‹ Cola di Rienzo; histoire de Rome de 1342 à 1354Chapitre 92 sur 126 · Voir page suivante · texte numérisé non relu

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moi tombé, les crimes soient redevenus plus fréquents que jamais? »

On lui rappelait sans cesse sa présomption, mais n'avait-il pas expié, et au delà, toutes ses fautes par les souffrances que le Tout-Puissant lui avait infligées sans trêve ni merci? Et d'ailleurs, était-ce faire preuve de charité chrétienne que de le forcer ainsi à rougir de ses actions, alors surtout qu'il avait fait plus d'une fois publiquement acte de contrition? Dans la prétention qu'il avait jadis émise de rendre aux Romains le droit d'élire l'empereur, il ne fallait voir qu'un stratagème, destiné à tromper ses adversaires, et, en ce qui concernait les prophéties, une dure expérience lui avait appris à les respecter et à les craindre toutes indistinctement ; un enfant lui dirait dans la rue : ce Tribun, tu mourras demain », qu'il en ressentirait une secrète terreur et se préparerait à la mort. Ce ne sont pas assurément ces prédictions, dont il ignorait même l'existence six mois auparavant, qui ont déterminé sa conduite, mais l'amour d,e sa patrie, de la justice, de la liberté!

« Que si ces paroles, dit-il, dans un mouvement de fierté, n'ont pas le don de vous satisfaire, je n'y puis rien; je n'ai point à vous rendre raison de mes actes; vous n'êtes pas mon j uge, que je sache, ce n'est pas vous qui m'avez chargé de gouverner Rome; ma foi ne peut être suspectée, et je n'ai rien fait pour mériter le châtiment dont vous me menacez. Je me tairais, n'était ma crainte de devenir par mon silence mon propre assassin. Dieu m'aurait protégé, dites-vous, si j'étais son instrument; ce sont là des paroles sacrilèges; ne vous souvient-il plus combien de martyrs, que Jésus lui-même avait chargés d'une mission sainte, ont péri en défen-

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dant la foi? Leurs assassins ont été punis ; prenez garde que Dieu n'ait déjà préparé le trait qui doit vous frapper ! Vous attendez une récompense terrestre, mais Dieu seul connaît la fin de tout ceci. L'empereur me méprise parce que je suis venu ici seul et sans appui ; il aurait autrement écouté mes prières, si je m'étais présenté devant lui avec de riches présents, et accompagné de deux ou trois mille cavaliers bien armés. »

Mais Rienzo abandonne bientôt ce ton hautain, pour supplier Àrnest d'avoir enfin pitié de lui et de le faire comparaître à son tribunal en même temps que les ennemis du peuple, qu'il confondra devant lui ; il n'attentera point à ses jours, car son âme, raffermie par Dieu, ne peut plus être troublée par aucune tentation et se réjouit dans le malheur. Il termine enfin en priant l'archevêque de l'excuser si, malgré le soin qu'il apporte toujours à mesurer ses paroles, quelques vivacités de langage lui sont échappées, car l'humilité se fait rare, parmi les laïques, depuis le temps de saint François.

Ainsi Rienzo revenait peu à peu à des idées moins hétérodoxes, mais il ne s'était pas encore suffisamment rétracté pour que l'archevêque pût le déclarer non hérétique et lui rendre la liberté. À ce moment survint une lettre de Clément VI, écrite le i 7 août, qui aggravait singulièrement la position du prisonnier et allait mettre Charles IV dans un cruel embarras. « Informé disait le pape, que le Tout-Puissant a miraculeusement mis entre vos mains cet enfant de Bélial, père de la corruption, ce Nicolas fils de Laurent; si dangereux et si pervers, que des jugements, dont il n'a pas fait appel et qui sont devenus irrévocables, ont condamné comme hérétique, nous comptons que vous montrerez, en cette

occasion, votre dévouement à l'Église, votre affection pour nous, et votre amour pour votre Créateur. Nous avons enjoint à Arnest de nous envoyer cet homme sous bonne escorte, ou de le garder étroitement emprisonné, en nous tenant avec exactitude au courant de tout ce qui se passera, et nous le prions de nous dire si nous devons charger quelques-uns de nos serviteurs de se rendre auprès de lui, aGa de ramener ici le prisonnier, ou s'il désire que nous lui fassions parvenir les documents nécessaires à l'instruction de son procès. » Clément YI terminait en recommandant à l'empereur de se méûer avec soin de l'astuce du tribun et surtout de ne lui rendre la liberté sous aucun prétexte.

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