iilliii;iMti. p. 2S
naire qui inspire ces deux pièces. La première est comme le Stello de Vigny, une variation sur le tlième de la (( destinée du génie ». Mais ce qu'il y a surtout à noter dans le poème de Coleridge, c'est le sentiment de révolte contre la société dure aux poêles.
Est-ce là la terre des cœurs généreux? (v. 13).
C'est sur lui-même que le jeune poète pleurait et c'est ce qui le rendait éloquent. (( La domination, horrible à subir, des âmes basses » (v. 1d) il pouvait l'avoir sentie déjà. La servitude de l'individu est chose vraie, souvent, quand la « servitude des peuples )) n'est qu'un mot. Coleridge se sentait faible et abandonné, la pensée du suicide lui était peut-être venue et ce n'est pas un sentiment artificiel qui inspire ces derniers vers du poème :
Oh 1 Esprit béni, Soit qu'autour du Trùne éternel Au milieu de la gloire des Chérubins lu te répandes en hymnes de reconnaissance, soit que, planant dans le domaine des bienheureux, tu ravisses les Anges par tes chants, accorde-moi de faire résonner la lyre comme loi, d'être embrasé comme loi d'un feu divin. Mais quand se déchaînent les vagues du malheur accorde-moi de résister plus fermement que toi à leiir fureur et de monter plus haut que la tempête, les yeux vers le ciel.
On sourira peut-être de cette prière adressée à un écolier qui s'est suicidé par vanité, mais Chatterton était consacré, c'était un Dieu du temps, et l'hommage ne parut sans doute pas exagéré.
L'Ode sur la destruction de la Bastille ne serait que la déclamation obligée, sur un événement symbolique dont l'écolier ne devait même pas connaître les véritables circonstances, si on n'y remarquait, à tra-
28 S. T. COLEIIIDGE.
vers l'emphnse, le sentiment do l'illuf^ion révolutionnaire, de la venue du millcimiiim.
Je vois, je vois llipiiieiise l.ib'ilr s avancer
avec toutes les vertus |)atriotii|ues ;"i sa suite,
voyez les yeux d'extase de ce paysan
qui t'o sécurit»'^ voit pousser ses moissons.
IMus de vils liens pour l'intelligi-nce,
LKloquence brillera sans crainte.
Oui, la ljbert«% dme de la Vie, régnera 'veine !
Sera senfi"^ dans le pouls de rliacun et coulera dans toute
La contag-ion de l'esprit révolutionnaire y est aussi : (( La France sera-t-elle seule à repousser le despote? »
On peut lire ces vers sans ironie, même en songeant aux palinodies futures. La révolte était dans l'air, et Coleridge avait reçu l'éducation qu'il faut pour faire un révolté. Ce poème révolutionnaire est dune naïveté enfantine et c'est pour cela qu'il nous plaît, mais il ne nous apprend pas encore assez sur une âme lente à se faire.
Et tout le reste est littérature... si péniblement conventionnelle quon se demande comment une âme de poète pourra jamais se dégager de là, arriver à parler un langage humain et simple, quand elle n'a encore pour s'exprimer (|ue des métaphores usées par des siècles de classicisme. Coleridge imite les poètes de l'âge précédent, les Oay et les Collins, qui imitaient Milt(jn, (jni transcrivait lui-même les images dos tîrccs, quand il ne les prenait pas par l'intermédiaire des Latins. .Si celle poésie man(iue de jeunesse, c'est (|u'emi>lt>yant une langue (|u'il n'avait pas créée, et (jui délignrail ses propres sentiments, Coleridge, chaque fois ([u'il ('crivait en vers, no pouvait si^mpcclicr de vieillir sa ponsi'e.
Ci'esl ainsi (in'iiii arrive à i-oniprcndre l'iniiinrlance
qu'eurent pour lui les Sonnets du Rév. W. L. Bowles, dans lesquels nous ne trouvons rien à admirer aujourd'hui qu'une certaine pureté d'expression, une simplicité qui était révolutionnaire. Ce fut l'idole de Coleridge jusqu'à l'apparition de Wordsworth, et lui seul peut nous expliquer l'histoire de ses sentiments ^
Je venais d'enli-er dans ma dix-septième année, quand les Sonnets de Mr. Bowles, au nombre de vingt, me furent donnés en cadeau.. .
Les obligations que j'eus à Mr. Bowles furent importantes, et il ne me fit que du bien. A un âge très prématuré, avant même d'avoir quinze ans, je m'étais perdu dans la métaphysique et dans la conlrovei'se théologique. Rien d'autre ne me plaisait. I.'liistoire et les faits particuliers perdirent tout intérêt pour mon esprit. La poésie (quoique, pour un écolier de cet âge, je fusse au-dessus de la moyenne en versification anglaise, et que j'eusse déjà produit deux ou trois compositions qui, j'ose le dire, même sans tenir compte de mon ùge, étaient au-dessus de la médiocrité, et qui m'avaient valu beaucoup trop de crédit pour que le ferme bon sens de mon vieux maître pût en être satisfait), la poésie elle même, les i^omans et nouvelles devinrent insipides pour moi....
Ces éludes absurdes firent sans, aucun doute tort âmes facultés naturelles aussi bien qu'aux progrès de mon éducation. Cela aurait pu aller jusqu'à ma ruine, si elles avaient été continuées, mais je leur fus heureusement arraché, en partie à la vérité par mon introduction dans une aimable famille [les Evans], mais surtout par l'heureuse influence que pouvait exercer un style poétique aussi tendre et en même temps aussi viril, aussi naturel et aussi réel, et en même temps aussi noble et harmonieux que celui des Sonnets et des autres poèmes que publia Mr. Bowles à ses débuts. C'eût été un bonheur pour moi, peut-être, si je n'étais jamais retombé dans la même maladie menta.e, si j'avais continué à cueillir les (leurs