‹ Colbert et le Canada [microforme]Chapitre 16 sur 16 · A ÉD · texte numérisé non relu

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l'établissement du commerce, de l’industrie et de l'agriculture, et le lecteur sera suffisamment éclairé quand il saura que ce ne sont que des reproductions textuelles de l’ouvrage de M. Faillon sur /a colonie française au Canada.

Le récit du fait d’armes du Long-Saut se trouve dans M. Faillon au second volume de son Histoire de la Colonie de la page 395 à la page M7 : or, il est complétement reproduit dans le volume de l'Old regime,

| de M. Parkman, de la page 63 à la page 83.

Le récit de l’expédition de M. de Courcelles et de | M. de Tracy se trouve dans le troisième volume de l'Histoire de la Colonie de M. Faillon, de la page 129 à la page 137; et il est textuellement reproduit dans M. Parkman de la page 186 à la page 207 de l'Old regime.

L'énumération des mesures prises pour l’accroissement de la population, que M. Faillon nous donne dans son troisième volume, de la page 202 à la

page 220, est reproduite textuellement dans l'O regime, de M. Parkman, de la page 215 à la page 231.

Enfin tout ce qui concerne l’agriculture, le commerce, l’industrie se trouve dans M. Faillon au troisième volume, de la page 222 à la page 257, et les

, mêmes faits se trouvent relatés encore, mais passim, à | partir de la page 231 de l'ouvrage de M. Parkman.

| Il est convenu que M. Parkman a les grandes qua- | lités du narrateur, la suite, l’enchaînement des faits, l'intérêt croissant du récit, la réunion des détails qui peuvent intéresser, et il est à considérer que ceux qui

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lui reconnaissent es qualités ont donné surtout pour exemple ces trois grands épisodes qui ne sont qu’une reproduction absolument littérale du travail de M. Faillon. En devons-nous conclure que M. Parkman est surtout remarquable quand il reproduit ! Mais au moins devrait-il citer ses sources!

Le récit du Long-Saut est particulièrement émouvant : c’est vers 1659, les Indiens se sont tous réunis et ont juré la perte de la jeune colonie. Ils arrivent de deux côtés : par l’Ottawa et par le Richelieu afin d’emporter Montréal, le boulevard de la Nouvelle-France. Alors un jeune officier nommé Daulac s’en va, avec dix-sept hommes choisis, à la rencontre des Iroquois ; il s'embusque dans un petit fort, à l’un des portages du fleuve, à vingt lieues de Montréal; il accueille les sauvages par une vive fusillade qui est le prélude d’une lutte acharnée de quinze jours, pendant lesquels l’armée des Iroquois s’épuise, sans pouvoir gagner un pouce de terrain et sans pouvoir se persuader qu'ils n'ont affaire qu’à quelques combattants. Au bout de ces quinze jours les Français succombent sous la fatigue, la faim et la soif.

Or, ce trépas vaut une victoire, et les Iroquois, surpris de l’intrépidité de ces quelques hommes qui leur ont fait perdre des milliers de combattants, s’en retournent dans leur pays, ayant renoncé à l’idée de se mesurer avec une nation qui compte des guerriers si intrépides.

Tout ce chapitre, que les compatriotes ont regardé dans M. Parkman comme un chef-d'œuvre, n’est que la traduction mot pour mot du récit donné par M. Faillon. 1l est vrai que M. Parkman fait suivre son récit

ET LE CANADA. Si

de cette observation : « Pour tout ce que nous venons de dire, nous sommes très-redevables à M. Faillon. » Il nous semble que ce n’est pas ainsi qu'on signale une traduction littérale.

Il est vrai encore que M. Parkman a intercalé, au milieu de son travail, une phrase de sa composition, elle est à la page 183 de l’O/d regime. Ayant dit, suivant M. Faillon, que les Français s’unissaient dans leurs prières à quelques sauvages qui les avaient accompagnés, il continue ainsi : « Le matin et à la veillée » les assiégés priaient en trois langues différentes, et > lorsqu’au déclin du jour on voyait au loin la cime » des arbres s’éclairer des derniers rayons du soleil, » les rapides joignaient leur mélodie rauque au chant » des hymnes du soir.» Ce n’est pas la présence de ces trois lignes qui a pu faire oublier à M. Parkman l'origine de son récit.

Passons à un autre chapitre regardé encore par les amis de l'historien américain « comme un modèle de narration, où il égale les meilleurs auteurs de son pays. »

Il s’agit des deux expéditions de M. de Courcelles et de M. de Tracy d’abord au mois de janvier et ensuite au mois d'octobre suivant en 1667, après lesquelles les Iroquois furent réduits à implorer la paix.

Ce récit qui comprend plus de vingt pages et qui a attiré tant d’éloges à M. Parkman est encore tout entier de M. Faillon, il n’y a pas à en douter. Ce sont les mêmes expressions, la même suite des événements, traduite avec talent ; mais les mots les plus caractéristiques viennent de l'original.

Il n’a rien omis, il n’a oublié que de citer l’auteur. Il le suit avec fidélité, mais il ne dit pas un mot de M. Faillon. Il est vrai qu'il a pris la peine d’intercaler une dizaine de lignes de sa composition qui donnent un de ces traits pittoresques dont il a le goût et dont le type se trouve d’ailleurs originairement dans les almanachs populaires. Il représente l'expédition fran- Caise arrivant sur les bords du Saint-Sacrement et il embouche la flûte champêtre.

« C'était, dit-il, la première de ces démonstrations guerrières qui ont rendu ces beaux sites historiques. Octobre avait commencé et ces déserts pittoresques montraient le brillant aspect de la plus belle des saisons américaines. Quand l’oiseau bleu s’élance du fond des bois, quand le canard sauvage s’ébat au bord des lacs, et que l’écho des montagnes répète au loin le cri perçant du pluvier. Alors les rochers rougis par le cours des eaux sont revêtus de la dépouille éclatante du sumac, ou des fraîches couleurs des jeunes chênes, ou des feuilles brillantes de l’érable, ou de la pourpre mate des frênes ; en ce moment les rayons du soleil passent obliquement à travers les nuages de l'automne qu: filent rapidement sur le flanc des montagnes aux riches couleurs et ils éclairent cette brillante apothéose de la saison mourante. »

Ces lignes sont bien, elles sont en situation, elles nous donnent les sentiments que pouvaient éprouver ces guerriers transportés tout d’un coup des pays civilisés au milieu des splendeurs de ces solitudes, mais comme on ne voit pas qu'elles diminuent en rien le mérite de celui qui a réuni les faits, qui les a recueillis

du milieu de tant de documents divers, qui les a contrôlés, vérifiés, etc.; on ne comprend pas pourquoi M. Parkman n'ait fait aucune mention de lui.

Viennent ensuite d’autres pages : une cinquantaine qui ont attiré à M. Parkman tant de compliments sur ses profondes recherches, ses connaissances de la statistique, des intérêts de l’industrie, de l’agriculture et du commerce ; or toutes ces indications sont prises entièrement du troisième volume de l’histoire de la colonie française de M. Faillon, c’est-à-dire aux deux tiers textuellement et le reste en analyse, en résumé. Nous n'en dirons pas plus sur ce sujet, il y aurait encore à citer les débats des gouverneurs avec les Sulpiciens et avec Mgr de Laval, les difficultés suscitées par M. de Frontenac contre M. d'Urfé, et M. de Fénelon, tout cela est si textuel qu’on reconnaît facilement la source à laquelle on a puisé.

Ce que nous avons dit ne vient pas de ce que nous méconnaissions les mérites du célèbre historien. Nous ne voulons pas mettre en oubli les services qu'il a rendus à la connaissance des annales religieuses de la Nouvelle-France. Nous ne craignons qu’une chose, c’est qu’il ne se déjuge lui-même et qu'il renonce aux qualités qui ont signalé ses premiers écrits. Sa bonne foi, sa largeur de vues l’ont signalé aux meilleurs esprits et aux appréciateurs les plus recommandables.

Il n’a pas à sortir de cette voie. Son esprit de justice, relevé par un remarquable talent d'écrire, lui a donné une réputation universelle. Il a trouvé son chemin qui s’élève sur les cimes si hautes de l’impartialité et de la sincérité. Enfin, il participe aux qualités émi-

nentes qui ont fait la distinction de ce grand Prescott et de ce charmant Washington Irving.

Après cela qu'a-t-il à faire d’ambitionner le rôle du sinistre Cotton Mather? ou bien de prétendre aux lauriers des orateurs de la célébration de l'anniversaire du 4 juillet, ou à la célébrité banale des faiseurs de tracts? Du premier coup il avait su s'élever dans une sphère bien supérieure ; il y était estimé, considéré, qu'il n'en descende pas, qu’il y reste, il nous semble que c’est au nom de ses plus chers intérêts que nous devons l'en supplier.

Nous terminerons ici cette étude; elle rappelle des faits importants d’un siècle, qui semble déjà bien connu, mais dont on a trop oublié les gloires les plus excellentes dans l’ordre religieux et moral. — Ceci a d’autant plus d'intérêt que l’on peut déjà si bien constater les accroissements dus aux institutions de Colbert.

Enfin nous pensons qu’à une époque où l’on revient à l'esprit colonial, il est utile de signaler à l’attention des œuvres qui étaient pleines d'avenir et dont on aurait retiré tant d'avantages, si l’on était resté fidèle aux principes sages et religieux qui avaient présidé à leur établissement.

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