‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 125 sur 191 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

V. plus haut, p

220 S. T. COLEIUDGE.

comme je suis, vainement invité à d'autres pensées par la grive du bois là-bas, toute cette soirée, cette soirée parfumée et sereine, je l'ai passée à contempler le ciel au coucbant, et sa teinte particulière d'un jaune vert, et je contemple toujours, mais mon œil perçoit et ne seul pas. Et ces nuages légers qui planent au-dessus, ces nuages en flocons et en bandes, qui semblent prêter leur mouvement aux étoiles, ces étoiles qui glissent entre eux, derrière eux, tantôt scintilla 11 les ot tantôt obscurcies, mais toujours visibles. El là-jjas, le croissant de la lune aussi fixe (|ue si elle grandissait, croissant dans son lac bleu sans nuages et sans étoiles, jje les vois, je les vois sublimement belles, mais je les vois seulement, je ne sens pas combien elles sont belles.

(( La joie mancfue à mon àmc, et (jue i)eut faire ce spectacle, que peut-il faire pour soulager mon cceur du poids qui l'étoufTe? L'entreprise serait vaine, quand je contemplerais éternellement cette verte lumière qui s'attarde au coucbanl, je ne puis espérer trouver, dans ces apparences extérieures, la iiassioii cl la vie dont les sources sont en nous.

« Oli William, tout ce cpic nous recevons, nous l'avons donné, et dans notre vie seulement la nature est vivante. Son vêtement de noces est à nous et à nous son linceul, et si nous désirons davantage, quelque chose déplus précieux que ce monde, froid et inanimé, laissé à la pauvre multitude toujours anxieuse et sans amour; ah! cest de l'àme elle môme (ju'ellc sortira, la lumière, la gloire, le beau nuage lumineux enveloppant la terre. Et c'est de l'àme elle même qu'elle sortira, la voix douce et puissante et née d'ellemême, vie et élément de tous les sons ipii nous charment.

« 0 cœur pur. tu n'as pas à apprendre de moi ce (jue

peut être cette puissante musiquade l'àme, ce qu'elle est, et où elle réside, cette lumière, cette gloire, ce brouillard lumineux, cette puissance belle et qui crée la beauté. C'est la joie, vertueux William, c'est la joie qui jamais ne fut donnée qu'aux cœurs purs, et dans leurs moments les plus purs. La Vie et l'effluence de la vie, nuage et pluie à la fois, la Joie, William, est Tespoir et la puissance que la nature môme nous donne en cadeau de noces. Terre nouvelle, ciel nouveau dont jamais ne rêvent les sensuels et les orgueilleux, la joie est la voix douce et le nuage lumineux. Nous trouvons la Joie en nous-mêmes et d'elle se répand tout ce qui charme l'oreille ou la vue, toute mélodie est l'écho de cette voix, et toute couleur une transparence de cette lumière.

« Il fut un temps où, quoique mon sentier fùtrude, cette joie intérieure trompait en moi la détresse, où toutes les infortunes n'étaient que la trame sur laquelle l'imagination faisait des rêves de bonheur, car l'espérance poussait autour de moi comme la vigne enlacée, ses fruits et son feuillage étranger semblaient à moi. Maintenant raffliction m'a courbé jusqu'à terre, et je me soucie peu qu'elle m'ait volé ma gaieté. Mais chacfue crise, oh, chacune d'elles suspend l'effet du don que la nature me fit à ma naissance, mon esprit, mon imagination créatrice. Ne pas penser à ce que je suis contraint de sentir, rester tranquille et patient, c'est tout ce que je puis faire. Et peut-être, dans mes recherches abstruses, faire perdre à ma propre nature tout ce qu'elle avait de naturel. C'était ma seule ressource, mon seul plan, tant qu'enfin le remède partiel a envahi tout mon être, est devenu maintenant presque la forme habituelle de mon àme '. ))

Page 1