DIX-SEPTIÈME FAMILLE
CLÉRIENS. CLERU. Brullé, 1836.
Hisloirc naturelle des Insectes.
Les Coléoptères de celte famille ont pour caractères principaux : antennes ordinairement de onze articles, grossissant insensiblement, et terminées par une massue composée des trois derniers articles; corps allongé, presque cylindrique, plus étroit en avant qu'en arrière et quelquefois assez développé en largeur; télé sans étranglement à sa partie postérieure; abdomen mou, en carré plus ou moins long, recouvert par les élytres; palpes saillants, les maxillaires de quatre articles et les labiaux de trois : ces derniers allongés ou plus longs que les autres, terminés le plus habituellement en hache ou en cône très-allongé; tarses tantôt pentamères, tantôt hétéromères, tantôt télramères, à articles intermédiaires bilobés, membraneux en dessous.
Les antennes, chez ces Insectes, peuvent être insérées au-dessous des yeux ou bien être placées entre eux; leur forme varie : tantôt les articles, a partir du deuxième, faits en grains de chapelet, augmentent progressivement en grosseur et ne subissent aucun changement brusque de forme (Notoxus mollis); tantôt il y a pour les trois derniers articles un brusque changement de forme, et la massue qu'ils produisent est perfoliée (Corynetes violaceus), ou serriforme (Trichodes apiarius), ou disposée en scie (Tillus clongaïus); jamais il n'y a plus de onze articles aux antennes, mais quelquefois un nombre moindre. Il n'y a pas d'ocelles, et les yeux sont à réseaux, leur grandeur proportionnée à celle de la tète; leur forme et surtout leur rapport avec l'insertion des antennes fournissent des caractères. La tête est généralement ovalaire ; le col ne s'y voit presque jamais; le vertex est presque constamment en parallélogramme longitudinal; le front est plus ou moins penché en bas, et la face est dans le même plan que lui; le chaperon ou épistome est court et transversal. Le labre a son bord extérieur arrondi, droit ou échancré; il est de substance dure et cornée, ou bien molle et flexible, et quelquefois (Denops) couvert entièrement par le prolongement de la face et du chaperon. Les mandibules sont assez fortes, plus ou moins développées et toujours dans le même plan que le devant de la tête. L'ouverture buccale est très-grande, au moins chez les Ctérides; le menton est composé de trois pièces au moins, planes, disposées en série longitudinale et à articulations en suture simple, cornées ou molles. La languette ne dépasse le menton que quand il est en mouvement; sa forme est très-variable. Les mâchoires sont fortes et semblent cependant ne pas servir à la manducation . Les palpes maxillaires ont constamment quatre articles et les labiaux trois : la proportion relative de ces articles et principalement celle du dernier, ainsi que leur forme particulière, ont servi pour donner de bons caractères. Chez la plupart des espèces, comme dans la grande majorité des Coléoptères, les palpes maxillaires sont plus grands que les labiaux; mais il n'en est pas de même, toutefois, dans la tribu des Corynétidcs, dans laquelle les palpes labiaux sont, au contraire, beaucoup plus grands que les maxillaires. Le corselet ou prolhorax, ainsi que les pièces qui la composent, telles que le tergum, les épisternums, etc., sont de forme variable : souvent il est plus long que large et présente des particularités que nous noterons en faisant l'histoire de chacun des genres. L'écusson n'est pas toujours visible; il est triangulaire lorsqu'il existe, et il en sera de même du mésothorax, du méiathorax et du métasternum. L'abdomen n'a jamais plus de six segments, et le dernier est souvent enveloppé par le précédent: les segments se meuvent les uns dans les autres comme les tuyaux d'une lunette; sa forma est habituellement convexe. Les pattes sont simples et essentiellement marcheuses; elles sont plus ou moins allongées, assez minces : les fémurs et les tibias nous présenteront des différences, mais c'est surtout dans les tarses que nous en trouverons en plus grand nombre. En effet, si dans beaucoup de genres ces organes ont tous cinq arli-
Fig. I . — fin»» /■'• vanii.
Fig. 2. — Epiplteus variegatus.
Fig. 3, — Hydnoccra brachyptera.
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lits.
Fig. •'». — .1/\ nriïculfius (t"i/is.
des bien visibles, daus beaucoup aussi ils n'en ont plus que quatre apparents en dessus à certaines pattes, et chez certains, vus dans tous les sens, ils sont même constamment quadriarticalés; le genre Stenomera est dans ce dernier cas. Les élylres sont assez grands, étroitement fermés pour couvrir et défendre les ailes; ils sont, en général, étroits, allongés, à côtés presque droits, subparallèles; mais, dans quelques cas assez rares, ils s'élargissent beaucoup et donnent à l'Insecte l'aspect d'un Lycus; par exemple, dans le genre Ichnca, ils ne dépassent pas toujours de beaucoup l'abdomen. Les ailes proprement dites sont peu développées, et les Cléricns volent assez peu, quoique quelques espèces le fassent avec une assez grande agilité.
Tel est, d'une manière très-générale, l'ensemble des divers organes desClériens, d'où l'on a tiré, principalement M. Spinola, les caractères des tribus et des genres de cette famille. Pour plus de détails, nous renvoyons à la Monographie des Clérites de cet auteur, dans laquelle tous les faits relatifs à ces organes sont longuement exposés.
Ces Coléoptères se rencontrent, en général, sur les fleurs, le tronc des vieux arbres ou dans le bois, et un petit nombre se trouvent sur les matières en putréfaction. Ce sont de jolis Insectes, de taille moyenne ou petite, de forme élégante; ils sont velus et revêtus de couleurs variées, souvent brillantes, quelquefois métalliques. Tous sont ailés.
Fig. 156. — Axina analis Fiç. 157 — Clerus minia'.us.
On a donné l'histoire des métamorphoses de quelques espèces de cette famille, mais on est loin d'être suffisamment instruit sur ce sujet. La larve la plus anciennement décrite est celle du Triclwdes apiarius, que Geoffroy, dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Insectes, donne sous le nom de T. alvearius, et sur laquelle Swammerdam, Réaumur, Schceffer et M. Westwood ont dit quelques mots. MM. Waterhouse et Ratzeburg se sont occupés des transformations du Thanasimus formicarius; M. Waterhouse de celles du Notoxus mollis; M. Alexandre Lcfebvre de la larve du Thanoclerus Buqueti; M. Curtis, d'après le major général Hardwiske, des mœurs de la larve du Conjnetes violaceus; M. Westwood, et d'autres entomologistes avant lui, a dit quelques mots des métamorphoses de la Necrobia ruficollis; enfin deux espèces du genre Tillus, les T. ambulans et unifasciatus, ont été sous ce point de vue le sujet des recherches de MM. Boié, Westwood et Ed. Perris. Ce dernier naturaliste surtout a publié un bon mémoire sur la larve et la nymphe du Tillus unifasciatus. En décrivant chacun des genres, nous entrerons dans des détails circonstanciés, et nous ne voulons donner maintenant que des remarques générales. Les larves, quoique celles que l'on connaisse diffèrent assez notablement entre elles, sont molles, allongées, blanchâtres, avec six pattes qui leur servent à se transporter d'un lieu à un autre. On trouve celles des Thanasimus, Thanoclerus, Tillus et Notoxus dans l'intérieur du bois dont la décomposition est plus ou moins avancée; celles des Trichodes se rencontrent habituellement dans l'intérieur des habitations de certaines espèces d'Hyménoptères du genre Abeille; une espèce de Corunetesa été trouvée dans le bois, et les larves des Necrobia semblent vivre presque exclusivement dans l'intérieur des charognes. D'après cet habitat si différent, et alors qu'on n'a pas encore pu étudier complètement leur manière de vivre, peut-on dire, comme le font la plupart des entomologistes, que toutes ces larves sont exclusivement carnassières? Ne pourrait-on pas admettre que, si la plupart des espèces se nourrissent de matière organique, quelques-unes sont xylophages? L'observation seule pourra résoudre complètement ce problème. Pour les larves des espèces qui dévorent les Insectes, comment peut-on
expliquer qu'elles se trouvent dus leur naissance dans la demeure de celles-ci? Il est naturel de supposer que les œufs dont elles naissent, et que Ton n'a jamais étudiés, y sont déposés par les femelles qui trouvent le moyen de s'y introduire. Mais, si cette supposition est admissible pour les larves qui détruisent celles des Insectes sans défense, comme les Xylophages, et qu'elles peuvent trouver dans les conduits perforés dans l'intérieur du bois, elle ne l'est guère pour celles qui vivent dans les ruches des Abeilles et les nids des Bourdons, car il est difficile de croire que ces Hyménoptères armés d'aiguillons se résignent à laisser violer impunément leur domicile par des Coléoptères a téguments mous comme le sont les Trichodes que l'on y voit habituellement. Aussi, pour expliquer ce fait, a-t-on eu recours à une conjecture plus ingénieuse que vraisemblable : c'est de supposer que les oeufs pondus sur les fleurs par les Coléoptères de ce genre sont recueillis avec le pollen par les Abeilles et les Bourdons, qui les transportent ainsi, sans s'en douter, dans leur habitation. Mais, comme le dit Duponchel, au lieu de s'en tenir à cette hypothèse, il vaudrait mieux tâcher de découvrir la vérité en examinant de plus près qu'on ne l'a fait jusqu'à présent les mœurs de ces Insectes.
Quant à la nymphe, elle ne présente, si l'on peut généraliser d'après les deux ou trois que l'on connaît et qui ne le sont pas même complètement, rien de remarquable. Toutefois, une particularité des plus curieuses qu'elle nous offre, c'est de se filer un cocon avant de se transformer en Insecte parfait : ce cocon a la plus grande analogie avec celui du plus grand nombre des Lépidoptères; aussi est-on, avec M. Spinola, autorisé à penser que la matière en est à peu près la même, et qu'elle est une substance gommeuse, liquide à son origine, solidifiée par le dessèchement et prenant les apparences d'une membrane mince, transparente, quand elle a été étendue par couches, ou celles de la soie lorsqu'elle a été tirée en fils à brins allongés.
M. Léon Dufour (Annales des Sciences naturelles, V° série, tome H) a donné quelques points de l'anatomie interne, de deux espèces de cette famille, les Trichodes alvearius et aplarius; et depuis (même ouvrage, 2e série, mars ISiô) il est revenu sur l'étude des vaisseaux hépatiques de ces deux Insectes, et il a dit quelques mots de l'anatomie d'une Nccrobia dont il n'indique pas le nom spécifique. En résumé, le tube alimentaire a environ deux fois la longueur du corps. Le jabot est trèscourt, presque caché dans la tête, conoïde et séparé par une valvule annulaire du ventricule chylifique, qui est cylindrique, flexueux. L'estomac est plus large en avant, sans rides. L'intestin grêle est également très-court, avec deux renflements en arrière; le cœcum oblong, le rectum bien marqué, filiforme, droit. Les vaisseaux biliaires sont au nombre de six, insérés à l'extrémité du ventricule chylifîque et à l'origine du cœcum. L'ovaire se compose d'une trentaine de gaines biloculaircs réunies en un faisceau. L'oviducte est assez gros, cylindrique rt reçu avec le rectum dans un étui commun, membraneux. L'ensemble des vaisseaux hépatiques est, chez les Clériens comme chez les autres Insectes, l'analogue du foie des animaux supérieurs; les débouchés de cet organe complexe aboutissent, sans exception, an ventricule chylifique, et cet organe est toujours de première formation, c'est-à-dire qu'il existe dès la sortie de l'œuf, et qu'il ne se forme pas après coup pendant une des crises des métamorphoses subséquentes. Les vaisseaux hépatiques se replient en arrière, se réunissent ensuite trois à trois, et forment ainsi deux troncs qui s'insèrent sur le rectum. Les insertions antérieures sont nommées ventriculaires et les postérieures rectales; les dernières sont constamment fermées, tandis que les autres sont toujours ouvertes. Les deux troncs viennent se coller contre le rectum sans le pénétrer et sans le perforer.
Les Clériens ont des affinités nombreuses avec un grand nombre de familles de l'ordre des Coléoptères. Sous le rapport des formes extérieures ou du faciès, caractères qui, au reste, sont d'assez peu de valeur, ces Insectes ont de la ressemblance avec certains Longicornes, avec quelques Chrysomélincs et avec des espèces de la division des Malacodermes de Latreille. C'est ainsi que les espèces à taille svelte, à pattes minces et à antennes n'étant ni en scie ni en massue, se rapprochent des Longicornes à corselet mutique; que celles de petite taille ont de l'analogie avec les Criocères; que d'autres, à élytres peu consistants, ont des rapports avec les Malacodermes : les uns, cylindriques comme les Tcncrus et les Cohjphus, ont le faciès des Tcleplwriis, tandis que les autres, comme les Plalynoptera à élytres larges et à bords latéraux détachés des bords de l'abdomen, et les Iclinea à élytres dépassant de beaucoup l'extrémité postérieure du corps, ressemblent à des Lycus. D'autres ont une analogie frappante par la forme avec des Hétéromères de Latreille, tels que les La-
gria et les Sparcdrus. Les Cylidrus et les Denops, dont la tête est carrée, les mandibules très-fortes et le corps presque rigoureusement cylindrique, se lient aux Neucozoma, aux Colydium et a d'autres Xylopliages de Latreille. Plusieurs Corynétides, qui ont au contraire moins de hauteur, plus de largeur et un contour plus ovalaire, dont les jambes sont plus courtes, et qui ont plus de facilité pour plier leur corps en dessous et pour rapprocher les deux extrémités, ont des traits communs avec plusieurs Clavicornes : c'est ainsi que le genre Paratenelvs a évidemment le faciès des Cryptophagus.
Les affinités des larves placent celles des Clériens à côté de toutes celles des Coléoptères carnivores, et qui vont a la chasse d'une proie sédentaire dans les retraites où celle-ci consomme petit à petit les provisions qui s'y trouvent. Ainsi, les chasseuses de l'intérieur du bois ont leurs voisines dans les larves des Dasijtes et des autres Malachiens, tandis que celles qui vivent dans les charognes auraient plus d'analogie avec les Silphales etNitidulaires si elles s'en nourrissaient réellement. Mais, pour pouvoir pousser plus loin la recherche de ces ressemblances, il faudrait mieux connaître les métamorphoses des Insectes que nous étudions.
M. Spinola considère les Clériens comme une famille de sa tribu des Appendicitarses, c'est-à-dire des Coléoptères ayant les tarses munis d'appendices libres, et il les range entre les Buprestiens et les Cebrioniens. D'autres zoologistes les avaient, avant lui, placés entre les Malachiens et les Lymexyloniens, avec lesquels ils ont aussi de nombreux rapports: nous suivrons leur exemple, et, pour nous, les Clériens précéderont immédiatement les Malachiens.
Fabricius est le premier auteur qui ait créé plusieurs des genres de cette famille : c'est à lui que Ton doit la création des groupes génériques des Tillus, Notoxus, Clcrus, Trichodes (qu'Olivier, avant lui, nommait Clous) et Corynetes. Les auteurs anglais, tels que Kirby, Gray, Curtis, Newman, Steven, Spence, etc., y fondèrent plusieurs genres, dont les plus importants sont ceux des Denops, Cymalodera, Primera, Axina, Euvypus, Stygmatium, Hydnocera, etc. Latreille, qui n'avait d'abord admis (Gênera Crustaceorum et lnscctorum) que cinq genres dans cette famille, la divise en dix dans le Règne animal de G. Cuvier (1829), savoir : Cylidrus, Tillus, Priocera, Axina, Eurypus, Thanasimus (Clerus, Fabricius); Opilus (Notoxus, Fabricius); Clerus (Trichodes, Fabricius); ftecrobia (Corynetes, Fabricius), et Eiioplium. M. de Castelnau, dans ses Eludes entomologiques, insérées dans la Revue entomologique de M. Siberman pour 1856, y ajoute plusieurs genres nouveaux, tels que ceux des Tilloidea, Jodamus, Pallenis, Tenerus, Omadius, Natalis, Ichnea, Evenus, Theano, Platynoptera, Plùlyra, qui n'ont pas tous été adoptés. M. Klug, dans sa monographie des Clerii, qui a paru en 1842 dans les Mémoires de l' Académie des sciences de Berlin, réduit le nombre des genres à douze, dont trois cependant sont nouveaux et de sa création : ce sont les genres Ptijcopterus, Erymanihus et Cylistus; et, d'un autre côté, il en supprime six (genres Eurypus, Tilloidea, Cymatodere, Stygmatium, Denops, Platynoptera). Toutefois, le nombre des divisions qu'il admet est plus considérable, car il conserve, comme sous-genres, plusieurs des groupes génériques des entomologistes qui l'avaient précédé, et il en fonde même quelques-uns. Au sujet du travail de M. Klug, Duponchel fait remarquer qu'il y aurait sans doute beaucoup à dire sur tous ces changements de noms, qui augmentent la synonymie d'une manière effrayante. Nous sommes de son avis, et nous appliquerons aussi les mêmes réllexions à l'ouvrage que nous allons citer. M. Spinola, après avoir publié, dans la Revue zoologique de M. Guérin-Méneville pour 1841, un prodrome de sa classification des Clérites, a donné, en 1844, une monographie complète, accompagnée de planches représentant toutes les espèces (Essai monographique sur tes Clérites : Insectes Coléoptères, Gênes, 1844; 2 vol. gr. in-8°, avec 47 planches). Le savant entomologiste italien n'a eu malheureusement communication de l'ouvrage de M. Klug que lorsque son travail était en grande partie composé, et c'est dans un supplément qu'il cherche à établir la concordance entre ces deux publications. M. Spinola décrit ou indique deux cent trente-cinq espèces, qu'il place dans soixante genres, dont le plus grand nombre est créé par lui, ou bien caractérisé pour la première fois, et il essaye, toutes les fois que la chose lui a été possible, de trouver les caractères de l'espèce dans les formes elles-mêmes, et non dans les couleurs, qui peuvent varier plus ou moins dans une seule et même espèce. La plupart de ses genres sont naturels, mais peut-être aurait-il pu en réduire assez notablement le nombre. Outre ces grands travaux monographiques, plusieurs entomologistes, soit antérieurement à l'ouvrage de M. Spinola, soit postérieurement, ont, dans divers mémoires, créé
plusieurs nouveaux genres. Ainsi, M. Chevrolat (Revue cntomologiquc de Silberman; Magasin et Revue zoologiqucs de Guérin-Méneville; Annales de la Société cntoiuologique de France) a fondé les genres Phonius, Dcrcstcnus, Cladiscus, Brachymorphus, etc.; M. Guérin-Méneville (Iconographie du Règne animal de G. Cuvicr) a fait connaître ceux des Xylobius, Xytotrctus, Trogodcndron et Phloiocopus ; M. Walerliouse celui des Allclidea; M. l'crty celui des Charicssa. Tout récemment MM. E. Blanchard et 11. Lucas ont donné la caractéristique de deux genres nouveaux : le premier (Voya ge de M. Alctded'Orbigny dans F Amérique méridionale, et Histoire des Insectes, de Didot) de celui des Eurycranium ou Eurymctopum, et le second (Ann. Soc. entom. de France, 1850) du genre Stenomcra; enfin, MM. Gay et Solier, dans une partie non encore publiée de leur Histoire naturelle du Chili, créent des groupes génériques nouveaux. Tour nous, tout en prenant pour guide le bel ouvrage de M. Spinola, nous avons cherché à établir la synonymie entre son travail et ceux publiés antérieurement, notamment avec les mémoires de MM. Klug, Chevrolat et de Castelnau, et nous avons indiqué ce qui a été fait depuis 1844, ainsi que ce qui avait pu échapper au savant entomologiste génois. 11 en résulte que nous avons admis plus de soixante-dix genres, et que nous en citons, en outre, quelques autres, quoique nous croyions que l'on pourrait en supprimer beaucoup.
Le nombre des espèces deClériens aujourd'hui décrites est de plus de trois cents, et l'on en a dans les collections plusieurs qui n'ont pas encore été caractérisées. On les trouve répandus dans toutes les parties du globe; mais le plus grand nombre habite l'Amérique méridionale -. l'Europe vient ensuite, et renferme des espèces propres aux genres Cylidre, Tille, Thalasime, Notoxe, Clairon, Tassostène, Trichodes, Opéliopalpe, Énoplie, Orthopleure, Corynète, Nécrobie; l'Océanie renferme un assez grand nombre de genres, tels que ceux des Xglotrctus, Nalalis, Trogodendron, Olcstcrus, Scorbigcr, Chalcoclcrus, Ylotis, Zcnilhicola, Auliquc, Allclidea, Lcmidia; l'Afrique en possède plus que l'Asie. Enfin les deux genres Corgnctcs et Kecrobia paraissent être cosmopolites.
Latreille faisait des Clériens, qu'il désignait sous le nom de Clairones, Ctcrii, une tribu de sa division des Malacodermes, famille des Serricornes. M. de Castelnau suivit son exemple; mais il les subdivisa en quatre groupes primaires, ceux des Tillitcs, Prionocérilcs, Notoxites et Corynélilcs. M. Brullé leur donne le nom que nous avons adopté, et les regarde comme formant l'une des familles des Serricornes. M. E. Blanchard forme une tribu des Clériens, qu'il divise en quatre familles, celles des Méi.ïmdes, Clérides, Lïmexylomdes et I'tinides, et il partage ses Clérides en tlrux groupes seulement, ceux des Tillitcs et TrichodiUS. Enfin, MM. Klug et Spinola font de ces Insectes une famille distincte qu'ils indiquent, le premier sous la dénomination de Clcrii, et le second sous celle de Clérites. M. Spinola subdivise sa famille des Clérites en quatre sous-familles, qujil nomme : 1° Clérites déroutes, caractérisés par le prothorax formé de deux pièces seulement, une supérieure et une inférieure; élytres ayant les bords externes subparallèles et collés contre les côtés de l'abdomen pendant le repos; yeux à réseau, échancrés en avant; antennes insérées au-devant des yeux; 2e Clérites hydrocéroides, ayant le prothorax composé de deux pièces seulement; les élytres avec les bords externes subparallèles et collés contre les côtés de l'abdomen pendant le repos; yeux à réseau, échancrés en dedans; antennes insérées entre les yeux; <">° Clérites philynoptéruidcs, a prothorax formé de deux pièces seulement; élytres dilatés latéralement, à bords externes s'écartant plus ou moins des côtés de l'abdomen; et <i° Clérites corynétoides, chez lesquels le prolhorax est composé de quatre pièces distinctes, dont une supérieure ou tergum, et trois inférieures, savoir : deux épistomes latéraux et un prosternum médian. Nous adopterons ces quatre sous-familles; mais, pour nous conformer à la nomenclature que nous suivons dans cet ouvrage, nous les indiquerons sous la dénomination de tribu, et nous leur appliquerons les noms de Clérides, Ilydrocérides, Platijiwptéiitlcs et Corynétidcs.
PREMIERE TRIBU
CLÊRD1ES. CLERIDjE. Nobis, 1851
Antennes insérées au devant des yeux; ceux-ci à réseau, échancrés en avant; prothorax formé de deux pièces seulement, une supérieure ou tergum, l'autre inférieure ou prosternum; élytres ayant leurs bords extérieurs subparallèles et collés contre les côtés de l'abdomen pendant le repos.
On adonné la description de plus de cent cinquante espèces de cette tribu, qui sont réparties dans, près de soixante genres, dont quarante-cinq sont adoptés par nous, et qui comprennent des espèces propres a toutes les régions du globe. L'Europe renferme un assez grand nombre de'genres, dont les principaux sont ceux des Cijlidrus, Tillus, Thalasimus, Notoxus, Clerus, Triclwdcs et Enoplium; les autres, assez nombreux, sont de l'Amérique, quelques-uns de l'Afrique, de l'Asie, et même un petit nombre de l'Australie. On a donné l'histoire des métamorphoses de quelques espèces, tellesque les Tillus unifatciatus, Thanasinius formicarius, Thanoclerus Buquetii, Notoxus mollis, Triclwdcs apiarius.
Cette tribu, la plus nombreuse de toutes celles de la famille des Clériens, correspond à la première sous-famille de M. Spinola, celle des Clcrites cléroidcs ; elle comprend un grand nombre de genres, dont les plus importants sont ceux des Cylidrus, Tillus, Thanasimus, Notoxus, Clerus, Trichodcs, Pelonium et Enoplium. Quelques-uns de ceux que nous y rangeons n'étaient pas connus ou n'avaient pas été admis par M. Spinola : tels sont ceux des Phonius, Dcrestenus, Eurijcranium, Cladiscus, ainsi que celui des Stemmera, si remarquable en ce que ses tarses n'ont tous évidemment que quatre articles. Ce n'est qu'avec doute que nous y plaçons les deux groupes des Dupontiella, Spinola, et Eurypus, Kirby.
i" GENRE. — CYL1DRE. CYLIDRUS. Latreille, 1829.
In CiniiT, Règne animal.
Fig. 158. — Cylidrus fasciatus.
Antennes insérées au-dessous des yeux, de onze articles : le premier épais, obeonique; les deuxième, troisième, quatrième, obeoniques, minces, effilés; les suivants aplatis, dilatés, formant ensemble une massue souvent dentelée; le dernier ovalaire, obtus; yeux petits, arrondis; tète en rectangle allongé; labre couvert par l'épistome, court, large, faiblement érhancré; mandibules longues, arquées, aiguës; menton corné, court, plus large que long; mâchoires libres à leur origine, terminées par deux lobes membraneux; languette un peu plus longue que le menton, membraneuse; palpes maxillaires filiformes, de quatre articles : le premier court, épais; les deuxième et troisième minces, allongés; le quatrième également mince, a extrémité tronquée ; labiaux aussi longs que les maxillaires, de trois articles : le deuxième un peu plus court que le dernier; corselet très-long, de la largeur de la tète, cylindrique, à extrémités de ses bords latéraux doublement arrondies; élytres assez mous, à peu près dé la longueur du corselet, plis courts que l'abdomen, à bord postérieur arrondi;. abdomen à cinquième segnjent entier chez les femelles; pattes courtes, fortes, également rapprochées par paires à leur origine; trochanters tritngulaires; fémurs courts, droits, cylindriques; tarses allongés, comprimés, de cinq articles complètement développés et également visibles sous tous les aspects : les quatre premiers munis en dessous d'un appendice membraneux presque toujours entier, le dernier arqué, grossissant insensiblement vers l'extrémité, et terminé par deux crochets assez forts.
Ce genre, dont l'espèce type faisait partie, pour Fabricius, du genre Trichodes, et, plus tard, de celui des CUrus, a été créé par Laireille, et adopté par tous les entomologistes. On ne connaît qu'un petit nombre d'espèces de Cijlidnis, cinq d'après M. Klug, et toutes appartiennent à l'ancien continent et aux iles de l'Afrique. Le type est le Çylidnu cyancus, Trichodes et Clerus, Fabricius, que Dejean nommait C. cœrulctts; il est long de 5 lignes, et large de 1 1/2, d'un beau bleu brillant, avec l'abdomen et les pattes testacés; les antennes noires, a base jaunâtre, et les cuisses un peu renflées 11 habite l'île de France. Parmi les autres espèces, nous ne citerons que les Cijlidrus Duquelii, Guérin-Méneville, du haut Sénégal, et abdom'nialis, Klug, que l'auteur indique, mais avec doute, comme provenant du Brésil, mais que M. Spinola, qui n'en faisait qu'une simple variété du C. fastialus, Castelnau, regarde comme étant propre à Madagascar. Une autre espèce, ià la Russie méridionale, et retrouvée également en Sicile et en Algéiie. est le Cylidrus albofusciatus, Cliar- . pentier.
2me GENRE. - DENOPS. DENOPS. Fischer de Waldheim, 1829.
Bulletin de la Société des Naluralisles de Moscou Aeivoç, terrible; a\, aspect.
Épistome tridenté antérieurement, à échancrure médiane plus large que les deux latérales, et laissant le labre à découvert; labre court, à bord antérieur largement échancré; mandibules fortes, arquées, aiguës, a bord interne orné de deux dents; élytres mous et flexibles, pouvant atteindre le troisième segment de l'abdomen, mais ne dépassant pas la moitié antérieure de cet organe; pattes proportionnellement plus longues et plus minces que dans les Cylidrut; tarses moins comprimés, à premier article des postérieurs moins arqué; crochets épais, terminés en une pointe aiguë, a bord interne bidenté. Tels sont les caractères qui différencient ce genre, créé aux dépens des Cteras, de celui des Cylidres. M. Klug n'admet pas ce groupe dans sa monographie, mais, au contraire, M. 'Spinola l'adopte dans la sienne. On n'y range qu'une seule espèce, propre au midi de l'Europe et au Levant : c'est le Denops personnatus (Tillus), Gêné (Tillus albofasciatus, Charpentier), long de 2 lignes 1/2 sur 1/2 ligne de large; il a le corps, les antennes et les pattes noirs, avec les quatre premiers articles des antennes, le labre, les mandibules, les pattes, le corselet et les tarses rouges; les élytres sont noirs, lasciés de blanc, avec une bande blanche unique, transversale, droite et continue.
Fig. 150. — Denops ptr-
lonnalus.
3"* GENRE. - DUPONTIELLE. DUPONTIELLA. Spinola, 1814-
Monographie des Clériles.
Dupont, nom d'un entomologiste.
Pig. ICO. — Dupontitlta icUncumonoidci.
Antennes placées au devant des yeux, en face de l'échancrure oculaire, de onze articles : le premier épais, obeonique; les deuxième à huitième moitié plus minces, obeoniques; les trois derniers formant ensemble une massue serriforme, très-aplatie, très-courte, en triangles curvilignes renversés; yeux petits, peu saillants, finement grenus, très-distants, échancrés en avant; tête très-grande; vertex spacieux, carré; front un peu concave; labre déprimé, transversal; mandibules grandes, très fortes, épaisses; palpes maxillaires de quatre articles : le dernier non aplati, renflé vers le milieu, terminé en pointe mousse ; labiaux n'étant pas plus grands que les maxillaires, de trois articles :
le dernier aplati, en palette ovale; corps étroit, cylindriforme; corselet composé de deux pièces; élytrcs entourant l'extrémité de l'abdomen; poitrine et ventre très-faiblement convexes; pattes comme chez les Denops; tarses filiformes, de cinq articles également libres, indépendants : les quatre premiers à peu près égaux entre eux, tronqués ou faiblement échancrés en dessus, tapissés en dessous de poils lins, soyeux, complètement dépourvus d'appendices membraneux, le dernier plus long que chacun des précédents, et terminé par deux crochets simples.
Ce n'est qu'avec doute que nous plaçons ce genre dans cette famille, car la structure des mandibules, comparée avec celle de la plupart des Clériens, fait reconnaître qu'elles ont plus de force pour fouir la terre et pour perforer le bois, tandis qu'elles ont moins d'agilité pour mordre les larves ou les petits animaux dont les téguments opposent peu de résistance. Y aurait-il, fait remarquer M. Spinola, quelque rapport entre cette structure des mandibules et les habitudes des Dtipontielta dans l'un de ses étals? La larve serait-elle en effet peu carnassière? Ce genre n'aurait-il pas plus d'aflinité avec certains Xylophages, et notamment avec les TrogosUa et avec les Cohjdium?
On n'en commit que deux espèces, toutes deux décrites par M. Spinola : ce sont les Duponiktla ichneumonoides, de Colombie, et fasciatetla, de l'Amérique méridionale.
4me GENRE. — TILLE. TILLUS. Fabricius, 1790.
Enlomologia SysieiuaUca eraendata, i. 1.
TiUu, je pince. "
Antennes insérées au-dessous des yeux, en face du sommet de l'échancrure oculaire, de onze articles, terminées par une massue en scie, de quatre à neuf articles, selon les espèces et même les sexes; tête ovalaire; vertex plus court que le front; menton corné, rectangulaire, transversal, à bord antérieur largement échancré; mâchoires embrassant la base du menton, à lobes terminaux arrondis, membraneux, ciliés; languette membraneuse, bilobée; palpes maxillaires de quatre articles : les trois premiers courts, obconiques, le quatrième plus grand que les autres réunis, très-faiblement renflé vers le milieu, tronqué Fig. 161. — iïUm à l'extrémité; palpes labiaux de trois articles : le premier court, le deuxième iraruversaïu.
allongé, le troisième très-grand,- très-aplati, en triangle renversé; mandibules fortes, trièdres, arquées, terminées en pointe aiguë; corselet cylindrique, plus long que large, brusquement rétréci très-près du bord postérieur; abdomen plus court que les élytres, faiblement convexe en dessous; élytres plus larges que le corselet, couvrant l'extrémité de l'abdomen; pattes moyennes; fémurs n'étant ni renflés ni en massue: les postérieurs ne dépassant pas le troisième anneau du corps; tibias droits, à peu près de la longueur des fémurs; tarses de cinq articles bien apparents : le premier variant beaucoup de longueur, les trois suivants d'égale grandeur, larges, déprimés, bifides en dessus, le dernier sans appendice, terminé par deux crochets épais, arqués, aigus, armés de deux petites dents outre la pointe apicale.
Ce genre, créé par Linné pour des espèces que l'on plaçait précédemment dans le genre Clcrus, et qu'il rangeait même dans celui des Clinjsomela, comprenait un grand nombre d'espèces; aussi les entomologistes modernes, et principalement M. Spinola, ont-ils cherché à y former plusieurs subdivisions génériques. Toutefois, le savant naturaliste italien que nous venons de nommer n'a-t-il pas cru devoir adopter le genre Tillo'uka (diminutif de Tillus), créé par M. de Castelnau [Hîtt. nat. des Ins., 1840), et que le même auteur (Hisi. des Ins., 1840) nomme Tiltoides, parce que les caractères ne lui ont pas paru assez importants : le nombre des articles de la scie antennaire n'est pas constant; les différences du corselet et des élytres sont encore moins tranchées, et leur val°ur, du reste, est toute secondaire; enlin, la longueur du dernier article des palpes maxillaires diffère d'une espèce ù 1 autre, et elle n'est pas la même dans celles que M. de Castelnau met dans son genre Tilloklea, qui avait pour type le Tillus unifascïalus, Fabricius, de Paris, cl ne comprenait, en outre, que les T. Saiegulensis, Castelnau, de l'Afrique australe, et pubescens, Castelnau, du Sénégal. On y réunit également 22- 50..
les genres Cleronomut [«x«fw»(»oc, héritier), fondé par M. Klug (1812, Act. Acad. Berol.); Macrotelu» (iMxpof, long. nXoç, terminaison), indiqué par le même entomologiste (1842, Ycrsucli cincr sijstcmalicher Bestianniina), qui comprend le 7'. terminants, de l'Amérique septentrionale, type du genre Monophylla de M. Spinola; Philocalns [<(ùjsb, j'aime; xoao,-, beau), encore du même auteur (1842, Monogr. des Cferii); tous trois non adoptés par M. Spinola.
Les Tilles sont des Insectes de forme allongée et pourvus d'ailes, subissant leurs transformations dans l'intérieur du bois, et à leur état parfait ne s'éloignant pas des lieux où ils se sont développés. Jl. Klug en décrit vingt-huit espèces.
L'histoire des métamorphoses de deux espèces de ce genre a été faite. M. Weslwood (Inlr. to the modem, class. ht.) indique, d'après un entomologiste anglais, les caractères de la larve du Tillus ambulant, Fabricias, que M. Spinola ne regarde que comme une variété du Tillus cluigaïus, Fabricius. M. Ed. Pénis (Ann. Soc. eut. Fr., 28 série, t. V, 1847) décrit les métamorphoses du Tillus unifasciatus (Clerut), Fabricius, espèce que l'on rencontre assez souvent dans les environs de Paris. La larve a de grands rapports avec celle des Malachius; elle est longue de 13 millimètres, linéaire, charnue, et d'un beau blanc jaunâtre. La tête est déprimée, un peu plus étroite que le corps, cornée, de couleur ferrugineuse, avec le bord antérieur plus foncé. L'épistome est court, transversal. Le labre large, velu, en forme de segment de cercle, mais un peu échancré au milieu. Les mandibules sont noires, crochues, non dentées, échancrées ou bifides. Les antennes atteignent à peine la longueur des mandibules; elles sont de quatre articles. Les palpes sont saillants, en cône allongé : les maxillaires composés de trois articles égaux, et les labiaux de deux. Le corps est formé de douze segments à peu près tous égaux; il est linéaire, légèrement aplati, mais plus sensiblement dans la partie thoraciqué et à l'extrémité postérieure. Les stigmates sont au nombre de neuf paires : la première se voit sur un bourrelet transversal triangulaire que l'on voit entre le premier et le deuxième segment, les autres sur le milieu du quatrième et des suivants, jusqu'au onzième, inclusivement : ces stigmates sont disciformes, roussàtres, le premier est un peu plus grand que les autres, et placé sensiblement plus bas. Celte larve vit dans les sarments secs de la vigne cultivée ou sauvage; elle est Carnivore, comme celle des Clerut et des Malachius; car M. Ed. Terris l'a vue attaquer et dévorer les larves et les nymphes de la Mordilla mandata et de YApate sexdcntata; mais elle paraît ronger aussi le bois pour se frayer un passage jusqu'à sa victime. C'est dans les sarments même qu'elle subit ses métamorphoses, et, avant de passer à l'état de nymphe, elle s'enferme dans une cellule qu'elle a creusée ou agrandie et bouchée des deux côtés avec de la vermoulure. La nymphe ne présente rien de particulier. Depuis la lin de l'automne jusqu'au mois de mai, on trouve, dans les sarments, l'Insecte parfait, qui, pour sortir, perce le bois lorsqu'il ne rencontre pas une issue pratiquée, par exemple, par quelque Apale; on le voit ensuite sur les bois morts dans presque toute l'Europe, et quelquefois dans les maisons à la campagne. Le Tillus unifasciatut est long de 7 à 8 millimètres. La tète, les parties de la bouche et le thorax sont d'un noir luisant ; ce dernier est ponctué, et tout hérissé de poils noirs. L'écusson est elliptique, et d'un noir mat. Les élytres sont luisants, velus, rouges jusqu'au tiers de leur longueur, puis noirs; ils sont marqués, un peu au delà du menton, d'une bande blanche dont les bords sont sinueux, et qui va en s'élargissant de la suture au bord extérieur, et de stries profondément ponctuées qui s'arrêtent à la bande blanche, le reste étant presque imperceptiblement ponctué. Le dessous du corps et les pattes sont noirs, et les poils que présentent celles-ci sont blanchâtres.
M. Spinola n'admet que six espèces dans ce genre, mais, depuis, M. Klug en a fait connaître une septième; sur ce nombre, trois sont particulières à l'Europe : les deux que nous avons citées et le 7'i//n.ç transversales (Clerus), Charpentier (Clcrus mtjrmccodes, Hoffmansegg), qui en habite les régions méridionales, tandis que les autres se trouvent partout; une (Tilloidca pubescens, Castelnau) a été trouvée au Sénégal; une autre (T. succinctus, Dupont, Spinola) aux Indes orientales, et deux habitent l'Amérique septentrionale; ce sont les Tillus collaris, Dejean, et pectinicornis, Klug, surtout remarquable par ses antennes à peigne à double rang.
M. flope [Tram. ofihcSoc. cm. London, t. II, pi. vu, fig. 0) place dans ce genre, sous la dénomination de Tillut novemmaculatut, un Clérien de Madagascar qu'il a entrevu dans un morceau de gum-animé; mais M. Spinola dit que cet Insecte, incomplètement connu, devrait peut-être plutôt rentrer dans le genre Monophylla.
5~ GENRE. — PHONIE. PHON1US. Chevrolat, 1825.
Magasin de Zoologie de liucrin-Méneville. ♦ovio;, couleur de sang.
Palpes maxillaires à dernier article prolongé en hache à sa partie postérieure, coupé obliquement sur la troncature, celle-ci creusée, offrant par ses bords un ovale allongé qui est centré sur le milieu; corps ailé; tarses de cinq articles distincts, garnis en dessous de quatre pelotes membraneuses : les deuxième, troisième et quatrième articles des quatre tarses antérieurs trianguliformes, et les mêmes des pattes postérieures longs, égaux, tous ayant leur insertion dans une cavité supérieure, le dernier article droit, court, en massue, muni de deux crochets larges, arqués.
Ce genre doit être rangé, selon M. Chevrolat, auprès des Tillus et à côté du groupe des Ctcronomus de M. Klug. M. Spinola n'en parle pas dans sa Monographie des Clérites. On ne connaît qu'une seule espèce de ce genre, le Phonus sanguinipennis, Chevrolat (loco cilalo, pi. cvn), que M. Salle a trouvé dans un voyage qu'il fit de la Vera-Cruz à Mexico.
6me GENRE. - PÉR1LYPE. PERILYPUS. Spinola, 1841.
Revue zoologique de Guérin-Meneville.
IlEpiXuiTs;, triste.
Antennes placées au devant des yeux, terminées en scie, de huit articles : les sept premiers aplatis, dilatés, à dents obtuses, le dernier ovalaire, obtus; labre échancré; corselet presque carré, avec une dépression visible près de chacun des deux bords opposés; élytres trois fois au moins plus longs que le corselet, couvrant l'abdomen en entier; poitrine renflée; abdomen faiblement convexe; pattes minces, de moyenne longueur; fémurs postérieurs atteignant l'anus et dépassant l'extrémité des élytres; tibias droits; tarses de cinq articles très-visibles : les quatre premiers articles des antérieurs et intermédiaires à peu près égaux entre eux, bifides en dessus, munis en dessous d'appendices membraneux bien apparents, très-échan- Fig.iw . — Periiypus carcrés, les premier et deuxième des pattes postérieures plus minces que les tononu».
suivants, tronqués obliquement en dessus, avec des appendices très-courts et faiblement échancrés en dessous, et les troisième et quatrième comme
leurs analogues dans les autres paires de pattes, le cinquième article toujours terminé par deux crochets courts assez forts.
M. Spinola ne place dans ce genre qu'une seule espèce, qu'il nomme Perihjpus carbonarius, qui est entièrement noire, et habite le Haut-Mexique ainsi que la Californie.