CHAPITRE XX11I
SUITE DE LA CAPTIVITÉ DE COLA Dl RIENZO
Au début de sa captivité, la confiance de Rienzo était inébranlable; écrivant à Bartolomeo, abbé du monastère de Saint-Alexis 1 , il lui disait que ses amis et lui ne devaient pas se laisser émouvoir par les bruits sinistres que Ton faisait courir à son sujet, que ses vœux étaient près d'être exaucés et qu'avant peu, avec la grâce de Dieu, il reviendrait en Italie. Ceux qui opprimaient les défenseurs de la liberté seraient alors sévèrement châtiés ; mais, en attendant, il suppliait l'abbé d'engager ses partisans, s'ils tenaient à sa vie et à son retour, à ne pas donner suite à leur projet, qu'il avait d'ailleurs, pour sa part, toujours repoussé de toutes ses forces (doit-on voir dans ces paroles mystérieuses une allusion à l'attentat commis vers cette époque contre le légat Ceccano?). L'empereur se montrait plein de bonté pour lui, ajoutait Rienzo, et sa foi dans l'avenir était plus grande que jamais; s'il ne revenait pas au jour fixé, c'est que Dieu aurait voulu prolonger son temps d'épreuve et ses amis ne devraient pas se désoler pour
1. Près de la porte Saint-Paul; Honorius III avait restauré, en 1217, l'église qui se trouvait a cet emplacement et l'avait dédiée à saint Alexis, parce qu'il prétendait avoir trouvé, non loin de là, le corps de ce saint.
cela; s'il n'en disait pas plus long» c'est qu'il sedcGait de ceux qui l'entouraient 1 . Cette lettre, ainsi qu'une autre que lui adressait Ricnzo, devait être communiquée au chancelier de la ville, qui semble avoir été un des plus fidèles amis du tribun*, ainsi qu'il ressort de la lettre suivante que Rienzo lui adressa peu après : « J'ai éprouvé quelles étaient la sincérité et la fermeté de votre cœur, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune; ne vous désespérez pas; appliquez-vous, au contraire, à rassurer ceux qui soupirent après la liberté, et dites aux marchands de la Toscane que l'empereur est tout prêt à agir ; le parti guelfe n'a pas lieu de le redouter et il ne songe nullement à venger la mort de son aïeul 8 . »
Mais, à mesure que le temps s'écoulait, Rienzo perdait peu à peu son assurance des premiers jours; son découragement perce dans la lettre suivante adressée à son fils, qu'il avait précédemment confié à la garde de son beau-père : « Souviens-toi, mon enfant bien-aimé, de saint Alexis 4 , de saint Jean et de tant d'autres de tes concitoyens qui, méprisant les jouissances terrestres, se sont montrés supérieurs aux riches dans leur pauvreté, et aux grands dans leur humilité; ils ont mérité, en
1. Les lettres du tribun étaient, en eiïet, ouvertes et copiées sur un registre, comme celles de tous les prisonniers ; c'est ainsi que Pelcel a pu en avoir connaissance, dans un château ou dans un couvent des environs de Prague, et en faire prendre copie à son tour. Rienzo savait, an reste, que ses lettres passaient par les mains de l'archevêque, car, autre part, il prie Arnest, s'il ne veut pas les envoyer, de les lui rendre.
2. Sans doute Malabranca. Voir pages 118, 167, 213, etc. 5. Henri Vil, qu'on disait avoir été empoisonné en Italie.
4. Saint Alexis avait quitté la maison paternelle le jour même de ses noces, dit la légende, pour aller à Êdesse ; il revint bien des années plus tard, fut recueilli par ses parents comme un étranger, et ne se fit reconnaître de son père qu'au moment de mourir.