait-ce point encore à des humbles comme lui qu'il confierait le gouvernement de son troupeau? ce Jamais je n'aurais cru, ajoutet-il, aux prédictions de Cyrille, si saint Dominique et saint François ne s'y étaient trouvés clairement annoncés, et si Joachim ne les avait expliquées. Loin de moi la pensée que les prophéties changent le cours des événements avenir; j'ignore ce que saint Augustin et saint Jérôme ont pu dire sur la providence divine, la liberté humaine, la prédestination, le hasard ou le destin, ni comment ils accordent ces choses; mais j'ai bu quelques gouttes à la fontaine de la sagesse en lisant Tite-Live, Cicéron, Sénèque, Symmaquc et Boelius, et je pense que, si notre volonté était subordonnée à quel-

que nécessité inéluctable, nous ne mérilerions aucun châtiment pour nos fautes. Dieu considère du haut des deux les actions des hommes, dans le passé comme dans l'avenir, et il annonce parfois ce qu'il a vu, par la bouche des prophètes, sans que, pour cela, les hommes soient jamais privés de leur libre arbitre 1 .

« Quant à ces hommes qui, selon l'empereur, ont l'orgueil de se croire supérieurs aux autres, ne sont-ce pas plutôt ces prélats vaniteux et perdus de mollesse, que ces ermites humbles, se refusant toute douceur et ne vivant que dans la contemplation du Saint-Esprit?

« Je n'ai pas annoncé comme prochaine une nouvelle descente du Saint-Esprit sur la terre, mais sa diffusion dans le monde; l'Église elle-même ne dit-elle pas : «Viens, Esprit-Saint, remplis les cœurs de tes fidèles! » Chaque jour, grâce à Dieu, il se répand parmi nous; sans lui, il n'y aurait plus ni ardeur dans l'amour, ni zèle pour la vertu, ni espérance d'une vie éternelle. On veut que je me sépare d'hommes qui m'ont appris seulement à ne haïr personne, à souffrir avec résignation, à aimer mes persécuteurs et à prier pour eux ! Ne serais-je pas, si j'obéissais, le plus ingrat des hommes et ne mériterais-je pas le mépris de tous? »

Rienzo termine sa lettre en déclarant à l'empereur qu'il renonce à toute gloire humaine, que sa seule ambition est de réunir, sous la protection du pape, l'Italie divisée, et qu'il n'a jamais conçu le projet de réformer par lui-même l'Église chrétienne; ce sera,

1 . N'est-il pas curieux de voir Rienzo soutenir, peut-être un des premiers, celte théorie par laquelle tant d'autres après lui se sont flattés de concilier ces deux choses inconciliables dans les limites de notre entendement : In liberté humaine et l'omnisciencc divine?

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