‹ Coléopteres (volume 2)Chapitre 46 sur 60 · QUATRIEME FAMILLE · texte numérisé non relu

QUATRIEME FAMILLE

GYRINIENS. GYRINII. Erichson.

Kafer der ruarck Brandeburg.

Corps ovalaire, plus ou moins convexe eu dessus, plat en dessous; tête en partie engagée dans le corselet; deux paires d'yeux, l'une supérieure et l'autre inférieure; antennes très-courtes, de onze articles : le premier très-petit, le second très-gros, presque sphérique, le troisième triangulaire, dirigé en dehors en forme d'oreilles, les huit suivants très-serrés, à peine distincts et formant une petite massue allongée : ces organes insérés dans une cavité latérale, profonde, située un peu en avant des yeux supérieurs; menton très-profondément échancré ; mandibules courtes, bidentées; mâchoires très-aiguës, ciliées en dedans; palpes au nombre de quatre, les maxillaires internes n'existent pas d'après M. Aube, contrairement à l'opinion d'autres entomologistes; corselet transversal; écusson tantôt apparent, tantôt invisible; élytres tronqués à l'extrémité, ne couvrant pas entièrement l'abdomen; ailes constantes; prosternum très-court, comprimé en carène; pattes antérieures trèslongues, grêles, ayant les tarses garnis de brosses soyeuses dans les mâles, se plaçant dans le repos dans un sillon situé sur les côtés de la poitrine : intermédiaires assez éloignées des antérieures et (tant, ainsi que les postérieures, très-courtes, larges, fortement comprimées, presque membraneuses, garnies en dehors de petits cils aplatis; tarses à articles au nombre de cinq, presque tous confondus, le premier large, triangulaire, les deuxième et troisième très-étroits, longuement prolongés en dehors, le quatrième également étroit et supportant, à son extrémité, le cinquième, qui ès-petit et armé de deux petits crochets peu visibles: ces deux dernières paires de pattes propres à la natation; hanches postérieures ayant un prolongement peu saillant, offrant de chaque côté une espèce de sillon pour loger les pattes postérieures.

I. sGyriniens, qui faisaient partie des Hydrocanthares de Latreille, sont des insectes éminemment Biers; ils vivent tous dans l'eau, particulièrement dans les petits ruisseaux et dans les mares. I que toujours [tiares a la surface de l'eau, ils y reçoivent la lumière d'une manière directe, et ils sont d'uni- eouleuf noirâtre très-brillante, souvent avec des reflets bronzés, on croirait voir autant de perles s'agiter sur l'eau quand le soleil frappe de ses rayons ces insectes pendant qu'ils exécutent leurs évolutions Ils se meuvent dans toutes les directions avec une vitesse et une aisance que ne présentent pas l< s poissons les plus agiles; mais leurs mouvements sont plus particulièrement circulaires, ce qui hur a valu le SUrOOUl vulgaire de Tourniquets. Néanmoins il leur airi\e. parfois de demeurer tout a fait immobiles, et l'on pourrait croire alors ipie rien ne serait plus facile que de s'en emparer, lorsque tout ;i coup ils disparaissent avec lu rapidité (le L'éclair, soit en se dirigeant horizontalement d'un point à un autre, soit en plongeant perpendiculairement. La

disposition de leurs yeux, qui leur permet de voir ce qui se passe en dessus comme en dessous

d'eux, leur donne la facilité d'échapper aux surprises. On peut s'en procurer la preuve en les pla« • dans un verre d'eau; après avoir lait quelques tours en nageant, ils finissent par rester tranquilles sur la surface du liquide m.iis des qu'on approche la main du verre ou que l'on fail quelque mouvement, sans cependant loucher le vase dans lequel on les ;( renfermés, ils s'agitent de nouv< enfoncent ordinairement dans l'eau Ces insectes se réunissent souvent en grand non

?M HISTOIRE NATURELLE

bre à la surface de l'eau: alors seulement on peul espérer do son procurer quelques-uns à ! .u'cîe d'un filet el en s'y prenanl adroitement; car presque tous échappenl à leur ennemi par leur vigilance et la promptitude de leurfuite. On on voit quelques-uns qui se précipitenl au fond de l'eau, ou ils s'accrochenl à la tige dos plantes aquatiques; dans ce cas, il se formo à l'extrémité de leur corps une petite bulle d'air qui ressemble à un globule de mercure. On en rencontre également Iquefois qui se transportent d'une mare à une autre on volant; ear leurs ailes bien développées leur permettent, comme aux Dytisciens, la locomotion aérienne.

insectes de cette famille sont généralement très-petits; cependanl quelques espèces étrangères à l'Europe sont de taille moyenne el atteignent jusqu'à trois centimètres <\e longueur; on en

pendant toute la belle saison dans les lacs, les marais, les étangs, et dans tontes les eaux tranquilles; on en trouve également dans de petites mares formées momentanément dans quelques capar li -. pluies. Quelques-uns se rencontrent particulièrement dans les flaques d'eau saumâtre, sur les bords delà mer. et le nom de l'une des espèces européennes (Gyrimts marinus) indique

■ nie d'habitat; -enfin certaines espèces se voient, mais en petit nombre, dans de petits ruisseaux dont l'eau est courante.

Tes Gyriniens font suinter t\e leur corps, quand on les a saisis, une liqueur laiteuse d'une odeur très-forte et désagréable, qui persiste longtemps après qu'on les a touchés.

M. Léon Dufour, dans le tome 111, V série, des Annales des Sciences naturelles, a donné de nombreuses observations anatomiques sur l'espèce d'Europe, la plus commune do cette famille, le Gyrinus natator. Le tube digestif a quatn fois la longueur de tout le corps; l'œsophage est gros, vu la petitesse de l'insecte; le jabot est très-lisse, simplement membraneux, sans aucune apparence de rubans musculeux, soit en long, soit en travers; il n'est pas rare que la portion de ce jabot qui pénètre dans l'abdomen offre un renflement latéral, do manière qu'alors l'œsophage s'y insère tout

i par côté, el cette poche est presque constamment remplie d'une pâte alimentaire noirâtre; le gésier est ovalé-oblong, rènitcnt, élastique, et, à travers ses parois, on reconnaît qu'il est i,rarni intérieurement de pièces brunes destinées à la trituration: le ventricule cbylifique est court, hérissé de grosses papilles coniques très-distinctes; l'intestin grêle est filiforme, remarquable par sa ,longui ur. qui égale la moitié de tout le canal digestif; le cœcum n'est pas latéral comme dans les D\tiques; il est peu renflé el sépare de l'intestin grêle par une légère contracture : examiné à une forte loupe, ou \ découvre quelques traces de plissures transversales, ce qui, joint à sa texture membraneuse, le pend susceptible d'être gonflé par l'air. Les testicules sont tout autrement organisés que ceux îles autres Coléoptères carnassiers ; au lieu d'être formes par les replis d'un vaisseau spermatique, ils consistent chacun en un sachet oblong, cylindroïde, plus ou moins courbé, obtus par un bout, dégénérant insensiblement par l'autre en un canal défèrent sans qu'on observe aucune trace d'épididyme, et qui va s'insérer dans la vésicule séminale correspondante, tout près ■ ■ l'endroit où celle-ci s'unit à sa congénère pour la formation du canal èjaculateur; ces vésicules, au nombre de deux, sont longues, filiformes, diversement repliées; l'armure copulatrice se comde trois lames principales, cornées, allongées, droites, comme tronquées à leur extrémité; les latérales, qui sont les panneaux de l'intermédiaire, se terminent pas des soies blanches assez roidos, longui , épaisses vers leur base : la lame intermédiaire forme plus particulièrement l'étui de la verge : celle-ci est dépourvue de soies, el offre dans son milieu une fente longitudinale. Chacun

ovaires des femelles forme un faisceau d'une vingtaine de gaines ovigères, lesquelles aboutissent à un calice cupuliforme. Le vaisseau sécréteur de la glande sébacée est renflé, et ce renflement se termine parmi petit filet tubuleux; il s'abouche à la partie postérieure du réservoir, qui est ovalaire. les crochets vulvaires sont bruns, très-ciliés.

L'accouplement des Gyriniens a lieu à la surface de l'eau; presque toujours le mâle est plus étroit que la femelle. Celle-ci dépose sesœufs sur les feuilles des plantes aquatiques. Les œufs, d'après De Geer, onl la forme de petits cylindres d'un blanc jaunâtre; mais cela ne doit très-probablement s'appliquer qu'à la larve <\u Gyrinus natator, Linné, qui est seule véritablement bien connue, et à laquelle peut s'appliquer ce que nous allons dire des larves d'une manière générale, (l'est environ

' joui iprès la ponte qu'a lieu l'éclosion des larves. Celles-ci mit une l'orme toute particulière qui leur donne dos rapports avec les larves de quelques Névroptères, tels que les Éphémères, les l m ; quelques .unies insectes. Cette forme est due a la présence d'appendices flottants in-

fel9

sérés sur les cùtés de chacun des anneaux île l'abdomen, et qui ont l'ait comparer ces larves, avec quelque raison, à des Scolopendres, dont elles présentent l'aspect au premier abord. Lear tète est beaucoup plus allongée que celle des larves des Dytisciens; elle présente de chaque côté un groupe formé de plusieurs petits yeux, et offre des rudiments de palpes et d'antennes. Leur lèvre supérieure n'est pas articulée, elle est seulement indiquée par des saillies du bord de la tête ; les trois segments qui viennent après la tête portent, comme à l'ordinaire, chacun une paire de pattes, et le premier est plus long que les autres. Chacun des segments de l'abdomen est accompagné, sur le côté, d'un appendice flottant qui doit servir à la respiration; cet appendice est dirigé un peu en arrière, où il se termine en pointe; il est presque aussi long que les pattes et garni de deux franges de poils. L'avant-dernier anneau du corps porte de chaque côté deux appendices plus longs, plus grêles, et dirigés en arrière. Le dernier segment est très-petit, armé de quatre crochets qui semblent articulés et qui sont courbés en dessous; la larve les remue continuellement, tandis que les appendices des segments précédents ne semblent pas avoir de mouvement propre, ce qui empêche de penser qu'ils puissent servir à l'insecte d'organes locomoteurs. D'après cela, les larves des Gyriniens sont très-différentes de celles des Dytisciens; leurs mandibules ne sont pas percées vers le haut comme chez ces derniers, et leurs pattes ne sont pas non plus garnies de poils.

Selon les remarques de Modéer, publiées dans les mémoires de l'Académie d'Upsal, c'est dans les premiers jours du mois d'août que la larve des Gyriniens sort de l'eau pour se rendre sur les feuilles des roseaux et autres plantes aquatiques; elle, s'y enveloppe dans une coque ovale, pointue aux deux extrémités, et formée d'une matière qu'elle extrait de son corps, sans doute par quelque partie de la bouche, et qui devient semblable à du papier gris. C'est dans cette coque, fixée à la feuille qui la supporte, qu'elle se transforme en nymphe, et, après avoir passé près d'un mois dans cet état, elle devient insecte parfait. Celui-ci, aussitôt son éclosion, se jette à l'eau, et ne tarde pas à s'accoupler.

[Ju reste, il paraît que les larves des Gyriniens sont très-difficiles à élever; elles sont beaucoup plus rares que celles des Dytisciens, ce qui semble prouver qu'elles sont moins vagabondes que ces dernières, ou qu'elles peuvent s'échapper plus aisément. Modéer semble être le seul naturaliste qui ait pu suivre leur entier développement sur le Gyrïnus natator. Toutefois, dans ces derniers ten M. Wesiwood a signalé les métamorphoses d'une autre espèce de la même famille, YOrectockcUus lillosiis, Fabricius, qui n'est pas rare dans plusieurs parties de l'Europe.

Les Gyriniens ont été primitivement réunis au genre Dyliscus, de Linné, puis séparés par Geoffroy, sous le nom de Gyrïnus, et enfin divisés en plusieurs genres distincts. Dans cet état, ils ont souvent éïé reg irdés comme devant faire partie de la famille des Ilydrocanthares, qui était composée de ces insectes et des Dytisciens proprement dits. Cependant, si l'on considère leur forme générale, la construction de leurs antennes et de leurs pattes, et surtout le nombre de leurs yeux, on sera naturellement conduit à les séparer des Dytisciens, avec lesquels ils n'ont réellement de commun que leur vie aquatique.

Le caractère que nous venons d'indiquer, le nombre de leurs yeux, est suriuut des plus importants, en efïl I < es organes sont séparés en deux par les parties latérales de la tête, de sorte qu'il le y :iNoir quatre yeux, deux en dessus et deux en dessous; quelques naturalistes pensent même . inférieurs sont indépendants des supérieurs, et qu'ils en auraient par conséquent réel- Dt quatre, ce qui serait une singulière anomalie dans l'ordre des insectes. Latreille a très-bien ■ enti que ces insectes offrent des différences trop grandes pour être réunis aux Dytisciens, et les a, ours son Gênera Cnutaceorum et Irueciorum, rapprochés des Parnus, avec lesquels ils n'ont que de rapport. Bricbson, considérant les Gyriniens comme un groupe très-naturel el distinct de tous les autres groupes des Coléoptères, garda cependant le silence, a leur égard dans son Gênera Dyiisceorum ; mais pins tard, dans les Kafer der muni; Brandeburg, il les isola dans née famille distincte, et son exemple a été suivi par la plupart de entomologistes modernes, principalement l Brullé dans son Histoire des Insectes, et par M. Aube, dam son Species général des Hydrocanthai > ' 58,

urd'hui même qu'une centaine d'< yriniens, qui se rencon*

mbre habit* l'E i a cru ci

2'20 HISTOIRE NATURELLE

que M. Aube, en deux divisions que nous indiquerons sous les noms de Gyrinides et de Diuentides (i).

Jîteimexe Dioumoh.

GYRINIDES. GYRINIDES. Desmarest, 1850.

Page 1