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QUATORZIÈME FAMILLE

CRYPTOPHAGIENS. CRYPTOPHAG1I. Nobis, 1851.

Les principaux caractères des Insectes de cette famille sont ainsi formulés par Erichson : antennes de onze articles, en massue; pieds distants, à cuisses antérieures globuleuses, et à cuisses postérieures cylindriques; tarses tantôt pentamères dans les deux sexes, tantôt hétéromères dans les femelles et pentamères dans les mâles; abdomen composé de cinq segments tous libres : le premier très-grand.

Les Cryptophagiens sont des Coléoptères de très-petite taille, puisque leur longueur, qui ne dépasse pas 1 ou 2 lignes, n'atteint souvent pas plus de 1/4 a 1/2 ligne. Leur corps est en général ovalaire, quelquefois un peu allongé; leur tète est assez grande, avancée, triangulaire; leurs mandibules sont assez fortes; les mâchoires bitides, allongées; les antennes sont, le plus souvent, moniliformes, avec une massue terminale presque insensiblement ou brusquement formée; les palpes sont filiformes; le corselet est de forme plus ou moins quadrilatère; l'écusson est assez élargi, assez court; les élylres sont plus ou moins ovalaires, couvrant l'abdomen dans le plus grand nombre des cas, ou ne le cachant pas tout à fait; les pattes sont assez fortes, terminées par des tarses â nombre d'articles variable.

Ces Insectes se rencontrent dans les endroits obscurs, tels que les caves, les celliers; on en prend souvent dans les troncs pourris des arbres, sous les écorces, les feuilles tombées à terre, dans les champignons, et en général dans les matières végétales en décomposition.

L'histoire des métamorphoses de trois espèces de Cryptophagcs a été faite, et nous n'y comprenons pas celle du Cri,ptophagus denlatus, llerbst, qui vient d'être présentée tout récemment (22 octobre 1851 ) à la Société entomologique, par M. Ed. Perris, parce qu'elU» n'a pu être encore publiée. Mais c'est principalement M. lilisson qui. dans les Annales de 1847 de la Société entomologique de France, a surtout décrit avec un grand soin la larve et la nymphe d'une espèce, le Cryptopliagus hirtu.i, Gyllenhall. La larve est longue de 5 millimètres, large de \ millimètre; son corps est composé de douze segments, déprimé en dessous, convexe en dessus, entièrement d'un blanc argenté ou très-légèrement d'un fauve couleur de chair. La tète est un peu aplatie sur le vertex, subsemi-circulaire quand elle est penchée, et en partie retirée sous le premier segment, à peu près de même couleur que le corps, très-légèrement d'un blond à peine fauve antérieurement, un peu plus obscure postérieurement dans la région de l'occiput. Les mandibules sont courbes, aiguës et de couleur de terre de Sienne à leur extrémité; à leur base, ou côté interne, on voit une petite pointe arquée dans le même sens. Les antennes sont coniques, composées de trois articles cristallins et saillants. De chaque côlé il y a deux petits ocelles d'un brun marron; l'ocelle antérieur un peu ovale, plus grand que le postérieur, qui semble rond. Dans le thorax et l'abdomen, le premier segment est en forme de bouclier subsemi-circulaire, à peu près du double plus long que le deuxième, celui-ci seulement un peu plus long que le troisième, les suivants plus courts que le précédent. Les douze segments sont très-distincts, séparés par de profondes incisions, fortement festonnés latéralement, couverts, ainsi que la tête, d'un grand nombre de villosités tégumentaires d'inégale longueur, subclaviformes, entremêlées de quelques poils sur le devant de la tête et le dernier segment. Ces villosités, sur les bords latéraux du premier anneau et notamment sur la partie la plus saillante des festons des autres anneaux, sont beaucoup plus longues que partout ailleurs; elles sont divergentes et disposées en forme d'aigrette. Sur la tête et sur les segments beaucoup de ces villosités paraissent comme sessiles ou comme de petits boutons; elles sont serrées, implantées irrégulièrement et parallèlement entre elles sur le deuxième anneau, et les suivants jusqu'au onzième inclusivement; vues en masse,

elles forment une sorte de bande dont les bords, assez mal alignés, occupent toute la surface dorsale, sauf la partie déclive qui touche le fond des incisions, qui en est dégarnie. Sur le premier et le dernier segment, ainsi que sur la tête, elles sont également semées sans ordre; mais elles n offrent plus dans leur ensemble l'aspect d'une bande. Ces villosités, examinées de profil, la larve étant de côté, semblent légèrement fauves. Le premier segment présente à son extrémité une échancrure peu profonde. Le lobe ovale est très large à sa base, ressemblant à un mamelon conique a son sommet, servant de support et à faciliter la marche; la partie conique s'enfonçant un peu dans sa base quand la larve est en repos. La peau sur les anneaux parait avoir transversalement quelques rides. A travers la transparence du tégument, on aperçoit le tube digestif, lequel, selon qu'il est plus ou moins rempli d'aliments, produit comme une ombre légère, fauve, très-allongée, régnant ordinairement du deuxième au onzième anneau. Les pattes sont courtes, d'un blanc cristallin, paraissant d'égale longueur, visibles seulement pendant la marche et par moment lors de leur passage entre les anneaux, la larve étant vue par sa région dorsale. On remarque quelques poils sur les pattes et sur les flancs.

La nymphe est large de 2 millimètres 1/2, et longue de 1 millimètre; elle est brillante, entièrement d'un blanc argenté; les pattes. et l'appendice terminal du dernier segment sont cristallins. La tète est fléchie sous le corselet, avec l'extrémité des palpes maxillaires s'arrêtant à la naissance du premier article des tarses des pattes antérieures et couvrant en partie l'articulation de cet article avec la jambe. Les antennes sont contournées au devant des yeux, et vont se cacher derrière les deux premières paires de pattes. Les yeux sont très-faiblement ovales, composés d'un grand nombre de points saillants d'un brun marron, disposés sur quatre rangs : les deux du milieu en comptent chacun cinq, les autres quatre; au-dessus et au-dessous de ces quatre séries se trouvent deux points semblables près du bord de la circonférence de l'œil. Quand la nymphe est sur le point d'éclore, les yeux ne semblent plus former qu'un très-gros point; mais, en les examinant avec attention, on distingue encore les grands points. Les extrémités de la première paire de pattes arrivent à peu près a la moitié de la longueur du fourreau des élytres. Les extrémités des pattes postérieures atteignent la troisième incision de l'abdomen du côté de la région ventrale; cette dernière paire est en grande partie cachée sous les élytres. Les pattes, à l'endroit de l'articulation de la cuisse et de la jambe, dépassent sensiblement les côtés du corps : les deux premières paires repliées presque horizontalement, la dernière très-inclinée vers l'abdomen. Quelques poils blancs d'inégale longueur sont disposés en forme de rayons sur les bords antérieurs du corselet, très-penchés en arrière sur les côtés des segments de l'abdomen Sur le dos, on voit quatre petits traits d'un brun fauve, plus ou moins droits, courbes ou sinueux, plus ou moins éloignés ou rapprochés les uns des autres, représentant trèsirrégulièrement un K ou un X, mais le plus ordinairement la première de ces lettres : ces traits varient tellement, quant à la figure qu'ils forment, qu'il serait impossible de trouver deux individus offrant deux figures semblables. Entre les deux traits supérieurs il y a une tache jaune serin plus ou moins apparente. Le dernier segment est terminé par un appendice tégumentaire, cristallin, conique ù la base, se prolongeant en pointe très-allongée et très-longuement bifurquée à l'extrémité. Les deux branches de cette bifurcation paraissent divisées en trois parties ou trois articles oblongs et peu distincts, conformation qui permet à l'Insecte de courber les deux branches horizontalement ou verticalement, et de les diriger dans le sens qui lui convient pour l'usage auquel elles sont destinées. Lorsque le temps de la transformation est arrivé, la larve tombe dans un état de somnolence qui dure deux ou trois jours, et, pendant ce repos léthargique, les bords extérieurs de l'extrémité du tube anal se collent a l'objet sur lequel elle s'est arrêtée pour subir ses métamorphoses, de façon que c'est toujours la région dorsale de la nymphe qui est en évidence. Quand survient le moment où l'Insecte apparaît sous une nouvelle forme, les segments thoraciques se fendent longiludinalement en dessus : le premier se détache de la tète, et il se fait une très-large ouverture par laquelle le Coléoptère s'échappe. La dépouille, par suite de la conformation conique de cette nymphe, descend et glisse jusqu'à l'extrémité du corps, où elle va se ramasser en paquet : tantôt elle n'enveloppe que le dernier segment, tantôt elle en couvre plusieurs, surtout en dessous, et, dans ce cas, il est assez difficile de les compter; mais toujours elle demeure trèsreconuaissable au moyen des villosités latérales qui se sont conservées en assez grand nombre, de manière que l'on distinguerait la nymphe du Crijptopliagus hirius entre mille.

Cetle larve habite ordinairement les lieux sombres, humides et peu aérés, tels que les caves et les celliers; dés lors, on comprend qu'elle ne peut se transformer dans la terre, où elle serait inévitablement atteinte par des maladies analogues à la muscardine, ou par cette maladie elle-même. Les nombreuses yillosités dont elle est chargée sont en outre autant d'obstacles qui ne lui permettent pas de s'enfoncer dans le sol ; car on sait que les larves ou les chenilles qui se tranforment en terre sont généralement glabres, et qu'elles ont ordinairement le corps très-lisse et très-poli. Il fallait donc qu'elle pût se métamorphoser à l'air libre; et, pour être a l'abri d'une foule d'accidents, qu'elle pût encore s'attacher à un objet quelconque : afin de ne pas être exposée, vu sa légèreté, à être jetée çà et là par le moindre choc, ou emportée, par le plus léger souffle. La larve vit là où l'on rencontre l'Insecte parfait et sur les mêmes objets, c'est-à-dire dans le terreau qui remplit parfois le tronc de vieux arbres; dans les caves, dans les celliers, et, en général, dans les lieux obscurs; elle est assez commune clans presque toute l'Europe. On trouve des larves depuis le 15 juin jusqu'à la fin d'août, surtout vers la fin du mois de juillet, et pendant tout ce temps, et même beaucoup plus tôt et plus tard, très-communément l'Insecte parfait. La nymphe reste de dix à treize jours, suivant la température, avant de se transformer en Insecte parfait : lors de l'éclosion, les élytres, les anneaux de l'abdomen, sauf l'extrémité du dernier segment, sont blanchâtres, et toutes les autres parties légèrement fauves; mais au bout de trois jours l'Insecte est déjà très-coloré.

L'intérêt que présentent les particularités qui précèdent, surtout dans un aussi petit Insecte, nous a engagé à rapporter avec détail la plupart des belles remarques de M. Blisson; toutefois, nous engageons nos lecteurs à recourir au mémoire même du savant entomologiste du Mans; ils y trouveront d'autres observations que nous n'avons pu indiquer, et ils y verront (loco citalo, pi. 9, n° n) surtout des figures qui les font comprendre facilement.

M. Bouché [Nalurgeschichte der lnsecten, 1854) donne une courte description du Cryplophagus lycoperdi, Gyllcnhall, qu'il a découvert dans le Lycopcrdon bovisla; celte larve ressemble assez à celle étudiée par M. Blisson.

Enfin M. Westwood [htir. lo ihc modem, class. lnsecten, 1840) dit quelques mots des métamorphoses du Cryplophagus ccllaris.

L'analomie de ces Coléoptères n'a pas encore été faite, et cela se conçoit facilement, à cause de leur extrême petitesse.

Les premières espèces connues de cetle famille étaient originairement placées par Linné dans le genre Dcrmcslcs; p;ir Olivier dans celui des Ips, et par Fabricius dans celui des Mycclopliagus. Herbst, le premier, en 1792, créa pour elles le genre Cryplophagus, qui fut dès lors généralement adopté, et qui devint la famille que nous étudions. Knock, ou plutôt Latreille, en 1829, dans le Il'egne animal de G. Cuv'icr, fonda à ses dépens le genre Antlicrophagus. Des entomologistes anglais, tels que MM. Westwood, en 1829 [in Stcphcns, Illust. Brit. Enh); Kirby, en 1850 (dans le même ouvrage), et Curtis, en 1855 {Brilisch Eniomology), firent connaître les genres Ephistcmus. Atomaria et Paramceosoma. Eriehson, en 1845, dans son Dcutscltlunds lnsecten, adopta tous ces genres, tous démembrés des Cryptophages, et en créa un nouveau, celui des Emphylus. M. Motschoulsky (Bull, de la Soc. des nalur. de Moscou, 1844) avait indiqué, mais non caractérisé, un genre Spavius, synonyme de celui des Emphylus, et M. Heer (Fauna Coleoptcrorum Ilctvctica, 1844) avait publié les caractères du groupe des Psychidium, qui correspond à celui des Ephistemus, et tous deux ont fait connaître de nombreuses espèces, ce qui fait qu'aujourd'hui on a décrit plus de cent espèces de Cryptophagiens, et il est probable que les recherches assidues de nos entomologistes actuels pourra en augmenter considérablement le nombre. A cet historique nous devons ajouter, ainsi que nous l'avons déjà dit, que les travaux de MM. Blisson, Bouché, Westwood et Ed. Pénis, nous ont fait connaître les métamorphoses des Cryplophagus hirius, lycoperdi, ccllaris et dcnlalus.

Tous les Coléoptères de cette famille, à très-peu d'exceptions près, appartiennent à l'Europe, parce que c'est là seulement qu'on les a recherchés jusqu'ici. Comme espèces exotiques, nous indiquerons les Cryplophagus Capcnsis, Dejean, du cap de Bonne-Espérance; Forstronni, Schoénherr, de l'Amérique insuluirr, et signants, Dejean, de l'Amérique boréale.

La famille des Cryptophagiens est désignée par Eriehson sous le nom de Cmptomiagides, et formait, pour Latreille, en y réunissant les Engis et Dacne, sa tribu des Engitides, faisant partie de la

Fig. I. — Bupretlis obliqua.

Fig. 2. — Rubis birittata.

Pie. 8. — Chrytochroa opulente.

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Fig. 4. — flïascio

Fig. :,. — Dupreslu Beriloneasù.

grande famille des Clavicornes. Cette manière de voir est adoptée par quelques auteurs modernes, et M. Ileer la comprend dans la famille des Encid.v, qui renferme en outre les genres Pcltis, Thijmalus, Colobicus, Sphtvritcs et Engis. Nous n'avons pas cru devoir faire de même; les quatre premiers genres que nous venons d'indiquer entrent dans la famille des Nilidulaires, cl le dernier, celui des Engis, nous semblant plus naturellement placé avec les Érotyliens.

Dans la méthode des entomologistes allemands, la famille des Cryptopliagiens est précédée de celles des Colidiens, Rhysodides et Cucujides, et suivie de celle des Mycétophagiens. Nous avons déjà, dans nos généralités sur les Trichoptérygiens, dit pourquoi nous ne suivrions pas leur exemple, et pourquoi nous tâcherions de grouper à coté les unes des autres les familles démembrées des anciens Xylophages de Latreille.

Quant aux rapports naturels que les Cryptopliagiens peuvent avoir avec les diverses autres familles, nous dirons qu'ils en ont d'assez nombreux avec les Trichoptérygiens et les Dermestiens; mais nous avouerons qu'ils en ont assez peu avec les familles que nous étudierons bientôt.

Les genres que nous admettons dans cette famille sont ceux des Anthérophage, Emphyle, Cryplophage, Paramécosome, Atomarie et Ephistème.

1" GENRE. — ANTHÉROPHAGE. ANTHEROPHAGUS. Knock, 182).

In Latreille, Rogne animal de G. Cuvier. A.v6/ipo;, fleur; 'i'-y-'', mangeur.

Mandibules recourbées, dentées à l'intérieur; mâchoires à deux lobes membraneux, unis à la base, l'interne avec des soies; palpes maxillaires à troisième article obeonique, le dernier filiforme, égalant l'avantdernier en longueur; palpes labiaux à dernier article ovalaire; languette membraneuse, à extrémité émarginée; antennes distantes à la base, à articles deuxième à septième presque égaux, subglobuleux, les trois derniers formant insensiblement une massue allongée; tarses de cinq articles dans les femelles, et hétéromères dans les mâles.

Le genre Aniherophagus, formé aux dépens des iïlucclophagus de Fabricius et des Cryptopliagas d'Herbst, a été adopté par tous les zoologistes. Dans son Dcutschlands Insecten, Enchson leur assigne pour caractères : palpes maxillaires à premier article très-petit, conique: labiaux à dernier article mince; prosternum reçu à l'extrémité du mésosternum; tarses des mâles hétéromères, ceux des femelles pentamères. Ce genre a les plus grands rapports avec celui des Cryptophages, dont il ne diffère que par ses antennes proportionnellement plus grosses, â articles plus transversaux, presque égaux depuis le deuxième jusqu'au huitième.

On n'y range qu'un très-petit nombre d'espèces, toutes de petite taille, et que l'on rencontre sur les fleurs. Elles semblent habiter exclusivement l'Europe. Comme type, nous indiquerons V Aniherophagus pallens (Tenebrio), Olivier, qui est long de 1,2 ligne, d'un brun jaune clair, recouvert d'un léger duvet jaune, avec le devant de la tête et les antennes plus foncés, et qui se rencontre aux environs de Paris.

Fis

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