CONCLUSION L'ŒUVRE DE COLBERT
L'œuvre de Golbert est un œuvre d'ensemble. — Louis XIV avec Golbert et Louis XIV sans Golbert. — Golbert avec Louis XIV et Golbert sans Louis XIV. — Gomment Golbert laissa la France. ,
Ce qui frappe; ce qui saisit le regard de i'his- L'œuvre de coi-
bert est one
torien dans Tœuvre de Golbert, c'est tout d'à- fembîe. *^"" bord son unité et Tétroit enchaînement de ses diverses parties. EUe semble un vaste monument, imposant par sa majesté, par la pureté et la simplicité de ses lignes, par sa belle ordonnance ; où tout est logique et motivé; où tout a sa raison d'être, sa cause et son utilité ; où tout ^
est en son lieu et parait nécessaire ; dont on ne saurait rien retrancher, tant Ton comprend que, faute d'une pièce, Tédiflce entier s'écroulerait. Puis, lorsque séduit par cette vue d'ensemble,
on descend à Tétude des détails, on est surpris du soin apporté à chacun d'eux, du fini de chaque morceau, et de la perfection de chacun des ouvrages qui s'associent dans une si complète et si heureuse harmonie.
Pour si peu qu'on ait recherché l'esprit et la portée des nombreuses réformes effectuées par
Colbert , on sent tout de suite qu'au-dessus de toutes, règne et domine une idée maîtresse, une idée mère.
Goiberl ii'a poî&t ré»iga»i8é ou créé eâÀoe à pièce une série dB services j)ubTi]cs.: c"'e&t l'universalité même de ces services, disons plus, c'est l'État lui-même qu'il a constitué sur des iiases tell^QE^mit iBoUdes qu'diéfi ^cteirt^eticore, avec la ipl^apart -àem énfititutâons ioiidéas par lui, presque txmke& ^odles «jue le xik'' «àècdB ta étai)lie&.
Ge Becaïi, seL<M saos, ^aas granm teneur faislO'ricpsB de croire que dGki)ea[!i s'^eBi attaqué i(mï vd'aèord à telle s^rte fA'abus phitot qu'à rleUe anltre^ qiTM ;a 'dsostei 4b pnéfiécecioe ted xÈmm^ d'expmfioûe plutàt que îbdl autre ;maa, il a tout (eosibDaBBsé d'im iseulfmnBp d'oediL, parœ qfu'il aiwt CDioprès fOie ioutœ èes pArties 4'iun tffMv^s^m- ÉïssA sont Ëées coAre eliee <et çuVen n'd mn
L'(s?[jviiE dec;oiï;bert 459
transTormé tant qu'on n'» pas traneforiDê 'tout.
Notrs le voyoïïs débuter, à son arrivée aux affaires, non point seulement «n propos»rit des reformes financières, conHaawciàles <m «dnnnistratives, mais en exposant tout un plan 3e rëformes sociales : to*op de magistrats, trop de charges 4b judicatupe , trop d'offices, trop de professions parasites, énervantes, infécondes, «ù la Insurgeoisîe enfe^ ses facultés, pcrar le profit de quelques-uns peut-être, mais àlaTuîne de la nation. El en regard : trop peu de professions utiles, trop peu d'intelKgenoes et de bras pour les eicercer : trappende 'laÉ>auTeurs, d'^ouwriere, de -marchands, d'artisans, de marins.
'Si son ftcfrçfté «papràît d'àlîwrd s- ap^quer pfhis particuhèreraent bux iîiîances , c'est la bonne irdmimiglrgrtien des revenus -de l'Étrft 'qui peut seule ■assurer Texécuïion 4es projets qtfil médite *d'exëctiter da«s tt!«ftes les parties du gouireratement.
Aussi, dès qire les ressoirrces du Trésor etïrent ^é asetirêes, te 'voyons-^nOTre mencsr de front, dans la même année , paresque dans le même mois, la même semaine , les entreprises tes pl^Rs €îveri9e». Et le même lîfôtawt ïious le
montre à la fois politique habile, financier consommé, économiste prévoyant, édile infatigable, diplomate, marin !
Undenosérudits les plus distingués,M. Pierre Clément, a élevé à la mémoire de Colbert un monument digne de lui, en rassemblant la plus grande partie de sa correspondance. Dans ce beau recueil, les lettres de Colbert sont classées dans Tordre des matières spéciales auxquelles elles se rapportent. Nous approuvons cette classification et Ton n'en devait point choisir d'antre. Mais si, au lieu d'être ainsi groupées, on les avait rassemblées par ordre de date, on serait merveilleusement surpris du grand nombre des objets sur lesquels la pensée de Colbert s'est arrêtée dans le court espace d'une année, devoir quelle multitude de sujets il a traités en si peu de temps, et l'on admirerait cette souplesse d'esprit, cette facilité incroyable avec laquelle il passait de l'examen des plus grandes affaires à la discussion des moindres détails ; remuant et agitant à la fois cent questions diverses, sans rien confondre, sans rien mêler, faisant Tordre et la lumière partout.
^-^y^.K^y . Nous avons fait du règne de Louis XIV deux
avec Colbert et ^
LoDis XIV sans Colbert.
grandes parts : Louis XIV avec Golbert et Louis XIV sans Golbert. Il faut faire de la vie politique du grand ministre deux parts aussi : Golbert avec Louis XI V, Golbert sans Loui s XI V . Expliquons^ous. ^ ,^ . - -, ^^^^;^ ^^,:^ ^, /
Golbert eut assurément du génie. Le vaste coiben avec
^ Louis XIV et Col-
système si bien ordonné, si complet, qu'il portait ^5*^ Çf;
déjà dans son esprit, lorsqu'il entra en charge, est, certes, une magnifique conception. Mais qu'en fût-il advenu si Louis XIV ne l'eût point goûté, n'en eût point compris la grandeur et la nécessité? On eût réalisé peut-être quelques réformes partielles, plus ou moins importantes, et c'eût été tout. Les grandes transformations politiques, économiques ou sociales ne s'opèrent avec quelque garantie de durée que sous rinfluence d'une volonté ferme, persistante, inflexible. Dans des temps plus rapprochés de nous, l'organisation judiciaire de la France, la réduction de ses lois en un seul code, son organisation administrative, la réforme radicale de son régime économique, ne se sont accomplies que sous l'action d'une volonté unique qui ne s'est point laissé enchaîner.
Tant que la volonté de Louis XIV a été celle
iœ L'Œmiiii& OR cûkjèwns
de GoU>€art^ tant nviiis aut été unie d«is la Brème pensée' et le mêix^ désir, ColberL a pu be»o^ coup exécuter, beaucoup tesiter,, parce qu'il poiF vait tout vouloir et Umi oser.
Cette période de travail commua,, de eodlâJ^oration incessante, d'union dans un égal amour du bien de la. nation, est celle q^ui s'écoala depuis la mort de Mazarin juscju'aux débuts de la gu^re de Hollande. C'e&t Galber t avee, Louis XIV; e'est Colbert avaugant touyoursi droit devant lui, sans que rien :. obstacles, rési-&tances,. coLèrea, baines, révoltes, vienne le distraire ou le débouruer de son cauvre*.
Maia Louis XIV avait goûté une premièœfois tes âpreSi voluptés de la. pierre victorieuse^ de la guerre pampeuâ8/eL&isliaieusev comme il la faisait r ces grandes joies, il désirait les goûter em^ore, il feUut les lui rendre et la conquête de la* Hollaiii(î&. fut résolue. A. partir de ce. moment,, il échappa à Colbert. Et,, du: jour où cebti-ci na disposa, plus de Ut volonté diu msutce, nous jxt disons pas que* tout, fut peidu ^ jxvàm tout^ fut compromis.
Colbert^ dèa cette époque^ et Dieu sait s'il ea dut souttrir, se vit conldraiiitd'eiitaiB«rluir^ôme SOU; œurvre inacbevée. Sans diHite il s^eSorça
d'eïL enlever les moinérea pierres ;; mai» touÉe» l&St pâsties se tenaiseai^ tûiilefi étaient solMaifts^ et KisffiBflieiiae! oavi»^ Miâbranlév. Ge^fnB la périecte dauloureuse^ le caivaârc^ b passboi du: gfani b^»nme. Côlber B lâiflâa vivre Louis XIV ineins gnand q^'il ne l'âfvait fiatit Louis XIV laissa Golbert s^^éteiiQdFe dass la tristes^e^ Les regnefe et kr désesfioir. Colbest sans Lcmis XIV ne pouvait plua rien*^ il n!avaiJ2 plus nen à tenter, rien à faîre^ qpi' à mourir : il mourut..
Si rapidement qaeût été élevé L'édifice cun^ strttjjt par CoUj^rfc de i6&i à. l&73v ili Tavait ^ si solidement, i'xmemaMt si sure ei si ferme, de m^ériaux. si résistantiS et si épcouvés, cpi^Iea^ vicissitudes des temps et les entreprises des hommes ne parvinrent pas à le détruire, et nous gardons encore de lui mieux que des ruines : des institutions durables que le génie de notre époque a rajeunies, restaurées et renouvelées- Louis XIV dut à Golbert la plus belle et la plus noble part de sa gloire ; Golbert ne dut rien qu'à lui-même, a Dieu a béni mon travail! » s'écriait-il. Et il disait vrai, car son incessant labeur avait produit d'abondantes moissons.
Un commerce florissant, une industrie pros- comment coibert
laissa la France*
père, les finances rétablies, une marine formidable, des ports, des arsenaux, des canaux, des fortifications sur tous les points importants du territoire, d'admirables palais, remplis des chefs-d'œuvre de tous les temps et de tous les pays, les lettres en pleine splendeur, les sciences protégées, encouragées, le prestige de la nation relevé au dehors, Tordre rétabli partout à Fintérieur avec le respect de l'autorité : tels furent les fruits de ces vingt-deux années si laborieuses, si pleines de travaux, de réformes, d'entreprises et d'événements que, pour en trouver de semblables, il faut que le xvu* et le xviii* siècles s'écoulent et s'achèvent.