Colbert et le Canada
L'établissement de la Nouvelle-France est un des faits les plus remarquables du grand siècle.
Le but poursuivi était le plus noble que l’on püt se proposer : c'était la civilisation et la conversion des lointaines populations de l’Amérique, | si malheureuses dans leur dégradation et leur aveuglement.
C’est ce que tentèrent non-seulement les dépositaires de l'autorité publique, mais encore tout ce qu’il y avait de grands cœurs dans les familles de la noblesse, de la magistrature et de la bourgeoisie sorties des luttes civiles avec une foi plus ferme, des mœurs plus graves et plus sérieuses, et un zèle incomparable pour le bien.
Les catastrophes survenues depuis, et l'abandon des grands principes ont amené l'oubli de ces pre-
vI INTRODUCTION.
miers efforts et l'ignorance des résultats qu'ils avaient produits.
Mais depuis quelques années l'attention a été attirée vers ces contrées délaissées par une politique imprévoyante, et c’est avec une douce surprise et une vive émotion que la France a salué cette jeune sœur qu'elle avait méconnue pendant tant d'années. Elle lui est apparue tout à coup pleine de force et d'avenir et se révélant comme «cette jeune fille des rois endormie au fond des forêts, dont parle la vieille légende de la Belle au bois dormant’. »
Depuis les récentes expositions où accouraient de toutes parts les nations étrangères, quelle touchante impression a causée l'apparition subite de cette jeune nation ayant encore tant de signes de son origine et venant apporter les témoignages d’une grandeur et d’un développement si inattendus !
Rien ne peut être plus intéressant que de connaître les principes qui ont présidé à l’établissement de cette nouvelle France; et nous nous proposons de les exposer dans les pages qui vont suivre, en retraçant les institutions coloniales de Colbert, l’un des principaux fondateurs de cette