L'éditeur iVÀnima Poclae a lu apparemincnl unueberselzbar
l'àme errante. 243
«La prétendue sensation visuelle, est-ce autre chose que le point de vue dans un tableau naturel ou dans celui d'un bon peintre, qui se retrouve encore subordonné dans chaque partie composante de la peinture, et qu'est-ce qu'un moment? Une succession avec des espaces intermédiaires? Absurdité! Il est évident que ce n'est que le point de vue dans la durée indivisible et in divisée, n
Nous avons ici tout ce que Coleridge pouvait donner d'original en philosophie. Sûrement ceci ne vient pas de Kant ni d'aucun autre philosophe, c'est une intuition de Coleridge. Mais si sa philosophie peut faire penser ou rêver, elle n'a et n'aura jamais rien de sj'stématique- Qui dit système logique dit exclusion et l'esprit de Coleridge ne peut rien exclure, c'est sa grandeur et sa maladie. C'est à Malte (jue s'établit comme une habitude de tout l'être celte instabilité qui aurait pu n'être que le résultat de crises passagères de dépression. A mesure que le mal pénètre plus profondément, l'esprit plus atteint par l'illusion est plus porté à croire que ce n'est pas un mal, que c'est en tout cas un mal nécessaire contre lequel il n'y a pas à lutter, il se résigne pour ne passe désespérer. Quand Coleridge se fut aperçu que ni l'activité matérielle de sa fonction officielle, ni la philosophie, ni le changement de milieu ne faisait disparaître son découragement, il fut tenté de l'admettre, pour n'avoir pas à le combattre, comme une partie essentielle de lui même.
Au point de vue intellectuel, la maladie de la volonté prend naturellement la forme d'une maladie de l'attention. De là cette prolixité et cette complexité de l'esprit qui, dans la plus courte note, affaiblit la
(intraduisible), mais c'est sûrement unuebersehhar que Coleridge a voulu dire. {Anima Poetae, 102).
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portée de la pensée par la répi'lilion, par la chasse à l'aiialoiiu' (lui ne sait exclure aucun point de vue, aucune illuslralion, parmi toutes celles qui se i)résentent à un esprit d'une fécondité merveilleuse. Ce qu'il y a de plus dangereux dans cette maladie de lesprit, c'est justement qu'elle donne l'impression d'une richesse infinie, qui n"a hesoin f[ue de se régler.
Mais linlelligence elle-même étant une règle, une intelligence sans règle n'est pas à proprement parler une intelligence, c'est une imagination qui s'exerce sur les objets de rintelligence. Et il n'y a pas de pédantismo à le remarquer : peu importerait que Coleridge n'ait été qu'un poète et un visionnaire aux pensées désordonnées, mais suggestives. Mais précisément il a voulu s'astreindre cà des tâches étrangères à sa nature, où il a gâté sa sensibilité et son imagination sans discipliner son intelligence. Il en avait eu un sentiment passager, nous l'avons vu, au début de ses études philosophiques, ce sentiment lui revint à Malte sous une forme un peu différente, mais tout aussi significative, parc(^ qu'elle n'exprime pas autre chose (|ue l'imiiuissance de l'attention :
l/ânie dans le cm-ps, ]uiis-je en (iiiolinic manière cniiiparor cela au reflet ilu feu, vu à travers ma fenêtre sur le mur, semlilanl nalurellemenl dans le mur, aussi loin à rinlérieur du mur que la distance du feu au mur. Je crois bien ne pouvoir rieu lirer de là : mais pourquoi me presser toujours de laisser une pensée intt'ressanlc pour faire (juelijue autre chose qui n'est pas intéressant. Par exemple, quand celte idée me vint, j'en détournai mon attention subitement et j'allai clierchcr cet exemplaire de Wolffdonl j'avais besoin.
Est-ce la peur du senlimcnl intense même quand il est ayréable? Ksl-ce la paresse ou quelque cliose d'autre,
encore moins apparent? Cela a-t-il quelque rapport avec mes embarras épistolaires '?
C'est la même raison qui explique l'irrégularité de toute la vie de Coleridge et ses habitudes de conversation décousue, de correspondance irrégulière, allant jusqu'à ne pas lire pendant des mois les lettres qu'il recevait, ses projets multiples et jusqu a celle habitude de perdre sa pensée en une poussière de notes, qui devait lui être si funeste. Ce qui rendait cette anarchie mentale angoissante, c'est qu'elle était consciente. Rien de plus subtil que ces notes prises sur lui-même, auxquelles il faut toujours revenir pour le connaître.
Ce soir, et en fait, toute cette journée, j'aurais dû être occupé à lire Malthus et cà en remplir les pages de notes. J'avais commencé et je l'avais trouvé agréable. Pourquoi l'ai-je négligé? Parce que je n'aurais pas dû le négliger. La même chose, je pourrais la dire de la lecture et de l'écriture des lettres, des articles, etc. Sûrement cela vaut la peine d'être analysé sérieusement, de manière qu'en le comprenant, je puisse le guérir. Car c'est une maladie profonde et étendue à la fois de ma nature morale, qui a à la fois des racines de chêne et d'orme. Est-ce l'amour de la liberté, de la spontanéité ou quoi? Tout cela exprime mais n'explique pas le fait.
Mais cela l'explique pour nous et on ne peut malheureusement pas douter, quand on rapproche le cas de Coleridge de cas analogues, que cette instabilité ne tendît à la désagrégation mentale . C'est une maladie assez fréquente de l'esprit romantique, mais, avec les symptômes que présentait Coleridge, on pourrait dire que c'est une véritable indication de maladie mentale, si la conscience et l'effort pour se corriger n'étaient toujours là- Une note sur les