COLA D[ RIENZO À PRAGUE
ainsi que ses compagnons de route, dans la prison de Prague. En même temps, l'empereur informait Clément VI de cet événement extraordinaire.
Comme il se plaisait au commerce des gens instruits et intelligents, il admit encore deux fois le prisonnier en sa présence; plusieurs personnages importants, curieux de le voir et de l'entendre, assistèrent à ces entrevues : c'étaient l'archevêque de Prague, Arncst de Pardubiz, dont nous aurons plus d'une fois à parler, l'archevêque de Trêves, l'ambassadeur du roi d'Ecosse. Cependant l'empereur, bien qu'il eût pardonné à Rienzo, à ce qu'il semble, ses torts envers lui, n'osait lui rendre la liberté. Alors le tribun résolut de frapper un grand coup; il adressa à Charles IV une longue lettre dans laquelle il commence par lui demander son élargissement, « car la foule, dit-il, a l'habitude de donner tort à ceux sur qui la main de la justice semble s'appesantir; lorsqu'on saura que vous m'avez emprisonné, on croira que mes crimes sont réels; Dieu m'est témoin cependant que je suis un chrétien fidèle, et que je respecte en tout point la foi évangélique et apostolique ; puis, les tyrans, ennemis parfois dissimulés mais toujours implacables de voire autorité et de la justice, qui ne redoutaient que moi et que nul n'a jamais pu châtier, se réjouiront hautement; ils redoubleront d'audace, et les malheureux qu'ils oppriment, privés de leur défenseur, perdront tout espoir; enlin le mal dont je souffre, et qui se traduit par des syncopes prolongées et fréquentes, surtout la nuit, ne fait que s'aggraver dans l'étroite cellule qui me sert de prison. Si vous ne voulez pas me voir succomber, ce qui remplirait mes ennemis de joie et les peuples d'Italie de tristesse,
d» OJLà M RIE.MO.
il me faut, affirment les médecins, du grand air et de l'espace, car ce sont les seuls remèdes contre ce mal, qui, s'il n'est pas convenablement soigné, occasionne souvent la mort subite de ceux qui en sont atteints. » Il aborde ensuite le point capital et, après avoir longuement assuré Charles 1Y que son désir avait toujours été de garder éternellement le silence sur ce qu'il allait lui révéler, et que les circonstances seules où il se trouvait, et une inexorable nécessité, l'avaient forcé à se départir de sa réserve, il lui rapporte, avec force détails, la légende relative à sa naissance, dont il a été parlé au début 1 ; à l'appui de son dire, il affirme, entre autres choses, qu'un ami de son père, se trouvant auprès de Louis de Bavière, lui avait dévoilé devant toute sa cour ce mystère, ce dont l'empereur pouvait facilement s'assurer, s'il le voulait.
Afin que Charles IV n'ait point à rougir de cette parenté inattendue, il lui énumère toutes les actions d'éclat, tous les bienfaits qu'il a accomplis durant son court passage au pouvoir, et, se comparant au Saint- Esprit, il rappelle ces paroles qu'on prononce en son honneur le jour de la Pentecôte : a Seigneur, envoie l'Esprit-Saint, et tu renouvelleras la face de la terre. » « De même que le soleil semble plus beau et plus brillant, dit-il, quand il apparaît de nouveau après avoir été voilé par de sombres nuées, de même, si grâce à votre tout-puissant appui je retourne en Italie, mon apparition y sera accueillie avec plus d'enthousiasme encore que la première fois. Qui sait si Dieu, qui prévoit tout, n'a pas envoyé la peste et les