‹ Colbert et le CanadaChapitre 2 sur 16 · INTRODUCTION. VIT · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VIT

colonie qui a acquis, pendant qu'on ne songeait plus à elle, une importance si grande.

En commençant nous devons mentionner que nous avons puisé principalement nos renseignements dans les admirables ouvrages de M. P. Clément, membre de l’Institut, qui a donné une Vze de Colbert, et ensuite a édité les Lettres et instructions. On y trouve une mine: inépuisable de documents sur l'administration de ce grand ministre. Il est à désirer qu'ils soient répandus et étudiés; ce que nous citons est au moins le résumé de ce qui concerne le Canada.

Notice sur Colbert, par Eugène Forcade. — Autre Notice, par Villenave. — Histoire de Colbert et son administration, par Pierre Clément, membre de l’Académie, 2 vol. in-80, — Lettres et papiers de Colbert, par P. Clément, 6 vol. in-40, — Old regime in Canada; Parkman, Boston.

Dans une notice précédente, nous avons résumé quelques faits de l’histoire nationale, empruntés aux recherches de M. abbé Faillon!. Nous aurions voulu compléter ce travail en exposant ce qui se rapporte aux: hommes les plus considérables de France dont le nom se trouve lié à l’histoire du Canada: mais comme les études publiées en ces derniers temps sur la plupart de ces personnages ne sont pas encore terminées, nous ne parlerons maintenant que de Colbert, dont on s’occupe beaucoup en ce moment.

M. Villenave et M. E. Forcade ont donné les renseignements les plus précieux sur Colbert. On trouve en M. Pierre Clément, auteur de sa vie et éditeur de ses travaux, le biographe le plus compétent et le plus complet.

Plus tard nous présenterons Philippe de Chabot, grand amiral de France, qui à eu le mérite insigne, après avoir. désigné Jacques Cartier au choix du souverain, de le soutenir en ses entreprises; le président Jeannin, protecteur et ami de Champlain ; le grand

1. Revue de Montréal, 1877, pages 239, 278, 378, 363, 440. : |

Condé, qui a eu quelques rapports avec le pays; le cardinal de Richelieu, dont la correspondance et l'histoire montrent l'intérêt qu'il portait au Canada‘ ; enfin le cardinal Mazarin, qui à eu sa part d'influence, et qui d’ailleurs avait une grande idée de l'importance des colonies. Rien ne nous semble plus intéressant que d'exposer cette galerie des ancêtres du pays, et commencer par Colbert, c’est l'ouvrir parle plus illustre de tous.

Il y à, d’ailleurs, un intérêt particulier à parler de Colbert, parce que dans son œuvre l’on trouve toute l'exposition des origines administratives de la Nouvelle-France.

L'histoire de l'administration d’un pays est le meilleur complément que l’on puisse ajouter à l'exposition des faits. L'esprit de cette administration et de ses développements est la raison de tout ce qui est arrivé et le secret de tout ce qui arrivera. C’est en étudiant ces bases de l’histoire que l’on se rend compte des accroissements et des développements d’une contrée, et que l’on peut avoir la prévision de ses espérances et de ses destinées ?.

Le fondateur de l’organisation de la Nouvelle-France fut un homme éminent, et pour le bien comprendre, il

1. Correspondance du cardinal de Richelieu, 8 vol. in-40, publiée par le ministère de l'Instruction publique en France.

2, L'économie politique, par ses enseignements, peut donc rendre les plus grands services aux données de l’histoire, et l'étude des faits économiques a communiqué un caractère important aux travaux entrepris dans les derniers temps.

M. Boeck et M. Dureau de la Malle, avec leurs études administratives, ont éclairé d’un jour nouveau ce que l’on savait déjà de la civilisation grecque et romaine. M. de Savigny nous a fait pénétrer plus avant encore dans cette connaissance, en exposant la constitu-

est utile de voir comme il avait déjà fait ses preuves dans les circonstances les plus graves et les plus diffielles. Avant de s'occuper du Canada, Colbert avait tout renouvelé autour de lui par les seules ressources de l'administration. Il avait exercé une influence telle qu’il avait décuplé les richesses du pays confié à ses soins, et qu’il lui avait donné une puissance commerciale et industrielle qui le met encore au premier rang, après deux siècles de fonctionnement.

Nous montrerons d’abord quel était cet organisateur de la Nouvelle-France, et nous rappellerons les résultats merveilleux qu'il avait déjà conquis dans la mèrepatrie. Ce sera une introduction convenable à l’exposition de ses institutions coloniales. Enfin nous terminerons en répondant à quelques critiques adressées à Colbert par M. Parkman, dans son ouvrage, d’ailleurs très-remarquable, intitulé : Tue OLD REGIME IN CANADA.

Colbert est né à Reims le 29 août 1619. Il recut au baptème le nom de Jean-Baptiste, nom qui est cher — à un autre titre encore —au Canada?. Il fut élevé dans un collége ecclésiastique, et c’est là qu’il prit ces habitudes de travail, de modération et de simplicité dont

tion de l'impôt et le colonat chez les anciens. M. Laboulave, en donnant l'histoire du droit de propriété, nous à montré ce que les principes de l’économie ajoutent à la connaissance de l'histoire politique. (Eugène Forcade : Notice sur Colbert.)

1. Geffroy : Introduction à l'Histoire de Colbert, de M. P, Clément.

2, Le patron de la Nouvelle-France qui est honoré solennellement chaque année, est saint Jean-Baptiste.

il ne se départit jamais. Son père, le destinant au commerce, l’envoya à l’âge de seize ans chez des banquiers florentins, à Lyon, qui était dès lors la ville la plus commerçante de France‘. On vit plus tard comme 1l avait profité de ce premier apprentissage. A dix-huit ans il vint à Paris, où il avait un oncle, chef de division au ministère de la guerre, lequel augura bien de son aptitude et le fit entrer dans ses bureaux. Pour un homme ordinaire, e’eût été l'introduction à une impasse, mais pour Colbert, ce fut le commencement d’une fortune. Bientôt Michel Le Tellier, chef du mi-

nistère et allié aux Colbert, reconnaissant dans ce

jeune commis des qualités rares pour le travail, l’enleva à son oncle et l’attacha à sa personne. Colbert, en effet, s'était fait remarquer déjà par une pénétration extraordinaire pour les affaires, par une application que rien ne pouvait lasser, et en même temps, malgré sa jeunesse, par un ton de gravité et de sérieux qui l’ont distingué si particulièrement toute sa vie.

On voit, comme en ces temps de priviléges, le vrai mérite pouvait sé faire apprécier ; on le verra encore mieux, lorsque Colbert se trouvera en rapport avec les plus hauts dépositaires de l'autorité gouvernementale.

D'ailleurs, il était impossible de répondre mieux à ces commencements heureux que ne le fit Colbert. Ce n'était pas un homme à se reposer sur le succès, quel

qu'il fût, ni à se confier aux promesses de la faveur.

Il s’imposait un travail continuel ; il ne reculait devant aucune occupation, et comme il savait ce qu'il lui man-

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