CINQUIÈME FAMILLE
HYDROPHILIENS. HYDROPHILU. Lamarck, 1817.
Anim. sans vertèbres.
Bydrophiltu, genre principal de la famille.
Antennes courtes, insérées sous les bords latéraux de la tète, et à derniers articles en massue; palpes maxillaires filiformes, souvent plus longs que les antennes, et toujours au moins aussi grands; tarses de cinq articles à toutes les pattes, à peu d'exceptions près : le premier, et quelquefois les deux premiers courts, peu apparents; pieds propres à la natation dans le plus grand nombre des espères; menton grand, corné; mandibules cornées, peu apparentes à l'état de repos; corps parfois étroit et allongé, habituellement ovalaire ou presque hémisphérique, convexe ou voûté.
Le caractère le plus saillant des insectes de cette famille consiste dans la longueur remarquable des palpes maxillaires, composés de quatre articles, et qui, dans les espèces aquatiques, paraissent destinés à remplir les fonctions des antennes, et justifient le nom de Palpieornes(/?a/p»,ç, palpe; cornu, corne), que Latreille a appliqué à la plupart des genres de cette famille. La tête, toujours penchée, quelquefois inclinée, offre habituellement la forme d'une sorte de triangle; le front est généralement uni, rarement sillonné; les joues sont souvent confondues avec Pépistome; les yeux, placés sur les côtés du front, sont le plus souvent à fleur de tête, ou à peine proéminents; les antennes raremenl d'un tiers plus longues que, la tète, sont composées d'un nombre variable d'articles qui ne dépasse jamais celui de neuf : dans quelques espèces, qui font partie des Clavicornes de Latreille, elles sont terminées en massue; l'épistome est grand, pentagonal; les mandibules, toujours cornées, au moins au côté externe, sont fortement arquées, bidentées à l'extrémité, et souvent armées intérieurement d'une ou de plusieurs dents simples ou bifides; (es mâchoires, cornées en presque totalité, sont divisées en deux lobes souvent peu séparés, généralement frangés ou garnis de poils spiniformes au côté interne; les palpes labiaux, assez courts, ne sont composés que de (mis articles; le corselet, quelquefois tronqué ou légèrement arqué en devant, est coupé, dans le plus grand nombre des cas, de manière à embrasser la tête jusqu'aux yeux; il est transversal, plus large que la tète, et sa surface est unie ou ponctuée, ou bien marquée de fossettes; l'écusson, dans quelques cas peu apparents, varie de forme depuis celle d'un demi-cercle ou d'un triangle jusqu'à une forme étroite et allongée; les élytres, quelquefois presque hémisphériques, ordinairement ovales ou oblongs, et rarement elliptiques, protègent entièrement l'abdomen; ils sont glabres ou garnis de poils plus ou moins nombreux, ornés de stries ou de points sérialemenl disposés; les ailes, quelquefois assez développées, sont entièrement cachées par les élytres; le prosternum se resserre on s'élargit selon le volume ou la direction des hanches; le métasternum présente quelques variations dans sa disposition; les pieds se modifient très-notablement dans leur forme, suivant le genre de vie différent des divers genres, et il en est de même des parties qui les composent, telles que les hanches, les cuisses, les jambes, qui sont toujours terminées par deux éperons, et surtout les (.uses et les ongles; les pieds, examines d'une manière générale, sont longs et grêles ■liez les insectes destines a marcher sur le sol ou à se cramponner à divers corps : ils sont, au contraire, courts et comprimés dans les espèces qui fouissent la terre, et d'autres fois ils sont disposés pour la natation, un peu comme ceux «les Dytisciens, et ceux de devant sont parfois plus I s n, a les que chez les femelles; l'abdomen offre quelques particularités dans sa partie
inférieure du ventre, qui varie en étendue suivant le développement des derniers segments du corps.
D'assez nombreux travaux ont été faits sur les métamorphoses des insectes de cette famille, et, à ce sujet, nous devons principalement citer les ouvrages de Frisch, Rœsel, Lyonnet, De Geer, Illiger, et ceux de MM. Westwood, E. Blanchard et Mulsant (Palpicornes de France, 1844).
Les larves ont une tète écailleuse, offrant quelquefois la partie supérieure concave, et l'inférieure convexe; les mandibules sont cornées, en général dentées au côté interne, soit courtes et trèsarquées, soit allongées et moins courbées; les mâchoires servent d'appui à des palpes labiaux de trois à quatre pièces; la languette porte des palpes de deux articles; les yeux sont lisses, en nombre variable, situés sur les côtés de la tête; les antennes sont composées de trois à quatre pièces d'inégale longueur; le corps, composé de onze à douze anneaux, parfois peu distincts, est allongé, graduellement rétréci, porte au-dessous de chacun des trois premiers anneaux une paire de pieds, et présente les côtés de la plupart des autres garnis latéralement d'appendices, ou armes d'une dent, et munis de tubercules. Quelques-unes de ces larves sont terrestres, mais la plupart d'entre elles vivent dans les eaux, et principalement dans celles des mares et des étangs; mais ces dernières sont obligées, pour respirer, de sortir de l'eau et de venir humer l'air atmosphérique. Presque toutes les larves des Hydrophiliens sont carnassières, et se nourrissent ordinairement de larves plus faibles qu'elles ; quelques-unes nagent avec une grande facilité; d'autres restent accrochées aux plantes aquatiques; certaines se tiennent retirées au fond des eaux ou errent sur le sol, et enfin il en est que l'on trouve sous les pierres entièrement immergées. Quelques larves ne peuvent nager, et restent constamment à la surface de l'eau. Il en est qui, comme celles des Élophorides et des Parnides, semblent ne se nourrir uniquement que de détritus végétaux. D'autres, telles que celles des Limnébies, paraîtraient, d'après l'observation de Miger, être terrestres, et il en est de même de celles des Sphœridies, que M. Mulsant fait connaître. La durée de la vie des insectes de cette famille à l'état de larve varie beaucoup depuis un mois jusqu'à six. Lorsque les larves aquatiques vont se transformer en nymphes, après être restées quelque temps sans se mouvoir, elles sortent de l'eau, et se creusent, à peu de distance du rivage et à une petite profondeur, une cavité sphérique dont elles durcissent les parois par la pression, et, au bout de huit à dix jours, leur peau des séchée se tend sur le dos, et livre passage à la nymphe.
Celle-ci présente déjà en grande partie les formes générales de l'insecte parfait; la tête est inclinée; les pieds sont couchés symétriquement sur la poitrine et sur le ventre; les élytres et les ailes sont cachés dans leur enveloppe, embrassant le flanc des segments du corps; le corps, courbé en arc, ne porte qu'à ses deux extrémités; le ventre est pourvu sur les eûtes de lilets assez semblables à ceux que l'on voit également sur le cerps. Ces nymphes, qui, dans le principe, sont d'une couleur blanchâtre, prennent en peu de temps une teinte plus foncée, et, au bout de huit jours pour les unes, d'un mois pour les autres, l'enveloppe qui cachait l'insecte parfait disparaît.
Comme tous les insectes qui viennent d'éprouver leur dernière métamorphose, les Hydrophiliens sont d'abord d'une grande faiblesse, mais ils ne tardent pas à devenir plus robustes, et ceux qui provenaient de larves aquatiques se hâtent de regagner l'eau; mais, tandis que les larves étaient presque exclusivi ment carnassières, les insectes parfaits deviennent purement phytophages; les uns rongent les feuilles des plantes, les autres attaquent quelques parties de leurs tiges. Ce fait trèscurieux semble aujourd'hui bien démontre, quoique certains entomologistes le nient encore, et pensent que la plupart des Hydrophiliens, à l'état parfait, vivent de la même manière que lesDytis- , c'est-à-dire de matière animale.
Parmi ces insectes, quelques-uns seulement nagent avec une assez grande facilité, mais jamais aussi bien que les Dytisciens, et surtout que les Gyriens; d'autres se fixent au pied ou aux racines des plantes marécageuses; il en est qui errent sur les tiges des végétaux, se cachent sous leurs feuille-,, on parcourent a la renverse la surface des eaux tranquilles; d'autres se cramponnent aux pierres placées dans l'eau; enfin, quelques espèces sont terrestres, et se trouvent presque toujours au bord des ruisseaux. Ainsi que nous l'avons dit, les Hydrophiliens ont besoin de respirerl'air en nature, et les espèces qui vivent dan i les eaux doivent s'approvisionner d'une certaine quantité de ce gaz; souvent ils remontent a la surface de l'eau pour respirer, et alors ils se présentent dans une position presque horizontale ou légèrement inclinée d'avant en arrière; leurs antennes leur sont alors d'an grand u élèvent de- manière a établir par leur secours, principalement auprès
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des tempos, des interstices par lesquels l'air peut se glisser dans le corps. Dans quelques circonstances, et surtout lorsque le sol est humecté par les eaux, on voit quelquefois certains de ces insectes, même des plus aquatiques, s'avancer sur la terre, et, quand les mares dans lesquelles ils vivent viennent à se dessécher, ils se retirent sousjes pierres voisines ou s'enfoncent dans la vase, et y restent parfois jusqu'au moment où les pluies nouvelles leur permettent de reprendre leur genre de vie habituel. Ils peuvent aussi, au moyen de leurs ailes, se transporter d'une mare à une autre, et c'est principalement le soir ou la nuit qu'ils effectuent leurs voyages. Parmi ceux provenant de larves terrestres, quelques-uns, à l'état parfait, se rendent dans les eaux; mais le plus grand nombre restent sur la terre; les uns se réfugient dans les bouses des Mammifères, principalement des Solipèdes, et s'y creusent de nombreuses galeries; les autres se cachent sous les détritus de végétaux, ou se réfugient sous des pierres, le plus ordinairement au bord des eaux.
Le système de coloration des Hydrophiliens est généralement sombre; tantôt entièrement noir, bruo ou gris, avec quelques taches rougeâtres dans quelques cas assez rares; d'autres fois gris verdâtre, avec des reflets métalliques assez brillants. La taille de ces insectes varie considérablement; les Hydrophiles proprement dits, et surtout YHijdrophilits piccus, sont assez grands, tandis que la plupart des espèces, comme les Élophores, les Elmis, etc., sont, au contraire, trèspetites. Lorsqu'on les poursuit, les espèces aquatiques se réfugient dans la vase; ces insectes peuvent cependant se défendre au moyen d'une pointe acérée que porte leur sternum, et en font quelquefois usage; ils contrefont souvent le mort, et emploient encore quelques autres ruses pour échapper à leurs ennemis.
Presque tous habitent les eaux ou dans leur voisinage; les uns se cachent dans les mares ou même dans les étangs saumàtres ou salés; les autres se plaisent dans les ruisseaux des plaines; il en est qui ne vivent que dans les fleuves les plus rapides, et même dans les torrents, et enfin quelques-uns, comme nous l'avons déjà dit, sont essentiellement terrestres. La plupart semblent avoir une vie sans repos, et tous parcourent en un an les diverses phases de leur existence. Les espèces qui, comme les Splueridies, sont destinées à faire disparaître les matières excrémentitielles des grands mammifères, ont une vie plus active et des métamorphoses plus promptes à se succéder que les autres espèces. Ces dernières, et ceci s'applique plus spécialement aux Hydrophiles, mettent un an à l'accomplissement de leurs destinées; ils ne parviennent à leur dernier état de développement qu'au commencement de l'automne, et ils passent l'hiver dans des trous qu'ils se creusent dans la boue, et où ils restent engourdis; au printemps, ils sortent de leurs retraites, et l'accouplement, dernier but de leur vie, ne tarde pas à avoir lieu. Les femelles, à l'aide de deux filières écailleuses, coniques, situées à la partie postérieure de leur abdomen, construisent et lient aux feuilles des plantes aquatiques une sorte de coque de soie ovoïde, et terminée par un pédicule relevé; elles déposent dans ce réceptacle une cinquantaine d'oeufs, verticalement disposés en demi-cercle, et séparés entre eux par un duvet cotonneux. Quelques femelles même renferment leurs œufs dans une espèce de sac qu'elles portent sous le ventre. Au bout d'une quinzaine de jours, les jeunes larves éclosent, restent quelque temps dans les environs de leur berceau, et s'en éloignent bientôt pour commencer véritablement leur vie.
Les Hydrophiliens se trouvent répandus sur toute la surface du globe; mais comme la majorité des espèces sont difficiles à trouver en raison de leur petitesse, ce sont principalement les espèces européennes qui ont été décrites jusqu'ici. On n'en connaît pas, au reste, un très-grand nombre, et lis genres sont assez restreints.
L'anatomie de plusieurs Coléoptères de celle famille a été étudiée par divers naturalistes; M. Léon Dufour, dans la lr0 série des Annales îles Sciences naturelles, a donné quelques détails a
ce sujet; sous ce point de vue, ces insectes, et principalement ceux qui sont essentiellement nageurs, comme les Hydrophiles proprement dits, présentent une analogie assez grande avec les l)\lisciens. Malgré cela, il n'ont pas de vessie natatoire, ni d'appareil excrémentitiel comme ces derniers. Leurs organes ont engénéral chez les mâles de nombreux rapports avec ceux des Clavicornes, de La treille; quelques mâles, chez les Hydrophiles proprement dits, ont encore le dernier article
d.s tarses antérieurs dispose en palette comme chez les Dytiques. L'appareil digestif de la larve, qui est exclusivement carnassière, est assez court, et il s'opère de grandes modifications pendant la métamorphose de ce même organe dans l'insecte parlait, qui, lui, est habituellement herbivore; cet
— Tliorcctes puncticollis.
Fig. 2. — Geobius tricornis.
Fig. 3. — Lucanus melallicus.
I // / Montandonït.
i .. — Glapit) rus virid'u ollis.
appareil est très-grand, et acquiert quatre ou cinq fois la longueur du corps de l'insecte, et il rappelle, par sa contexture, celui des Scarabéides ou Lamellicornes.
La classification des Hydrophiliens, aujourd'hui assez complète, a donné lieu pendant longtemps à d'assez grands tâtonnements de la part des anciens entomologistes, et cela dans moins d'un siècle : depuis Linné, qui, en 1761, les plaçait dans les genres Scarabœus, Dermestes, Silpha, Coccinella, Chrysomela, Buprestis, Dytiscas, jusqu'à M. Mulsant, qui, en 1844 (Histoire naturelle des Coléoptères de France : Palpicornes), a donné un bon travail sur les insectes de cette famille, mais qui ne s'est occupé malheureusement que des espèces françaises. Sans citer tous les auteurs qui ont donné des travaux sur les Hydrophiliens, nous nous bornerons à indiquer Geoffroy (1762), De Geer (1774) et Fabricius (1775), qui fondèrent véritablement ce groupe, et Latreille (1796), Leach (1812), ainsi que MM. Solier (1855), Brullè (1855), Erichson (1857), Hope (1858) et Mulsant (1844), qui augmentèrent successivement le nombre des genres, tandis qu'une foule d'autres entomologistes augmentaient considérablement le Catalogue des espèces.
La place que les Hydrophiliens doivent occuper dans la série des Coléoptères a plus ou moins varié; Latreille les mettait immédiatement avant les Lamellicornes, qui, dans son système, terminent la section des Pentamères; mais, dans une classification véritablement naturelle, on devait rapprocher ces insectes des Dytisciens, et c'est ce que nous avons fait, imitant en cela plusieurs de nos prédécesseurs. A l'exemple de M. E. Blanchard et de plusieurs naturalistes, nous comprenons dans cette famille les Parnus, Elmis, Heteroeerus, et quelques genres voisins que l'on place assez souvent avec les Clavicornes, de Latreille.
Nous divisons les Hydrophiliens en cinq tribus particulières.
PREMIERE TRIBU
ELMIDES. ELMIDM. Desmarest. 1850.
Corps allongé; corselet terminé par des angles aigus; pattes contractiles, grêles; tarses n'ayant quelquefois que quatre articles.
Les insectes de cette tribu étaient compris par Latreille sous le nom de Macrodactyles (aaxpcç, grand; iaxniKaç, doigt), dans la famille des Clavicornes; mais par l'ensemble de leurs caractères, qui les rapprochent un peu des Dytisciens, ils peuvent aussi rentrer dans la famille naturelle des Hydrophiliens. Les Elmides sont des insectes aquatiques de petite taille, très-peu agiles quoique quelques-uns puissent voler au soleil, dont le corps n'est ni ovoïde ni aplati, et qui ne semble pas construit pour nager. Ce corps est pourvu de pattes très-minces, dont la largeur démesurée rend la marche tus-lente; munies d'un long article à l'extrémité de leurs tarses, qui quelquefois n'ont que quatre articles, et armées de forts crochets recourbés, ces pattes errent lentement sur le sol du fond des eaux, ou sur 1rs corps qui y sont plongés, et se fixant tour à tour, à l'aide de leurs crochets, à la surface de ces corps, elles y adhèrent fortement; quand on soulève une pierre dont la est plongée dans l'eau, on aperçoit dans les crevasses et dans les interstices qu'elle présente quelques-uns de ces insectes qui s'y tiennent solidement cramponnés, le dos tourné vers le sol. C'est dans les eaux toujours mouvantes des ruisseaux, des torrents et des fleuves qu'on les rencontre en rai; mais quelques espèces se tiennent aussi dans les lieux humides, sur le bord des rivières et des fleuves, el même dans les lieux inondés, et oe paraissent pas aller dans l'eau. D'après ces habitude! aquatiques, l'on conçoit que les insectes de cette tribu onl du échapper aux recherches des »'oya el l'on n'est pas étonné d'apprendre que presque tout< s les espèces sont propres à l'Eu-
rope, a l'exception de quelques Dryops, qui onl été signalés dans les antres parties du globe. Du . l'uniformité de leurs habitations leur permet de s'étendre sur une grande surface, el l'Europe que entière en a fourni aux recherches des entomologistes. Certaines espères, comme la plupari d( i Macronyques des Dryops el des Elmis, préfèrent les régions chaudes de ce continent.
I de i elle tribu sont ceux des Dryops, Polamophilus, Georitnu, Elmit el Mm ronychut.
HISTOIRE NATURELLE
!" GENRE. - DRYOPS. DRYOPS. Olivier, 1791.
Encycl. met. Entomologie.
Dryops, nom niylliolog i<niL>.
Fig. 401.— D. prolifericornis.
Corps obloog; palpes presque égaux, terminés par un article ovalaire un peu plus gros; mandibules fortes, dentées à l'extrémité; antennes courtes, se logeant dans une cavité au-dessous des yeux, de dix articles : le deuxième très-grand, dilaté en forme d'oreillettes, les suivants formant une massue fusiforme, légèrement dentée en scie; tête grande; corselet presque carré; écusson triangulaire; élytres allongés, convexes, couvrant l'abdomen; tarses allongés, filiformes.
Ce genre a été créé en 1791 par Olivier, qui lui donna pour type le Dcrmcsle h oreilles, de Geoffroy. L'année suivante, dans son Entomologie systématique, Fabricius adopta ce genre, mais lui assigna le nom de Pamus (étymologie incertaine), dénomination qui, quoique un peu plus récente, a été a tort adoptée par le plus grand nombre des entomologistes. Selon Leach, une espèce de ce groupe, D. Dumerilii, Latreille, du midi de la France, constituerait seule le genre Dryops, tandis que toutes' les autres formeraient le genre Parnw; mais les caractères différentiels qu'il indique sont trop peu importants pour que l'on puisse adopter ces deux groupes. En effet, pour Leach, les Dryops présentent des antennes avec des dents aiguës, tandis que chez les Parnus ces dents sont obtuses, et qu'en outre le corselet offre un sillon de chaque côté, outre le bourrelet latéral.
Les Dryops se trouvent au bord des eaux, dans la vase; leur corps est gris ou noirâtre, granuleux et couvert de villosités en dessus; la structure des antennes est des plus remarquables et présente quelque analogie avec celle des Gyrins, ce qui les a fait quelquefois placer dans la même famille que ces derniers. On ne sait rien sur leurs métamorphoses. Plus de vingt espèces sont comprises dans ce genre, et sont propres à l'Europe, à l'Amérique et à l'Afrique. Celle que nous indiquerons comme type esl le D. prolifericornis, Fabricius, insecte de petite taille, qui n'est pas rare aux environs de Paris.
2"« GENRE. — POTAMOPHILE. POTAMOPHILUS. Germar. 1807
Fauna Insrclorum Germanie.
IIo77.;j.'.-, fleuve; où.zo>, j'aime
Corps allongé; palpes courts, les maxillaires plus grands que les labiaux, terminés parmi article plus gros, tronqué, presque oblique; mandibules arquées, tridentées; labre peu échancré; yeux saillants; antennes de onze articles : le premier très-long, arqué, le second court, globuleux, les suivants courts, transversaux, un peu en scie et formant une massue presque cylindrique, obtuse à son extrémité: tète inclinée, légèrement rélrécie en avant; corselet transversal, rebordé, bombé dans son milieu, plus étroit à la partie antérieure; écusson triangulaire, petit; élytres allongés, parallèles, peu bombés, recouvrant l'abdomen; pattes allongées; jambes grêles, sans épines à l'extrémité.
Placés d'abord avec les Dryops, Latreille a créé pour les insectes de ce groupe un genre Hydera (uîwp, eau), nom que Germar a changé en celui de Potamophilus, qui a été adopté généralement.
On connaît sept espèces de ce genre se rapportant à l'Amérique, à .lava, et une à l'Europe cen-
Fig. W2
P. acttini-
traie et méridionale, et se trouvant quelquefois, mais rarement, aux environs de Paris. Cette dernière espèce est le P. acuminaùis. Fâbricius, qui, d'après la plupart des entomologistes, se rencontrerait au bord des eaux sur les plantes aquatiques, mais qui, selon diverses observations^ encore confirmées récemment à Paris même par M. L. Fairmaire, se tiendrait plutôt à la surface des eaux, et suivrait le courant des grands fleuves. Cet insecte est petit, brun, revêtu d'un duvet trèscourt et qui lui donne une nuance un peu roussâtre.
3me GENRE. - GÉORYSSE. GEORYSSVS. Latreille, 1803.
Gênera iasecioniEi et Cruslac.
Tm, terre; <.9U35u, je fouille.
Fig. 403. — G. pygmœus.
Corps globuleux; palpes courts, presque égaux, à dernier article en massue; mandibules grandes, obtuses; antennes de neuf articles : le premier et le quatrième allongés, cylindriques, les autres courts, et les trois derniers en massue solide, globuleuse; corselet arrondi, rétréci antérieurement; élytres globuleux., pattes assez grandes; tarses de quatre articles.
Ces insectes, par leur faciès, rappellent en miniature les Pimelies, et l'on comprend aisément pourquoi Fâbricius avait placé dans ce genre l'espèce type, tandis que Panzer en faisait un Trox.
Les Géorisses, tout en étant globuleux, sont cependant plus longs que larges; leur corselet cache presque entièrement la tête; leurs tarses n'ont que quatre articles, ce qui présentait une anomalie fort irrégulière dans le système de Latreille, qui plaçait ces insectes dans la division des Pentamères. Sous le rapport de leurs habitudes, ils se rapprochent assez notablement des Dryops et des Hétérocères, tout en en ayant aussi avec les Ryrrhes, à côté desquels on les place souvent. Ils vivent dans le sable humide et peuvent fouir la terre au moven de leurs pattes, qui sont assez fortes. Tous sont petits, de couleur noirâtre, et laissent transsuder de leur corps une matière gluante qui retient la poussière du terrain qu'ils habitent et leur en donne la couleur; moyen employé par la nature pour les dérober plus facilement à leurs ennemis.
On connaît une quinzaine d'espèces de Georissus, toutes propres à l'Europe, et dont le plus grand nombre, particulier à la Russie, a été décrit par M. Motschoulsky dans la monographie qu'il a donnée de ce genre (Bull. Soc. Moscou, 1843). L'espèce type est le Georissus pijjjmicus (Pimelia pggmœa, Fâbricius), qui se trouve auprès de Paris, ainsi que dans une grande partie de l'Europe boréale.
4mo GENRE. — ELMIS. ELMIS. Latreille, 1803. Histoire naturelle dos Insectes.
EXuwC, ver, insecte.
Corps obloog ou convexe; palpes très-COUrtS : maxillaires un peu plus longs que l'-s labiaux, le dernier article le plus grand de tous, ovale, cylindrique;
unes insérées an-dessous des yeux, presque filiformes, de on/e articles courts, pr< sque cylindriques : le dernier un peu plus gros, acuminé; tête arrondie, semblant cachée; corselet presque carré, convexe et rebordé; écusson petit, arrondi; élytres convexes, embrassant l'abdomen, et. légèrement acuroinésâ l'extrémité; pattes allongées; cuisses un peu renflées; tarses allongés, ;i derniei article plus grand q <■ '< ■ ■ » et armé de deuxero-
< bel
i /////<•, fut fondé [ta: Latreille pour un insecte (pic ftfarsham
plaçait daoi • Chtytontela, tandis que Panzer en faisait une, espèce de Dytisi
us. llliger
232 HISTOIRE NATURELLE
désigna depuis ce genre sous le nom de Limitais (xipm, marais), qui est aujourd'hui généralement abandonné, ainsi que celui de Cnemidotus (x.vr.y.i;, i$o;, botte; ou;, wto;, anse), proposé par Panzer; dénomination reprise plus récemment pour distinguer un genre de Dytisciens, voisin de celui des Haliplus.
Les Elmis sont de petits insectes ordinairement de couleur bronzée, et revêtus de poils soyeux sur les parties inférieures; le corps est plus ou moins allongé et souvent inégal: les élytres présentent dos stries profondes et quelquefois des côtes saillantes; ils n'ont presque jamais d'ailes audessous des élytres, et leurs jambes simples et grêles, leurs tarses plus grêles encore et terminés par un long article, leur donnent une physionomie singulière. Le corselet se prolonge en avant sous la tête, comme dans les Macronyques, et vient fermer exactement la bouche, dont la lèvre supérieure forme la paroi opposée de cette espèce de limite : elle est cependant presque toujours entr' ouverte après la mort de l'insecte, et les palpes se voient alors; mais, dans certaines circonstances, cette cavité est tout à fait close. Les Elmis sont des insectes de petite taille, qui sont aquatiques, mais qui ne nagent pas. Selon M. L. Dufour, leur démarche, quoique très-loin d'être vive, est cependant moins lente que celle des Macronyques. Ils habitent les eaux rapides des fleuves et des torrents, au milieu des plantes submergées et sous les pierres; ils se plaisent surtout dans les racines chevelues et mortes flottant entre deux eaux; ils partagent ce domicile avec quelques Dryops et Elophores. M. Westwood signale, mais avec doute [Introd. Ins. class., t. I, fig. 7, n°* 16, 17 et d8), une larve comme se rapportant à ce genre.
On connaît aujourd'hui une vingtaine d'espèces d'Elmis. La plupart appartiennent à l'Europe, mais quelques-unes sont propres à l'Amérique.
M. Léon Dufour a proposé de former deux genres avec celui des Elmis; mais, à l'exemple de M. Brullé, nous indiquerons ces groupes comme de simples subdivisions sous-génériques.
1er SOUS-GENRE. — STÉNELM1S. STE.XELMIS. L. Dufour, 1828. Annales des sciences naturelles.
2tsvoî, étroit; eXfilvç, elrnis.
Corps très-étroit, allongé; pattes allongées, dernier segment abdominal un peu cchancré.
Deux espèces, toutes deux propres aux environs de Paris, entrent dans ce sous-genre, qui correspond entièrement au genre Limneus. Ce sont YElmi.s cunaliculatus, Gyllenhall, dont M. L. Dufour sépare, peut-être à tort, une espèce qu'il désigne sous le nom de consobrinus, et YEhn'r yarallelipipedus, Mûller.
2"" SOUS-GENHE. — ELMIS. ELMIS. Latreillc.
Corps ovalaire ou ellipsoïdal et uniformément convexe; pattes un peu moins longues que dans la subdivision précédente; dernier segment abdominal entier et arrondi; corselet de la largeur des élytres, offrant presque toujours une ligne longitudinale tracée a quelque distance du bord latéral.
C'est dans ce sous-genre que l'on place presque toutes les espèces à' Elmis. Le type est \'E. Mau- (jriii, Latreille, qui se rencontre assez fréquemment dans certaines parties de la Seine, auprès de Pans.
Le genre Ebsoma to-.;, marais; owp.*, corps), signale par M. Motsehoulsky (liull. de la Soc. de Moscou, 1845), est au moins très-voisin des Elmis, s'il ne rentre pas même dans ce genre.
Fig. 1 . — Anlsoplia tlteicola.
Fig. 2.
— Cremastoc/ieilus hirtus.
Fig. 3. — Goliath
us micans.
• - Parai ■ \nipennii.
( li 5, Rutela pulchella.
l'I. IH.
COLÉOPTÈRES. a$S
5me GENRE. — MACRONYQUE. MACRONYCHUS. Mûller, llliger, 1806.
Magasin d'entomologie.
JJaxpoç, grand; ovuÇ, ongle.
Corps ovalaire, allongé ; palpes très-courts : le dernier article des maxillaires plus gros et ovale, et le dernier des labiaux tronqué obliquement, légèrement sécuriforme ; mandibules très-courtes, fortes, bifides à l'extrémité; antennes très-courtes, de six articles, presque filiformes, terminées par un article plus gros, ovalaire, et formant une massue, insérées sous les yeux et se logeant sous le bord latéral et antérieur du corselet; tête arrondie, enfoncée en partie dans le corselet : celui-ci oblong, presque cylindrique, fortement rebordé; écusson petit, triangulaire; élytres oblongs, convexes, embrassant l'abdomen; pattes allongées; cuisses cylindriques; tarses avec leurs quatre premiers articles courts : le dernier aussi long que les autres pris ensemble, renflé à son extrémité, avec deux crochets forts, courbés, très-aigus.
On n'a longtemps placé dans ce genre qu'une seule espèce, le Macronychas quadritubcrculatiis, Miiller, que l'on trouve dans plusieurs parties de l'Europe, et qui a donné lieu à des observations du plus haut intérêt, dues à MM. Contarini et L. Dufour. Assez récemment on en a découvert une nouvelle espèce en Europe, deux dans l'Amérique du Nord, et une au cap de Ronne-Espérance, et c'est probablement à cause des habitudes tout à fait aquatiques de cet insecte, puisqu'il vit entièrement sous l'eau, qu'on n'en a pas encore rencontré un plus grand nombre d'espèces.
D'après M. L. Dufour, le corps du Macrorujchus quadrituberculatus présente des ailes tantôt très-courtes, rudimentaires, impropres au vol, tantôt plus longues que le corps, parfaitement développées et ployées transversalement vers le milieu dans le repos, et pouvant servir pour le vol. Les pattes ont une longueur qui dépasse celle de tout le corps de l'insecte, en sorte que celui-ci, qui les tient habituellement étendues et distantes les unes des autres, a un peu la tournure d'une Aranéide; ces pattes sont simples et glabres, avec les cuisses allongées et droites, à peine amincies vers leur insertion, les jambes grêles et inermes, les tarses aussi longs que les jambes, de cinq articles à peine saillants sur un côté. Les sexes ne se distinguent extérieurement que par une taille moindre dans le mule. Les courants les plus rapides des rivières et des ruisseaux sont le séjour de prédilection de ces insectes, quoiqu'ils soient inhabiles à nager. Us s'attachent au moyen dé* leurs pattes, admirablement conformées pour cet usage, à tous les corps flottants sur l'eau, se plaisent sur l'écorce sapée et soulevée des branches mortes, et semblent en cela partager quelques habitudes des Xylophages. Quand on retire les Macronyques de l'eau pour les placer à sec sur le sol, ils contrefont les morts; mais, au lieu de ramasser leurs pattes vers le tronc, comme beaucoup de Coléoptères, ils les tiennent étendues, roides, immobiles, avec les tarses plus ou moins fléchis sur les jambes, ce qui leur donne une attitude grotesque : ils ne vivent pas au delà de deux ou trois heures quand on les prive d'eau ou d'humidité. Si, peu de temps après les avoir retirés de l'eau on les y replace, ils en gagnent aussitôt le fond, les pattes étendues mais immobiles, le corps étant tantôt en supination tantôt en pronation; quand ils marchent dans l'eau, ils tiennent étalés leurs palpe* et leurs antennes. La pubescence qui recouvre leur corps parait servir à retenir une certaine quantité d'air autour de leur corps, et est peut-être, destinée à permettre à l'insecte de monter à la surface et de redescendre au fond de l'eau; dans le premier cas, la bulle d'air observée par M. Contarini deviendrai! plus grosse, et elle diminuerait, au contraire, dans le second. On peut expliquer ainsi comment les Macronyques peuvent respirer sous l'eau; nous avons indiqué une autre explication en parlant de certains Carabiques qui vivent également sous l'eau, tels que YJEpus Robinii et le Trrchus rufucetli. [/accouplement de ces insectes dure quelques heures; la femelle vient déposer ses oeufs sur quelque branche ou quelque morceau de bois flottant à la surface de l'eau; elle les plai >• '-ii sénés régulières et transversales, de manière à former de petites masses carrées, ovaa laid<- d'une substance glutineuse qui ne se dissout pas dans l'eau, ces œufs sont h moment de la ponte, mais ne tardent pas ;i devenir d'un cendré rousse tre. D'après M- Contarini, plusieurs fenelles se réuniraient pour produire ces petits groupes d'œufs; mais, comme le
HISTOIRE NATURELLE
fait remarquer II. Brullé, il est plus probable que chaque femelle peut former un de ces amas. La durée des métamorphoses serait, dit-ou, de huit mois, depuis le moment où les œufs viennent d'être pondus jusqu'à celui où les insectes sont en état de se reproduire. Les larves, que M. Contarini a étudiées, mais dont il n'a malheureusement donné ni la description ni la figure, se courbent en forme de cercle, et ressemblent, en petit, à celles du Hanneton : ces larves se nourrissent de la substance même des petites branches sur lesquelles elles sont écloses. et vivent entre l'écorce et l'aubier. L'insecte parfait semble
Fig. 403.— M.quadri- aussi se nourrir de substance ligneuse. Souvent ces Coléoptères se réunissent
tubercuiatus. ,,„ grand nombre et se groupent d'une manière si intime à l'aide des crochets
de leurs tarses, qu'on ne peut leur faire lâcher prise sans briser quelqu'une
de leurs pattes. 11 en est de même lorsqu'un de ces insectes est mort iixé à quelque fragment de
Lois; il faut desarticuler ses crochets pour parvenir à l'en séparer.
DEUXIEME TlllKU.
BÉTÉROCÉRIDES. HETEROCERWJE. Desmarest, 1850.
Corps oblong; pattes contractiles; jambes aplaties, épineuses; taises de quatre articles, au moins en apparence.
Les insectes qui constituent cette tribu, et qui rentrent tous dans un seul genre, celui des Hcterocerus, sont véritablement anomaux dans la série des Coléoptères; mais, par le plus grand nombre de leurs caractères, ils doivent se rapporter à la famille naturelle des Hydrophiliens, si l'on comprend dans celle-ci les Elmis, Dnjops, et genres voisins.
Latreille en faisait la tribu des Acanthopodes (axavOcç, épine; Wouî, pied), dans sa famille des Clavicornes, et il les caractérisait principalement par leurs jambes aplaties, larges, armées extérieurement d'épines, et par leurs tarses de quatre articles en apparence : le cinquième, suivant Cyllenhall, existant réellement, mais étant excessivement petit et à peine visible à une forte loupe.
1" GENRE. - HÉTÉROCERE. HETEROCERUS. Bosc, 1825.
Acl. de la Soc d'Iiist. nai. de Paris, l. I. Erepo;, différent; xepa;, antenne.
Corps ovale, aplati; palpes filiformes, courts, avec le dernier article des maxillaires un peu plus long que les autres, ovalaire; mandibules fortes, larges, bidentées; antennes courtes, de onze articles : le premier grand, allongé, renflé, velu, le deuxième court, les suivants petits et les trois derniers courts, serrés, formant une massue allongée, comprimée, un peu dentée en scie; tête avancée, inclinée, rétrécie et arrondie en avant; élytres légèrement bombés, presque parallèles, arrondis à l'extrémité; pattes fortes; jambes triangulaires, aplaties, larges, épineuses ou ciliées extérieurement, surtout les deux premières; tarses courts, de quatre articles filiformes, se repliant sur les côtés extérieurs des jambes, et à premier article très-petit; corselet court, transversal, sans rebord, avec ses côtés arrondis.
Les insectes de ce genre sont surtout remarquables par leur tête, qui forme une sorte de museau dû à la saillie d'une lèvre supérieure, demi-circulaire et marquée d'une petite entaille au milieu, et par leurs pattes courtes et robustes, conformées comme celles de tous les insectes que leur genre de vie expose à faire des efforts contenus pour pénétrer dans un milieu résistant, et rappelant un peu celles des Omopkrons. En effet, les Heterocerus se trouvent enfoncés dans le sable humide ou la vase, sur le bord des ruisseaux et des marais, et leurs pattes leur servent beaucoup plus à fouir le sol qu'à marcher. Devant vivre dans les lieux humides, ils ont cte revêtus d'un duvet très-
serré qui les rend impénétrables à l'eau; ce duvet est plus long que celui des Dryops, et a pour but, selon M. L. Dufour, démettre les orifices respiratoires à l'abri de l'influence immédiate et pernicieuse de l'eau. Les Hétérocères, pourvus d'ailes sous leurs élytres, volent quelquefois au milieu du jour. On croit qu'ils sont carnivores, et M. Curtis rapporte avoir trouvé un insecte de ce genre creusant des trous sous de petits crabes laissés sur la plage par le retrait des eaux de la mer.
Les métamorpboses de ces insectes ont été observées pour la première fois par Illiger, et elles ont été récemment le sujet d'observations de MM. Kiesenwetter et Marskel (Germ. Zeich.) et Erichson (Naturg., der Insect. DeutschL). Les larves vivent dans les mêmes lieux que l'insecte parfait; leur tête et les trois anneaux tboraciques sont très-larges, et les autres anneaux du corps sont j beaucoup plus étroits et presque cylindriques.
On indiquait cinq espèces de ce genre, dont une appartient à l'Amérique du Nord, deux à la Sibérie, une à l'Espagne, et enfin la dernière, la plus anciennement connue, se rencontre aux environs de Paris. C'est Y H. marginatus, / Rose, très-petit insecte d'une ligne et demie de long, dont la coloration varie Fig. 406. — //. margibeaucoup, ce qui a fait créer par certains entomologistes plusieurs prétendues "«'«*• espèces; on le trouve en grand nombre sur la grève sablonneuse des rivières, et en particulier sur les bords de la Seine; et si l'on jette, lorsqu'on en a découvert quelques-uns, un peu d'eau sur le sable, de manière à mouiller les parties qui ne le sont pas, on en fait quelquefois sortir en abondance. Tout récemment M. Kiesenwetter a fait connaître environ quinze espèces nouvelles de ce genre, et toutes propres à l'Allemagne.
TROISIEME TRIBU
EL0IM1ÛR1DES. ELOVHORIDJE. Desmanst, 1850.
Corps oblong; tarses de cinq articles, à dernier article aussi long que les précédents réunis; leur tête est visible en dessus; leur corselet est plus étroit à la base que près de la tête, et il est bossue ou creusé de sillons ou de fossettes; les cuisses sont peu déprimées, presque cylindriques ou faiblement renflées.
Les insectes de cette tribu ont le corps généralement oblong ou allongé; leur coloration ordinaire est le vert plus ou moins brun ou violacé, avec des reflets quelquefois métalliques; mais certaines espèces sont entièrement noires; toutes sont de petite taille. Quelques-uns de ces Coléoptères semblent se plaire uniquement sur les rivages ou dans les lieux humides; mais le plus grand nombre habite les eaux : les uns se cachent dans les sables des torrents, ou vivent cramponnés aux pierres et aux rochers qui s'y rencontrent; la plupart des autres se trouvent dans les eaux stagnantes, soit dans celles qu'alimentent les sources les plus pures, soit dans celles qui croupissent dans les mares et les fossés, soit même dans celles formées parfois par l'eau de la mer. La conformation de 9 pieds montre qu'ils ne sont pas destinés à nager; ils parcourent les eaux, le plus souvent a la renverse, mu en suivant lis tiges des plantes qui y croissent; c'est ainsi, dans quelques cas, qu'ils arrivent ;i la surface pour respirer l'air; mais d'autres l'ois ils s'y rendent plus promptement en abandonnant les objets auxquels ils étaient accrochés, et en laissant aller leur corps, qui s'élève par l'effet de sa légèreté. Presque tous lis auteurs disent que les Élophoridcs sont carnassiers, et qu'ils font la guerre aux petits animaux aquatiques qu'ils rencontrent; mais M. Mulsant pense, qu'ils se nourrissent exclusivement de végétaux.
tout encore peu connues; en décrivant les genres bous parlerons de celles qu'on a signalées; faisons seulement remarquer, avec Vaudoner, que ces larves rongent les racines des plantes aquatiques.
Presque toutes les espèces connues d*Êlophorides sont européennes; on les répartit en un petit nombre de genres, dont les deux plu-, importants sont ceux des Elophorus et des llydrœna.
HISTOIRE NATURELLE
i« GENRE. — HYDROQUE. 1IYDROCHUS. Leach, 1817.
Zoulogicol Mi&cellany.
Y^wp, eau; o/pç, qui contient.
Tête avancée, rétrécie antérieurement, à yeux globuleux; mandibules cornées, arquées, terminées en pointe aiguë; mâchoires allongées, cornées au côté externe; menton corné, presque concave; palpes maxillaires moins longs que la tête, à dernier article fusiforme, le plus long de tous : labiaux courts, à dernier article ovalaire; antennes de sept articles : les trois derniers formant une massue pubescente, et le dernier presque aussi grand que les deux précédents réunis; corselet souvent plus long que large, creusé en dessus de deux rangées transversales de fossettes; écusson petit, elliptique; corps allongé ou oblong; ventre de cinq segments apparents; jambes sans éperons; tarses à quatre premiers articles très-courts, et le premier caché, le dernier article des postérieurs aussi long que tous les précédents réunis.
Le genre Hydrochus a été fondé par Leach aux dépens des Elophorus, et comprend des espèces de pente taille qui habitent les eaux stagnantes et les ruisseaux, que l'on trouve également sous les pierres et parmi les herbes qui garnissent les rives, et qui volent peu. On n'en a décrit qu'une dizaine d'espèces, presque toutes particulières à l'Europe, trois seulement étant propres à l'Amérique septentrionale. Le type est Y Hydrochus elongatus, Fabricius, qui n'est yatus. pas rare aux environs de Paris, et que Schaller rangeait dans le genre Silpha.
U. don-
2™ GENRE. - ÉLOPHORE. ELOPHORUS. Fabricius, 1775.
Systems entemologise.
EXoç, marais; (popuu, j« corromps.
Tête inclinée; chaperon entier; mandibules cornées, arquées, terminées par une dent aiguë; mâchoires courtes, arquées, pointues; palpes maxillaires de quatre articles graduellement plus épais : labiaux poilus, assez allongés, à premier article globuleux; menton corné, rétréci d'arrière en avant; antennes courtes, de neuf articles : le premier allongé, arqué, les suivants petits, grenus, et les trois derniers en massue ovale, légèrement perfoliée; corselet une fois environ plus long que large; écusson petit, en triangle curviligne; élytres légèrement bombés, presque parallèles, arrondis à l'extrémité; ventre de cinq segments apparents, plans : le dernier non caréné; pattes, avec les cuisses, un peu renflées; jambes grêles, munies de petits éperons : les antérieures élargies à l'extrémité; tarses postérieurs à dernier article moins long que tous les autres réunis; corps ovalaire, assez allongé.
Le genre Elophorus, que quelques entomologistes orthographient Helophorus, a été créé par Fabricius, et adopté par tous les naturalistes. Les Élophores sont des insectes de petite taille, peu agiles, nageant mal, volant rarement, et se tenant habituellement sur les plantes aquatiques, où ils agitent sans cesse leurs palpes, en tenant cachées leurs antennes sous les côtés de la tête, à moins qu'ils ne soient en marche. Quelques-uns de ces insectes se rencontrent sur le rivage des étangs ou des mares; mais le plus grand nombre habite les eaux stagnantes; ils se cachent parmi les végétaux aquatiques, et semblent devoir se nourrir de leurs parties submergées qui commencent à se flétrir, luoique Schranck assure que leur nourriture habituelle consiste en larves d'autres insectes et en dépouilles de Grenouilles. Dans les belles soirées du printemps, il n'est pas rare d'en voir cramponnes, immobiles, aux plantes qui s'élèvent au-dessus de l'eau. Plusieurs se préparent de la sorte à leurs pérégrinations aériennes. Leur instinct ne les conduit pas alors toujours dans des lieux aquatiques; car un en trouve parfois dans les bois, au pied des arbres ou sous les feuilles humides. Peut-être, ainsi que le croit M. Mulsant, ne faut-il voir dans ceux-ci que des individus égarés ou
fatigués de la route, et ayant pris terre pour se reposer avant de continuer leur voyage aventureux Toutefois, ces migrations d'une mare à l'autre ne sont pas toujours un acte purement volontaire : le besoin les force quelquefois à quitter leur demeure, quand les marécages où ils se trouvent viennent à se dessécher; mais néanmoins plusieurs de ces insectes se bornent alors à se blottir dans la vase, où ils peuvent braver pendant des mois entiers les effets de la chaleur et de la sécheresse.
On ne connaît qu'une dizaine d'espèces de ce genre, et toutes, d'assez petite taille, sont propres à l'Europe. Les espèces les plus connues de ce genre sont les E. aquaticus. Linné; E. grandis, Illiger; Dermcste bronzé, Geoffroy, et granularis, Linné, qui toutes habitent les environs de Pans.
Nous indiquerons comme simple subdivision des Elophorus le genre Empleure, Empiétants, Hope (a»icXa»po6>, j'attaque en flanc, Coleop. Manual, 1858), qui ne comprend que YE. nubilus, Fabricius, espèce qui se distingue particulièrement par les côtes de son prothorax non mousses ni tuberculeuses, rétrécies faiblement, mais jamais au point de paraître interrompues. Cette espèce habite toutes les parties de la France; elle se tient sur le bord des eaux stagnantes, soit dans Fig. 408 — E. aquala vase, soit sous les feuilles ou autres objets épars sur le rivage. ticus-
3»° GENRE. — OCHTHÉBIE. OCHTHEBWS. Leach, 1817.
Zoological miscellany.
Ox6yi, rivage; {3iow, je vis.
Tête avancée, rétrécie antérieurement, à yeux globuleux, saillants; mandibules peu apparentes, arquées, cornées au côté externe, membraneuses au côté interne; mâchoires cornées, à deux lobes filiformes; palpes maxillaires plus courts que les antennes, à dernier article assez grêle, court, et à troisième article épais; antennes de neuf articles : les deux premiers assez grands, les suivants petits, peu distincts, et les cinq derniers formant une massue; corselet presque orbiculaire, échancré en avant; écusson peu distinct, triangulaire; élytres peu bombés, presque parallèles, arrondis à l'extrémité; pattes allongées, grêles; tarses à dernier article à peu près aussi grand que tous les précédents réunis.
Les Ochthébies, confondus anciennement avec les Élophores, présentent parfois dans leurs couleurs, dans la profondeur des impressions ou des sillons du corselet et des stries des élytres, dans la concavité des intervalles de celles-ci, des différences assez notables, dues principalement à la manière dont ces insectes se sont desséchés lorsqu'ils ont passé de l'état de nymphe à celui d'insectes parfaits. Ils sont de très-petite taille, parés quelquefois d'une couleur métallique très-vive, qui, du vert brillant ou semi-doré, passe facilement chez quelques-uns au noir plus ou moins profond. Presque tous se trouvent dans les eaux stagnantes douces ou saumàtres, cachés parmi les plantes ou accrochés aux brindilles desséchées et tombées dans les mares; quelques-uns se rencontrent dans les ruisseaux et les torrents, tantôt parmi les grains de sable, tantôt, et plus habituellement, cramponnés aux pierres et aux rochers. Quand les Ochthébies se trouvent être séparés des corps auxquels ils étaient fixés, ils nagent péniblement pour retrouver un point d'arrêt, suspendus entre deux eaux, sans mouvement particulier, et les pattes étendues, s'abandonnant au courant, prêts ;i saisir le premier ohjet qui se présentera; on peut parfois en observer plusieurs unis volontairement par les pieds, et formant une sorte de chaîne pour arriver plus promptement à se fixer. Ils volent principalement le soir; toutefois, on en a observé volant également au milieu du jour, pendant des pluies d'orage.
M Mulsant [Hiit. nat des Col. de Fr. : Palpicornet, 1844, pi. 1, fig. A) a fait connaître une larve qu'il eroil devoir rapporter a YOctUhefnu» granutatus, quoiqu'il n'ait pu la voir arriver à sa dernière métamorphose. Cette larve, qui vit de la mousse qui convie les pierres en partie Baillantes
hors d<-s '-aux, a le corps obeonique, OU ni espèce de triangle lies-allonge, d'un gris-hrun, composé de douze anneaux, non conquis la tète : Celle-ci est pourvue de deux antennes plus longues qu'elle, à
HISTOIRE NATURELLE
trois articles, dont l'intermédiaire presque égal aux deux autres réunis; les segments thoraciques
portent chacun en dessus une paire de pieds; ils offrent tous en dessus quatre légères impressions : le premier de ces anneaux est beaucoup plus grand que la tète, les autres graduellement moins longs et plus étroits, ceux de l'abdomen sont plus courts, progressivement rétrécis, garnis de poils, le dernier est terminé par deux appendices servant à la respiration; les ongles qui terminent les pieds sont forts.
Fip. 409. — 0. ripariw.
Fi£ 41(1 — 0. hybermeus.
M. Wails (EntomoL, Mayaz., n° 5) parle aussi des métamorphoses d'une espèce du groupe des Enicocerus. D'après cet entomologiste, cette espèce, que l'on ne connaît spécifiquement pas bien, se trouve dans les crevasses des pierres des ruisseaux. A l'automne, on y trouve avec l'insecte parfait des larves et des nymphes. Les premières sont noires, atténuées postérieurement avec les parties latérales, garnies de poils courts : quand elles ont pris tout leur accroissement, elles quittent l'eau, et forment sur le bord des pierres une petite cellule, en employant des fragments de matières minérales. Les nymphes sont d'une couleur orangée, renfermées dans un cocon que l'insecte parfait, venant à éclore, déchire avec ses mandibules pour se faire un passage.
Ce genre renferme une vingtaine d'espèces, dont toutes, à l'exception d'une seule, YO. scriccus, Dcjean, d'Egypte, sont propres à l'Europe; mais l'on peut dire, et cette observation doit s'appliquer à plusieurs des genres que nous étudions dans cette famille, que si l'on recherchait les insectes avec autant de soin dans les autres parties du monde qu'on le fait en Europe, on en connaîtrait un bien plus grand nombre d'espèces.
On a proposé de former plusieurs genres aux dépens de celui des Ochthebius; nous ne croyons devoir indiquer ici ces subdivisions que comme de simples sous-genres.
Pig. 4H . — E. ijrnnulalus.
Ie' SOUS-GENRE. — ENICOCERE. ENICOCERUS. Stephens, 1829.
Illust. brit.
Evixo;, unique; xepa;, corne.
Antennes à second article obeonique, plus large près de son point de jonc* tion avec le troisième; corselet plus ou moins membraneux sur les côtés; • élytres striés, glabres, métalliques, ayant quelques-uns de leur intervalles plus élevés.
Nous citerons parmi les espèces les E. granulatus, Mulsant, et (jibbosus, Miïller, qui habitent la France.
2roo SOUS-GENKE. — OCHTHÉBIE. OCIITHFRIIS. Lcach.
Antennes à second article progressivement rétréci depuis son milieu jusqu'à son point de jonc-
tion avec le troisième; corselet en partie bordé d'une membrane sur les côtés : étant plus ou moins transversal ou en forme de coupe, sans rétrécissement brusque dans sa partie cornée, ou rétréci seulement aux trois cinquièmes de ses bords latéraux; élytres n'ayant pas des intervalles sensiblement plus élevés que les autres.
Ce sous-genre comprend les Ochthcbius proprement dits, et YO. pygmœus, Fabricius, peut être pris pour type; il n'est pas rare dans presque toute l'Europe.
5me SOUS-GENRE. — HYMÉNODES. BYMEXODES. Mulsant, 1844. Histoitv naturelle des Coléoptères de France : Paipicornes.
Antennes à second article progressivement rétréci depuis son milieu jusqu'à son point de jonction avec le troisième; corselet bordé en partie d'une membrane sur les côtés, cordiforme, brusquement ou fortement rétréci à partir du tiers, ou au plus des deux cinquièmes antérieurs de ses bords latéraux; élytres sans intervalles sensiblement plus élevés que les autres.
Peu d'espèces entrent dans cette subdivision, et nous en indiquerons comme type 17/. punctatus, Stephens, qui habite les parties méridionales de la France.
4me GENRE. — HYDRÈNE. HYDRMNA.
Schneider, Magasin.
Topoivco, je lave
Kugelann,
Tête avancée, en triangle tronqué; labre incliné, fendu; mandibules cachées, courtes, arquées extérieurement; palpes maxillaires plus grands que les antennes, à premier article petit, globuleux, deuxième grand, arqué, troisième plus court que le suivant, qui est fusiforme : labiaux courts, peu visibles; menton penîagonal; antennes de sept articles : le premier allongé, les quatre suivants formant une massue; corselet presque hexagonal; écusson petit; élytres avec une dent un peu au-devant de l'extrémité; corps peu convexe, oblong ou allongé; pattes allongées, grêles, parfois ù cuisses renflées; tarses postérieurs à dernier article presque aussi grand que les autres réunis.
-renre a été fondé par Kugelann; Illiger, Olivier et Latreille, en L'adoptant, prirent à tort pour type une espèce d'Ochthébie; c'est à G\l|. nliall que l'on doit la rectification des cireurs de ses devanciers.
Les Bydrènes sont des insectes de petite taille, d'une coloration grisâtre, et dont les élytres sont généralement plus pâles que le disque
du corselet. Ces insectes vivent parmi les plantes qui croissent dans les eaux stagnantes, ou cachés sous les pierres qui bordent les ruisseaux; on en rencontre également quelquefois marchant dans i surface. Tous ceux que l'on connaît sont d'Europe; M. Mulsant en décrit sept espèces, parmi lesquelles nous citerons la plus connue comme type du genre : c'est VHijdrama riparia, Ëngelani qui habite les environs de Paris.
l'i ' 'il2. — II. longipalpis.
940 HISTOIRE NATURELLE
QUATRIÈME TRIBU
I1VDROPIIILIDES. I1YDROPHILIDJE. Blanchard, 1845. Hist. nat. des Insecte*.
Corps ovalaire; mâchoires entièrement cornées; tarses de cinq articles, très-rarement quatre, le premier beaucoup plus court que les suivants.
Les insectes de. cette tribu ont le corps présentant, suivant les espèces, toutes les transitions entre la forme presque elliptique ou en ovale allongé, et celle qui se rapproche du cercle; sa surface offre de même des degrés de convexité très-différents; leur labre n'est pas caché par l'épistome; le corselet est trapézoïde, plus étroit près de la tète que vers les élytres; les cuisses sont comprimées et généralement assez sensiblement élargies à la base ou dans le milieu. Ils se font remarquer par la longueur extrême de leurs palpes, qui est beaucoup plus considérable que celle des antennes, et ils ont une pointe sternale très-acérée qui est redoutable, chez les grosses espèces, quand on les saisit sans précaution. Leurs pattes postérieures, plus ou moins aplaties et ciliées, sont propres à la natation. Ce sont des insectes dont les couleurs, en général, sont tristes et lugubres, telles que le noir modilié par diverses nuances, le brun, le fauve, le gris ou le livide; certaines espèces cependant, comme les Béroses, ont la tête et le corselet parés d'un éclat métallique et brillant. Ils sont répandus dans tous les pays, mais ils paraissent infiniment plus rares dans les pays chauds, probablement, comme le fait observer M. E. Blanchard, parce que les eaux des étangs et des mares y sont plus vite desséchées. Tous les Hydrophilides se plaisent dans les eaux, particulièrement dans celles dont la surface forme une nappe immobile; quelques-uns se trouvent dans les petits ruisseaux qui fertilisent les prairies ; certains même se rencontrent dans les canaux ou étangs salés de communication plus ou moins rapprochés de la mer. Dans diverses circonstances toutefois, on prend de ces insectes hors des lieux qui sont leur demeure habituelle : ainsi, pendant l'été, quelques-uns restent sous les pierres après l'évaporation des eaux qui submergeaient ces dernières, et pendant l'hiver d'autres se tiennent cachés sous les feuilles entassées sur le bord des mares, ou parmi la mousse qui pousse sur les rives; ils semblent pouvoir, sous ces abris, supporter les privations et braver des sécheresses d'une assez grande durée, car M. Mulsant a nourri des Hydrophilus caraboides qui, après être restés près de trois mois oubliés dans de la vase desséchée, où ils étaient à moitié ensevelis, avaient repris au bout de ce temps le mouvement et la vie, un instant après avoir été plongés dans l'eau. Ces insectes émigrent parfois d'une mare à l'autre, et c'est principalement le soir ou la nuit qu'ils voyagent; leur vol est bruyant et sonore, surtout dans les grandes espèces. Plusieurs Hydrophilides, de même que les Élophoridcs, parcourent les eaux en marchant à la renverse sur leur surface ou en cheminant sur les plantes; mais d'autres, comme les Dytisciens, nagent avec une agilité plus ou moins grande, au moyen de leurs pattes disposées pour ce genre de locomotion. Ces Coléoptères viennent souvent à la surface de l'eau pour y respirer; d'après les observations d'Audouin, c'est au moyen de leurs antennes canaliculées qu'ils retiennent l'air en les repliant contre leur corps lorsqu'ils redescendent dans l'eau; car alors ils parviennent à faire pénétrer dans leurs stigmates les bulles d'air ainsi retenues. D'après la remarque de M. Mulsant, on doit aussi, dans l'acte physiologique de la respiration, observer le rôle que jouent les poils dont sont quelquefois couvertes les antennes ainsi que d'autres parties de ces insectes. Les femelles, au moment de la ponte, filent un cocon soyeux qu'elles fixent aux plantes aquatiques, et logent leurs œufs, au nombre d'une soixantaine par individu, clans son intérieur. Quelque temps après, les larves éclosent; elles sont très-agiles, fort longues, atténuées en arrière, et terminées par deux filets; leur tête est large et carrée, munie de mandibules robustes et très-grandes qui leur permettent de saisir facilement leur proie. Ces larves, de même que les insectes parfaits, sont très-carnassières ; on les trouve en abondance au printemps, dans toutes les mares, s' accrochant souvent aux plantes aquatiques. On croit qu'il faut aux Hydrûphilides à peu près trois mois pour arriver, du moment de l'éclosion des œufs,
à l'état d'insecte parfait; et pendant ces transformations, le tube digestif, selon les observations de M. C. Duméril, subit des modifications notables; de court qu'il était chez la larve vivant de proie, il s'allonge conformément aux besoins de l'insecte parfait, qui est beaucoup plus herbivore.
Cette tribu se compose d'un assez grand nombre de genres, dont les espèces sont de taille variable, les unes grandes, les autres petites. Les genres principaux sont ceux des Berosus, Hydrophilus et Hygrobius.
1" GENRE. — L1MNÉR1E. LIMNEBIUS. Leach, 1817.
Zoological miscellany.
A.ipm, étang; ^cu, je vis.
Tête en triangle tronqué en avant; labre transversal penché; mandibules courtes, arquées et cornées au côté externe, coriaces et presque droites au côté interne ; mâchoires à deux lobes coriaces, un peu frangées; palpes maxillaires plus longs que les antennes, grêles, filiformes, ayant leurs trois derniers articles d'une longueur presque égale, les deuxième et troisième renflés, et le dernier subfiliforme : labiaux courts, grêles, à dernier article ovale; menton corné; languette saillante; antennes de huit articles, le premier allongé, cylindroïde, grand, et les trois derniers formant une massue obconique; corselet transversal, élargi d'avant en arrière; écusson triangulaire; cuisses garnies dans la seconde moitié de leur partie postérieure de poils parfois usés ; tarses antérieurs paraissant n'avoir que trois articles : les postérieurs semblant composés de quatre et garnis à leur côté interne de longs cils peu épais, caducs.
Le genre Limnébie, formé aux dépens de celui des Hydrophiles, est composé d'espèces de trèspetite taille, généralement de couleur noire. Quelquefois cette teinte lugubre s'éclaircit soit chez les individus d'espèces différentes, soit chez ceux qui appartiennent à la mèiie, en passant au brun ou au testacé plus ou moins clair; et ces différences de coloration ont servi à différents naturalistes pour fonder de soi-disant espèces qui n'ont pas dû être conservées. Ces insectes vivent dans les eaux stagnantes un peu courantes; quelquefois on les voit marcher à la renverse sous la surface de celles-ci ; mais ordinairement ils se tiennent cachés sous les plantes, auxquelles ils restent accrochés dans l'état de repos, et dont ils minent les tiges en cheminant assez vite. En agitant les herbes aquatiques qui croissent près des rives des mares et des étangs, qui tapissent les bords des fontaines ou ombragent les cours des ruisseaux, on oblige ces Coléoptères à s'élever sur l'eau, où ils cherchent, en nageant péniblement, à gagner quelque point d'appui pour s'y fixer. Les mâles sont généralement plus grands que les femelles, leur corselet est plus arqué sur les côtés, l'article basilaire des tarses antérieurs est dilaté, et la plupart présentent en outre, selon les espèces, des caractères particuliers. Les deux derniers segmenta du ventre sont glahres ou peu garnis de poils.
Miger [Arm. du Muséum, t. XIV, 1 809; cite la larve d'une espèce de ce genre, celle do lâmnebitu iruncuidlus, comme étant terrestre et aquatique; mais il n'en a malheureusement pas donné la description.
On ne connaît que quatre espèces de ce genre, et toutes sont européennes. Le. type est le /.. uiomm, Duftschmidt (llijdropli'tlus iiiinutissiinus, Gcrmar), qui n'est pas rare, surtout eu automne, dans presque toute la France. Fig.413.— L. atomus.
2" GKNKK. — GLOBAMÀ, G LOB A Rî A Latreille, 1829.
Covler, Règne animal.
Qlobum, boule.
Corps de forme arrondie, globulaire, un peu comprimée latéralement; palpes maxillaires un peu
plus COUrtS qM le* antennes; antennes do huit articles : le cinquième dilaté au côté interne eu 23 31
242 HISTOIRE NATURELLE
forme d'épine, les trois suivants formant la massue, dont le dernier article est conique; chaperon
entier; yeux gros, saillants; corselet semi-circulaire; écusson petit, triangulaire, allongé; élytres
recouvrant entièrement l'abdomen; pattes antérieures offrant à leur extrémité un très-long faisceau
de poils.
Ce genre, fort remarquable par sa forme, qui est presque celle d'un globe, ne
w. renferme qu'un très-petil nombre d'espèces étrangères à l'Europe, et dont le
type est la G. striato-punctata, Dupont (G. Leachii, Latreille), propre aux Indes
orientales.
M. llope (Coleopt. Manual, 1838) propose de changer le nom de ce genre, et de lui appliquer la dénomination de Sphéroïdes (<npaipoeiiviî, semblable à une sphère).
5me GENRE. — ÀMPHIOPS. AMPHIOPS. Erichson, 1843.
Wiegmann Archives.
Au/pi, des deux côtés; i»ty, œil.
Corps globuleux; mâchoires peu cornées; antennes de huit articles.
Les Amphiops, très-voisins des Globaria, sont surtout remarquables par leurs yeux, dont ils semblent avoir une paire de chaque côté de la tête. Ces insectes sont d'un noir brillant ou bronze; leur taille est petite, et ils sont particuliers à Madagascar. Erichson en a décrit deux espèces, qu'il nomme A. globtis et A. lucidus.
GENRE. — VOLVULE. VOLVULUS. Brullé, 1855.
Histoire naturelle des Insectes.
Volvo, je roule.
Corps comprimé; palpes maxillaires à dernier article beaucoup plus long que le précédent; jambes antérieures élargies, armées à l'extrémité d'une rangée de petites dentelures, et offrant un éperon au côté externe et un autre à l'interne : les antérieures à deux premiers articles comprimés dans les maies et velus en dessous; tarses formés seulement de quatre articles : les deux premiers des
Fi''Viir>. V. inflatus pattes antérieures comprimés dans les mâles, plus épais que les autres, et garnis en dessous d'une brosse de poils.
Ce genre, qui offre quelque rapport avec celui des Berosus, ne renferme que
deux espèces étrangères à l'Europe, le V. inflatus, Brullé, de l'Ile-de-France, et le V. œneus, Brullé,
de Ceylan.
5mc GENRE. — BEROSUS. BEROSUS. Leach, 1817. Zoologicul misccllany.
Berosus, Montagne du Taurus.
Tète très-penchée; palpes maxillaires moins longs que les antennes, à dernier article fusiforme, plus grand que le précédent: labiaux à dernier article subulé; labre transversal; mandibules cornées, terminées par une déni aiguë, armées d'une dent semblable au côté interne; mâchoires à deux lobes coriaces, frangés; antennes de huit articles : le premier allongé, un peu arqué et légèrement renflé, le second long, conique, les troisième et quatrième petits, le cinquième presque confondu avec les trois derniers, qui forment une massue pubescente; corselet transversal; corps oblong, convexe,
arqué longitudinalement; élytres à dix stries, ou rangées striales de points avec le commencement d'une onzième, située à la base, entre la suture et la seconde; pieds allongés; cuisses larges; jambes et tarses intermédiaires et postérieurs garnis de longs cils; tarses postérieurs avec; une brosse de poils en dessous.
Les Berosus, créés aux dépens des Hydrophilus, sont petits, de couleur sombre. Ce sont des insectes nageurs, d'une très-grande agilité. Leur activité leur fait, plus souvent qu'aux autres Hydrophiliens, éprouver le besoin de respirer l'air extérieur; pour arriver à la surface de l'eau, ils n'ont qu'à laisser aller leur corps, qui s'élève sans peine; mais, pour redescendre, n'ayant pas les tarses postérieurs comprimés en forme, de rames, ils sont obligés de nager, en produisant des mouvements de bascule. Ces insectes vivent des débris des plantes, et sont carnassiers dans l'occasion.
Fis 416 — B lividus.
Fig. 417.
B. Dejanii.
On connaît une quinzaine d'espèces de ce genre, propres à presque toutes les parties du monde; l'Europe en possède quatre, dont le B. luridus, Linné {Hydrophilus fuscus, De Geer), des parties froides et tempérées de la France, est le type, ainsi que le B. lividus. C'est auprès de ce genre que l'on doit placer le groupe des Pylophiles, Pylopkilus (mikn, porte; <ptXc;, ami), indiqué par M. Motschoulsky {Bull. Soc. Moscou, 1845), mais dont il n'a pas publié les caractères; une seule espèce, propre au nord de l'Europe, le Berosus griseus, entre dans cette subdivision.
6œe GENRE. — SPERCHÉE. SPEBCHEUS. Kugelann, 1798.
llligt'r. Kaf. Preuss.
ÏTrep/w, je me hâte.
Tète forte, inclinée, à chaperon échancré; mandibules assez courtes, cornées, bidentées à l'extrémité, mâchoires a deux lobes : le supérieur arqué, mobile, corné, grêle, terminé en alêne, l'inférieur coriace, muni d'une dent cachée sous la frange du côté interne; palpes maxillaires allongés, subcylindriques, à quatrième article le plus grêle et le plus long de tous : labiaux peu allonges, à troisième article fusiforme, aussi grand que les deux autres réunis; menton en carré transversal; antennes courtes, de six articles, dont les cinq derniers forment une massue irrégulière; corselet transversal, plus étroit à la base que dans le milieu des côtés; sternum sans carène; écusson triangulaire; élytres plus larges que le corselet, très-bombés, arrondis à l'extrémité; ventre de cinq legnentS apparents; pattes assez grandes, fortes; éperon rudimentaire; plantule très-developpée,
ongles forts.
Les insectes de ce genre habitent les eaux Stagnantes, où ils se tiennent au pied des plantes aquatiques : efl ami liant ces dernières, on trouve souvent des Sperchées accrochés a leurs racines ' volent rarement les femellet portent leurs œufs dans une sorte de sac, retenu et cm
.• par leurs pattes | tires, logé sous h- ventre, et elles ont, du moins après la ponte,
244 HISTOIRE NATURELLE
l'abdomen moins développé que celui des mâles. L'insecte parfait produit, probablement à l'aide du frottement de ses élytreset de la partie supérieure de l'abdomen, un bruit faible, mais, malgré cela, très-sensible.
L'espèce type ce ce genre est le Sperchcus emargïnatus, que Schaller plaçait dans le genre Dyliscus, et que Fabricius réunissait'aux ITgdropliUus. Cette espèce, rare aux environs de Paris, habite principalement les contrées froides et tempérées de l'Europe. Deux autres espèces font partie du même genre; ce sont les 5. platycephalus, Castelnau, de Java, et Senegalensis, Castelnau, du Sénégal.
M. Kiesenwetter (Soc. cnt. de Stctten, 1845) a fait connaître les métamorphoses du Sperchcus cniarginatus, et M. Leprieur a fait à la Société entomologique de France (séance du 22 mai 1850) une communication sur le même sujet. Les larves du S. emargïnatus sont aplaties, munies de longues pattes, longues d'un millimètre et demi environ, noires, et se meuvent avec rapidité à la surface de l'eau: leurs mandibules sont très-fortes, munies a l'extrémité de deux dents presque égales,
qui semblent indiquer dans ces larves la nécessité d'une nourriture animale, probablement des Limnadies, des Cyclopes et des Infusoires.
M. Mulsant fait une famille particulière du genre Spcrcheus, et il leur assigne pour caractères : labre invisible en dessus, caché par l'épistome, qui est largement entaille; eeusson en triangle, presque une fois aussi long que large; cuisses presque cylindriques; pieds marcheurs; corps ovale, fortement convexe, arqué sur sa longueur. Mais comme les insectes de ce genre semblent pouvoir rentrer dans la tribu des Hydrophilides, il nous a semble inutile d'augmenter sans motif le nombre déjà trop considérable Fig.418.— s.i m. des divisions.
7me GENRE. — HYDROPHILE. HYDROPHILUS. Geoffroy, 1704.
Histoire abrégée des Insectes.
ï'^">p, eau; cpt/.aw, j'aime.
Palpes maxillaires à second article arqué, un peu plus grand que le suivant : labiaux de trois articles, le dernier moins renflé et plus court que le précédent; mandibules armées au côté interne de deux dents transversales, parallèles, déprimées, d'épaisseur égale, presque bifides à l'extrémité; menton arqué en dessous, avec nue échancrure sur les côtés pour donner passage aux palpes labiaux; èpistome très-saillant en forme de déni à ses angles externes; antennes à septième et huitième articles ciliés à l'extrémité externe, le cinquième irrégulièrement en losange; yeux très-saillants sur les côtés de la tête; corps en ovale allongé; écusson grand; prosternum petit, triangulaire, avec la pointe dirigée vers le menton, creusé en gouttière pour recevoir la saillie antérieure du mêtasternum; pointe de la carène métasternale prolongée au delà de l'extrémité des trochanters des pieds de derrière; jambes intermédiaires non garnies de longs cils sur l'arête inférieure; tarses des quatre derniers pieds comprimés, ciliés intérieurement, à premier article court et second plus long que les deux autres réunis; ongles des quatre pieds postérieurs armés en dessous d'un fort crochet.
Geoffroy donna le nom d' Hydrophilus aux Coléoptères aquatiques à antennes en massue, dont Linné avait fait d'abord une simple division des DyligCUS, et dont plus tard il forma le genre //;/drous. Leach, en fractionnant les Hydrophiliens, appliqua le nom linnéen aux espèces chez lesquelles le sternum offre un prolongement plus remarquable, et conserva aux autres celui à' Hydrophilus; mais, à l'exemple de MM. Brullé et Mulsant, nous restituerons cette dernière dénomination a la première des espèces décrite par Geoffroy, et nous donnerons le nom à'Hydrous aux autres espèces.
Les Hydrophiles sont des insectes de grande taille, à corps convexe, très-arqué dans sa longueur, et duiit la forme elliptique se rétréci! d'une manière presque égale à ses deux extrémités; leur corselet est plus large que long; leur tète, au contraire, est plus longue que large, inclinée, avec les
Fig. 1 — Orrctes nasicornis.
Fig. 2. — Anatista Lefertei.
Fig.; 3. — J.itcamts Titt,
Fig. i. —
fncistrosoma Khigii.
Fig. ;'). — Ancistrosoma farïnosum.
yeux ronds et saillants; les pattes intermédiaires et postérieures sont longues, robustes et aplaties en forme de rame, avec l'extrémité des tibias armée d'éperons longs, très-aigus, et les tarses, qui participent de l'aplatissement des tibias, sont très-allongés et ciliés dans toute leur longueur. Par la disposition de leurs membres, ils sont disposés pour une progression aquatique différente de celle des Dytiques; aussi ces insectes, au lieu de faire jouer simultanément les pieds d'une même paire, les font mouvoir l'un après l'autre. Il résulte de cette progression que les Hydrophiles se meuvent d'une manière moins rapide que les Dytiques; mais ils n'ont pas besoin de l'agilité excessive indispensable aux carnassiers aquatiques pour saisir leur proie, puisque, à leur état parfait, ils sont herbivores. Ces insectes habitent les eaux stagnantes; ils parviennent habituellement pendant l'été ou vers le milieu de l'automne à leur dernière forme, et passent l'hiver au fond des mares dans un état léthargique complet ; mais, vers le mois d'avril ou mai, quelquefois même dès celui de mars, les femelles commencent à s'occuper du soin d'assurer le sort de leur postérité; elles construisent alors, pour y mettre leurs œufs en sûreté, une espèce de coque, et la matière dont elles composent ce berceau sort de deux filets écailleux, coniques, situés à l'extrémité de l'abdomen, composés chacun de deux articles inégaux, et doués d'une grande mobilité, grâce à deux appendices charnus situés à leur base et aux muscles du dernier arceau ventral, auxquels ils se lient. Un grand nombre d'auteurs, et principalement Lyonnet (Mémoires posthumes), Mouffet (Hist. des Ins.), Miger (Ann. du Mus., t. XIV), et MM. Brullé (Hist. des Ins.), Westwood (Inlr. to the modem class. Ins.), et Mulsant (Hist. nat. des Coléopt. de France : Palpicor nés), ont décrit avec soin les métamorphoses d'une espèce de ce genre, Y Hijdrophilus piceus. Cette larve est longue d'environ huit centimètres quand elle a acquis tout son développement; sa tête est d'un brun-rouge, presque ronde, bombée en dessous, longitudinalement concave en dessus dans sa partie médiane; les mandibules sont cornées, longues, faiblement arquées, inégalement unidentées au côté interne; les mâchoires sont subcylindriques, terminées par un palpe de quatre articles; la languette saillante, formée de deux pièces subcordiformes : l'antérieure plus petite, portant deux palpes; les antennes sont sétacées, aussi longuement prolongées que les mandibules, de quatre articles, le basilaire petit, globuleux, le deuxième plus long que les deux autres réunis; le corps est d'un brun cendré, de onze anneaux, les trois premiers graduellement moins longs et un peu plus larges, portant chacun en dessous une paire de pieds : les anneaux suivants progressivement rétrécis, transversalement ridés en dessous, latéralement munis d'un mamelon armé d'une épine : le dernier énorme, pourvu de deux appendices charnus. Cette larve se nourrit principalement de mollusques fluvialiles qui se tiennent à la surface des eaux dormantes; grâce à la facilité avec laquelle elle peut renverser la tête, elle saisit ces animaux en dessous, brise leur coquille en l'appuyant sur son dos comme sur un point d'appui, et les dévore ensuite sans peine. Lorsqu'on la prend, ou quand elle est rencontrée par le bec d'un oiseau aquatique, elle rend son corps flasque et mou comme une vieille dépouille, avec laquelle sa peau coriace lui donne de l'analogie. Si cette, ruse n'obtient pas de succès, elle lance par l'anus une liqueur noirâtre qui, troublant l'eau qui l'entoure, la dérobe parfois à ses ennemis. La durée de la vie des larves est de deux mois environ, et pendant ce temps elles changent plusieurs fuis de peau. Lorsqu'elles arrivent à l'époque de leur métamorphose, elles sortent de l'eau et entrent dans la terre, où elles se creusent, à l'aide de leurs mandibules et de leurs pattes. âne cavité 3 peu près sphérique, très-lisse à sa partie inférieure, et ne laissant apercevoir aucune C'est la que se fait la transformation en nymphe; celle dernière, longue de treize à quatorze lignes, est d'une couleur blanchâtre ; ses appendices postérieurs sont fourchus à leur extrémité, et l'on remarque sur ehaciin des deux angles antérieurs du corselet trois aigrettes de substance cornée qui sont recourbées en avant de la tète. L'étal de nymphe dure environ un mois, pendant lequel toutes les parties cornées de l'insecte se colorent graduellement.
Lorsque la dernière transformation va avoir lieu, une longue enveloppe blanche se fend sur le dos de la nymphe, qui déjà est presque complètement en insecte parfait; l'Hydrophile se renverse or h- do '. et, a l'aide de ses pattes et du mouvement onduleux de ses anneaux, il parvip.nl à se dé barrasser entièrement de cette enveloppe. Aussitôt les élytres, qui étaient appliqués sur le ventre, se placent sm i,- «i,,, |,.S ailes se déploient et restent étendues jusqu'à ce qu'elles aient pris de la lermeté mais bientôt l'insecte les retire sons ses étuis encore blancs et sans consistance, se relève efforts et se pose sur ses pattes encore mal affermies L'insecte parfait prend en vingt-quatre
HISTOIRE NATURELLE
heures la couleur brune qui lui est propre, et cependant il reste une douzaine de jours dans la terre sans faire aucun mouvement ; ce temps expiré, il commence à s'agiter, et la dureté de ses pattes et de ses mandibules lui permettant alors île forcer sa prison, il s'échappe par une ouverture assez petite, :i la faveur de la flexibilité de ses élytres et de la compressibilité de son corps. D'après ce que nous venons de dire, on voit qu'il faut environ trois mois pour que les métamorphoses de cet Hydrophile puissent s'opérer.
Le genre Ilydropliiltts , d'après les retranchements successifs qu'il a éprouvés, se borne aujourd'hui pour l'Europe à trois espèces, auxquelles on a réuni une soixantaine d'espèces exotiques, la plupart non encore décrites, nommées seulement dans les catalogues, et qui, mieux étudiées, devront très-probablement donner lieu à la création de plusieurs genres distincts. L'espèce type est le grand Hydrophile, de Geoffroy (Hydrophilus piceus, Linné), qui se trouve dans toute l'Europe, et n'est pas rare aux environs de Paris; les deux autres espèces européennes sont 17/. aterrimus, Eschscholtz III. morio, Dejean), de l'Allemagne et de la Suisse, elYII.pistaceus, Dahl, de la Sicile. L'Amérique en comprend un grand nombre d'espèces, dont la plus connue est 17/. ater, Eabricius, de Cayenne; l'Afrique et l'Asie n'en renferment (pie très-peu, et la Nouvelle-Hollande en possède une, 17/. ruficomis, Latreille (//. rcsplendens, Eschscholtz).
Deux divisions formées par M. Solier (Ann. Soc. entomol. de France, lre série, t. 111, 1830) aux dépens des Hydrophilus , et qui n'ont généralement pas été adoptées par les entomologistes, sont celles des : Stéthoque, Stethoxus (ot»8o«, poitrine; cÇu;, pointu), qui ont les palpes maxillaires à dernier article subliliforme; tarses antérieurs à cinquième article non dilaté en palette dans les mâles. Type, //. nier, Fabricius, de Cayenne, et Temnoptère, Temnopterus, que nous allons indiquer comme section du genre Hydrophile.
Nous citerons aussi, mais avec beaucoup de doute, les divisions des Mesocanthicus (u.ê<;o;, qui est au milieu; oucav8oc, épine) et Tetracanthicus (tetûci, quatre; axavfta, épine), créées par M. Hope dans son Colcopierist's manual, 1838.
M. de Castelnau (Hisi. nul. des Ins. : Coléopt., 1840) divise les Hydrophiles en quatre sections, que nous désignerons comme sous-genres :
Fig. 41it. — //. piceui.
1er SOUS-Gh.NRK. — HYDROPHILE. HYDROPHILUS. Geoffroy, 1764.
Palpes grêles, filiformes, pointus à l'extrémité; élytres entiers; épine sternale très-longue. Type, //. piceus, de Paris.
B1"» SOUS-GENRE. — HYDROSOME. HYDROSOMA. Castelnau, 1840. ïowp, esu , nwi.i., corps.
Palpes maxillaires très-longs, à articles comprimés, élargis : le deuxième très-fortement dilaté antérieurement en forme de triangle, et le dernier un peu arqué, creusé et arrondi à l'extrémité; élytres entiers; épine sternale dépassant peu l'insertion des dernières pattes
Espèce unique, //. latipalpiu, Castelnau, de la Nouvelle-Hollande.
3me SOUS-GENRE. — HYDRODÈME. HYDRODEMA. Castelnau, 1840. ï^op, eau; &«.*;, corps.
Palpes maxillaires longs, épais : à premier article plus large que les autres, et à dernier tronqué au bout; élytres entiers; épine sternale très-courte, ne dépassant pas l'insertion de la dernière paire de pattes.
Type et espèce unique. \ H. albipes , Castelnau, de la Nouvelle-Hollande.
4™ SOLS-GENRE. — TEMNOPTÈRE. TEMXOPTERVS. Solier, 1834. Teavo), je partage; impGV, aile.
Palpes maxillaires longs, grêles, à dernier article un peu élargi et tronqué obliquement à l'extrémité; élytres échancrés et biépineux au bout; épine sternale très-forte et très-longue.
Type, H. spinipennis, Guérin, du Sénégal.
Fig. 420. — T. spinipennis.
8œï GENRE. — TROPISTERXE. TROPISTERMS. Solier, 1854.
Annales de la Société entoniologique de France. Tocttiç, carène: arepvov, sternum.
Palpes maxillaires à dernier article presque de la longueur du précédent, et un peu ovalaire : le deuxième droit; prosternum creusé en gouttière; tarses antérieurs semblables dans les deux sexes.
Les Tropisternes, qui sont très-voisins des Hydrophiles, ne s'en distinnt guère que par les caractères que nous venons d'indiquer. Ce sont de petits insectes, ornés le plus habituellement de jolies couleurs, et surtout de lignes ou de bordures jaunes, ce qui est une exception parmi les Coléoptères de cette famille. On en trouve un nombre assez considérable d'espèces en Amérique, et l'on peut indiquer comme type le T. collarïs, Fabricins, du Brésil.
Fig. 421. — T. gïaber.