‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 105 sur 191 · Salyrane's Le/fers, p · texte numérisé non relu

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2. Toujours en français, par l'inlerniéiliaire de WordsworUi. Goleridge a même rapporté des conversations auxquelles il n'a pas assisté lui-même, et sur lesquelles on peut consulter les notes originales de Wordswortli (ilans Ivniglit, Life of W., t. I, p. ni-'i7). Mais on peut considérer qu'il en adopte les conclusions.

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ou d culhoiisinsmo dans sa pliysioiiomic, nous fûmes tous deux favorablemoul impressionnés par sa vivacité et son aimable et facile courtoisie. » C'est la désillusion intellectuelle (|ui fut la plus profonde. Klopstock savait très peu de chose sur l'Iiisloire de la poésie allemande et les vieux poètes allemands. c( (]e sujet n'avait pas particulièrement excité sa curiosité » et il renvoya Coleridge à un professeur allemand. Ce n'était pas un érudit, ce nétait pas non plus un homme de g'oùt. 11 connaissait très peu Milton et nos poètes en général. 11 ne s'anima que pour se plaindre de la traduction anglaise de la Messin (le.

Je le regardais avec beaucoup d'éniulion. — Je lo considérais comme le père vénérable d(> la poésie allemantlo. — Comme un bonnète bomme, un cbrélicn, âgé de soi.xanle-quatorze ans. avec des jambes borribleiiieul enllées et cependant actif, vif, joyeux et conimunicalif. Mes yeux senlirciil une larme se former....

Coleridge ne versa (prune seule larme. Il avait été voir la vieille Allemagne, et l'avait jugée d'un coup d'œil, misérablement inférieure à son rêve. Mais c'était la faute de son rêve.

JMus tard, Coleridge et W'ordsworth durent comprendre qu'ils s'étaient trompés et (pi'en allant voir le patriarche de l'école classique, ils ne i)ouvaient s'ottendre à le voir pénétré de leurs ])ropres idées romantiques, ni même favorable aux idées nouvelles en Allemagne. Seulement, p()ui(pioi Coleridge dit-il, quand un pasteur lui assura gravement (pie Klopstock était le .Milton allemand, rpiec'élait en (dTcl un Milton bien allemand! (Jue venait il clierclier en Allemagne, s'il avait au fond la persuasion de la supériorité de l'Angleterre? Il venait chercher non la ])oésie. mais la

science, Klopstock, qu'il avait vu avec sa perruque à toupet, frisée et poudrée, la perruque de Lessing, l'empêcha toujours de croire à un Schiller, à un Gœthe. Dans ses jugements sur la nouvelle Allemagne, il fut toujours gêné par le souvenir de sa désillusion. L'Allemagne était une nation de penseurs et de savants, mais ;( une race sans charme ' ».

Pour le moment, Coleridge s'étant bien convaincu que l'Allemagne idéale n'était pas à Hambourg, s'amusa beaucoup quelques jours de la ville, alors bien plus pittoresque qu'aujourd'hui. Il s'étonna de tout, des costumes, des rues étroites, de l'abondance des fenêtres, de la foule bariolée, des pipes et des bottes, « ces caractéristiques universelles du Hambourgeois mâle ». Quand Coleridge ne pensait pas à autre chose, il voyait en peintre impressionniste, et, pour les personnes, en caricaturiste. Mais il se fatigua bientôt de regarder, et voulant apprendre la langue, il résolut de se séparer des Wordsworth et de se retirer dans une petite ville voisine de Liibeck, Ratzeburg.

Elle est bâtie dans une île du lac de ce nom, et ne communique avec la terre que par une étroite chaussée. Tout entourée de forêts superbes et baignée, surtout à Tautomne, dans une atmosphère d'une pureté idéale, où tous les détails du paysage ont une précision extrême, c'est un des plus jolis coins du Mecklembourg, et peut-être de l'Allemagne du Nord, avec quelque chose d'étrange et de reposant à la fois. Plusieurs des paysages esquissés dans les lettres de Coleridge rendent bien le caractère du pays.

Ilalla aussi à Liibeck, la (( vieille ville fantastique »,

1. Satyrané's Lellers {Dioyraphia Literaria, t. H, p. 233-240). Cf. Brandi, p. 243.

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mais ne trouva que de ramusement dans ses églises si pleines d'œuvros d'art et de souvenirs historiques. « Chaque peinture, ciiaque légende sculptée en bois doré, était une histoire des mœurs et des sentiments des siècles où ces œuvres furent admirées et exécutées'. ))

Mais, bien reçu partout, et s'émerveillant même de la popularité des Anglais en Allemagne, il n'arriva pas à sympathiser avec les Allemands. « L'amour est l'air vital nécessaire à mon génie, et je n'ai pas vu un seul être humain en Allemagne qu'il me paraisse possible d'aimer, non, pas un seul. A mon jugement, c'est une race sans charme que ces Allemands -. »

La grossièreté de cette Allemagne, les beuveries jusqu'à ce que l'ivresse vienne, les fuhieries jusqu'à ce que la chaiidcllo s'éteigne, tout cela choquait sa sensibilité de poète. 11 resta toujours avec le mal du pays, rêvant à sa femme et à ses deux petits enfants, et attendant avec impatience les nouvelles d'Angleterre.

A Ratzeburg, il apprit du moins rallemand avec énergie et méthode. Logé chez le paslour de l'endroit, il faisait corriger sa prononciation par les cin(| enfants de la maison, se faisant conduire delà cave au grenier pour apprendre les mots usuels en désignant les objets, lisant les affiches, les recueils de bons mots, etc. Deux mois après son arrivée, en janvier 17!M), il écrit à Poole qu'il comprend à peu près tout ce qui s'adresse à lui, et une bonne partie du reste, « qu'il peut parler passablement — comme ci, comme ça — sur les sujets tout à fait ordinaires ou sur les sujets métaphysiques », mais que « dans le genre de conver-

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