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2 COLBERT Condé, qui a eu quelques rapports avec le pays; le cardinal de Richelieu, dont la correspondance et l’histoire montrent l'intérêt qu’il portait au Canada! ; enfin le cardinal Mazarin, qui a eu sa part d'influence, et qui d’ailleurs avait une grande idée de l'importance des colonies. Rien ne nous semble plus intéressant que d'exposer cette galerie des ancêtres du pays, et commencer par Colbert, c’est l'ouvrir par le plus illustre de tous.
Il y a, d’ailleurs, un intérêt particulier à parler de Colbert, parce que dans son œuvre l’on trouve toute l'exposition des origines administratives de la Nouvelle-France. |
L'histoire de l'administration d’un pays est le meilleur complément que l’on puisse ajouter à l'exposition des faits. L'esprit de cette administration et de ses développements est la raison de tout ce qui est arrivé et le secret de tout ce qui-arrivera. C’est en étudiant ces bases de l’histoire que l’on se rend compte des accroissements et des développements d’une contrée, et que l’on peut avoir la prévision de ses espérances et de ses destinées *.
Le fondateur de l’organisation de la Nouvelle-France fut un homme éminent, et pour le bien comprendre, il
1. Correspondance du cardinal de Richelieu, 8 vol. in-4°, publiée par le ministère de l’Instruction publique en France.
2, L'économie politique, par ses enseignements, peut donc rendre les plus grands services aux données de l’histoire, et l'étude des faits économiques à communiqué un caractère important aux travaux entrepris dans les derniers temps.
M. Boeck et M. Dureau de la Malle, avec leurs études administratives, ont éclairé d'un jour nouveau ce que l’on savait déjà de la civilisation grecque et romaine. M. de Savigny nous a fait pénétrer plus avant encore dans cette connaissance, en exposant la constitu-
ET LE CANADA. 3 est utile de voir comme il avait déjà fait ses preuves dans les circonstances les plus graves et les plus difficiles. Avant de s'occuper du Canada, Colbert avait tout renouvelé autour de lui par ies seules ressources de l’administration. Il avait exercé une influence telle qu’il avait décuplé les richesses du pays confié à ses soins, et qu’il lui avait donné une puissance commerciale et industrielle qui le met encore au premier rang, après deux siècles de fonctionnement !.
Nous’montrerons d’abord quel était cet organisateur de la Nouvelle-France, et nous rappellerons les résultats merveilleux qu’il avait déjà conquis dans la mèrepatrie. Ce sera une introduction convenable à l’exposition de ses institutions coloniales. Enfin nous terminerons en répondant à quelques critiques adressées à Colbert par M. Parkman, dans son ouvrage, d’ailleurs très-remarquable, intitulé : TnE OLD REGIME IN CANADA.
Colbert est né à Reims le 29 août 1619. Il reçut au baptême le nom de Jean-Baptiste, nom qui est cher — à un autre titre encore —au Canada *. Il fut élevé dans un collége ecclésiastique, et c’est là qu’il prit ces habitudes de travail, de modération et de simplicité dont
tion de l’impôt et le colonat chez les anciens. M. Laboulaye, en donnant l'histoire du droit de propriété, nous a montré ce que les principes de l’économie ajoutent à la connaissance de l’histoire politique. (Eugène Forcade : Notice sur Colbert.)
4. Geffroy : Introduction à l'Histoire de Colbert, de M. P. Clément,
2, Le patron de la Nouvelle-France qui est honoré solennellement chaque année, est saint Jean-Baptiste.
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il re se départit jamais. Son père, le destinant au commerce, l’envoya à l’âge de seize ans chez des banquiers florentins, à Lyon, qui était dès lors la ville la plus commerçante de France !. On vit plus tard comme il avait profité de ce premier apprentissage. A dix-huit ans il vint à Paris, où il avait un oncle, chef de division au ministère de la guerre, lequel augura bien de son aptitude et le fit entrer dans ses bureaux. Pour un homme ordinaire, c’eût été l'introduction à une impasse, mais pour Colbert, ce fut le commencement d’une fortune. Bientôt Michel Le Tellier, chef du ministère et allié aux Colbert, reconnaissant dans ce jeune commis des qualités rares pour le travail, l’enleva à son oncle et l’attacha à sa personne. Colbert, en effet, s'était fait remarquer déjà par une pénétration extraordinaire pour les affaires, par une application que rien ne pouvait lasser, et en même temps, malgré sa jeunesse, par un ton de gravité et de sérieux qui l’ont distingué si particulièrement toute sa vie.
On voit, comme en ces temps de priviléges, le vrai mérite pouvait se faire apprécier ; on le verra encore mieux, lorsque Colbert se trouvera en rapport avec les plus hauts dépositaires de l’autorité gouvernementale.
D'ailleurs, il était impossible de répordre mieux à ces commen’ements heureux que ne le fit Colbert. Ce n’était pas un homme à se reposer sur le succès, quel qu’il fût, ni à se confier aux promesses de la faveur. Il s’imposait un travail continuel; il ne reculait devant aucune occupation, et comme il savait ce qu’il lui man-
À. Ozanam : Discours au Cercle commercial de Lyon.
ET LE CANADA. 5 quait sous certains rapports, il y suppléait par une persévérance infatigable ; enfin il n’abandonnait jamais ce qui lui avait été confié, sans l'avoir amené au plus haut point de perfection qu’il pouvait lui donner. Il voyait dans chaque étude un moyen d'étendre ses connaissances et de les rendre plus complètes. S'il avait attiré l'attention du ministre par ses qualités, il gagna ensuite toute sa confiance par le zèle avec lequel il répondit à sa bienveillance. Du reste, il ne se refusait pas tout repos, mais il l’appliquait à des choses utiles.
Il étudiait la science financière des étrangers — science
dont il avait pris connaissance chez ses premiers patrons, les banquiers florentins de Lyon—; il se mettait au courant de la situation industrielle et commerciale des différentes provinces. Enfin, pour bien faire connaître Colbert, il faut encore signaler le goût prononcé qu'il eut dès sa jeunesse pour les sciences et pour les arts : illes étudiait avec soin dans ses moments de loisir, et c’est ce penchant naturel qui explique tout un côté de son administration, lorsqu'il fut arrivé à la tête des affaires. Nul premier ministre ne protégea plus que lui les savants, les lettrés, les artistes, et l’on sait comme il les fit combler de faveurs par le souverain.
Il était donc devenu l’homme de confiance du miuistre Le Tellier. Ce n’était que le prélude de bien d'autres faveurs. Colbert rédigeait les notes que le ministre envoyait au cardinal Mazarin; plus tard il fut chargé d'aller les présenter lui-même et de donner au premier ministre les explications nécessaires. Or, le