Biorjrapliia Lileraria, chap. i (I
32 S. T. COLCRIDGR.
peiKlaiil un voyage fait vers 1700 i)oiir aller voir sa famille. Ces petits poèmes, Ins'xdo iho Coach. Di'vonsliiro /{oads, Music, sont pleins de vivacité, {rimj)atiencc jeune et gaie, et c'est un soulagement que de l'entendre nommer Bagshot Heatli, Plimtree, Tiverlon, ces coins de son pays, de sa province. 11 semble que le jeune philosophe s'apenjoit (]u'il vit sur la terre, qu'il vait, pour la première fois '.
Il se sentait si renouvelé que, quittant endn le collège où il dut tant souffrir, malgré tout ce que les rêves purent adoucir, il ne sentait plus ((ue de la tristesse et même de la reconnaissance.
Adieu, séjour qui m'a tenu lieu de 'iuaison paternelle. Un triste adieu. — A vous mon cœur reconnaissant s'allache emore tendrement — quoique l'Espéranee se plaise à redire sesjoies fulures — voletant autour de moi sur les ailes brillantes de la Fantaisie. — Adieu, adieu, cloîtres sombres que j"ai bien aimés. — Ah ! si ces Jours heureux pouvaient revenir — où sous vos arches, pur de toute tache morale, — j'entendis parler du péché, et fus stupéfait de ce que j'entendis ! — Cher séjour où souvent j'ai (hanté mes simples vers — Ecoutant en môme temps Téclio de mes pas — Je vous quille à rev'ret, avec un tourment aussi grand — Qu'au jour où mon enfance en ph'urs, arracliée — par un deuil prématuré à son sot natal — .Mêla ses pleurs à ceux de ma mère veuve-.
Ainsi, ce fpi'il ixtuvait y avoir eu de révolte enfantine dans WOile sur In /itisliUr on la Mnuitilir à Clnil- Irrhjii était it-slé tout intellectuel. Le prisonnier libéré ne se plaignait pas de son sorl, bénissait même la prison an moment de rentrer on plutôt d'entrer dans le monde dont il ne connaissait rien. In autre poème.
i. l'orliral Worhs, p. 10-H.
2. Miseitce. a Farewrll Oile on ipiillimi Sc/iuol for Jésus Col tcf/e, Cavtbridf/p. I'. W.. lîi.
écrit sans doute dans sa famille pendant les vacances de 1791, complète bien dans sa naïveté son portrait physique et moral à cette époque.
Qu'est-ce que la Gloire, la Puissance, la Fortune — que des mots qui expriment de diverses manières — ce qui t'appartient déjà — le Bonheur ! — A toi le commerce sublime — de tous les hommes célèbres d'autrefois, — à toi les heureux rêves qu'on fait éveillé — Alors que l'Espérance poursuit quelque thème favori. — Toutes les fois que, la Nuit couvrant le ciel de son manteau, — vous marchez autour de la demeure paternelle — Oîi, loin des splendeurs et des agitations, — De silence enveloppée, dort l'heureuse tranquillité — A loi souvent la causerie fantasque et la promenade tout le long de la paisible soirée — et ce qui est le plus doux à ton cœur — le soleil couchant, l'étoile du soir - • les teintes qui font vivre toute l'étendue du ciel — et la lune qu'aperçoit ton œil ravi — Alors souvent point une larme de i^econnaissance.
— Chers plaisirs sih^ncieux du cœur ! — Ah, tu es un être béni, car le ciel te donnera — Pour partager tes simples joies, un ami — Doublement béni, si l'amour peut prêter — Quelque lustre à cet œil maintenant terne
— Et donner la grâce de l'àme, trop souvent cachée — A cette large figure rêveuse * — Ou si même Famour, l'amour tout puissant, — Trouve cette métamorphose au-dessus de ses forces — Peut-être trouveras-tu quelque femme charmante — Pour lire ton ame sur ton visage.
Cette naïveté est caractéristique de celui qui décrivait plus tard sa figure comme exprimant une bonté allant presque jusqu'à l'idiotie (almost idiotie goodnatnrc). C'est ce qu'on pourrait appeler (( l'état d'âme angélique ». Qu'on ait osé l'exprimer, c'est déjà une révolution faite dans les esprits, le romantisme qui
i. Ihippiness, P. W., 17-18, v. 69 et suiv. l'our les derniers Vers, nous suivons le texte donné par Campbell dans la note, p. 564.
était iléjii ilaiis in sensibilité au moment de la Révolution, car un tel poème aurait paru simplement absurde au jui,''ement de la g-énération d'avant Rousseau, aussi bien en Angleterre qu'en France. Maintenant on allait tout oser, sans crainte du ridicule, et impressions de nature ou sentiments intimes) donner une matière entièrement nouvelle à la poésie. C'était la révolution que voulait faire, en même temps ([ue l'autre, la révolution sociale, le grand yarçon qui allait débarquer à l'Université, la tète pleine de grec et de latin, de perspectives théologiques et métaphysiques indéfinies, emportant comme viati(|ue l'idée que le salut du monde était dans une révolution faite par des philosophes, et le petit volume de vingt et un sonnets sentimentaux du Rév. W. h. Howles'.
1. Ce cli.ipilre i}lail écrit quand nous avons pu lire les pages (le M. Ceslre sur le même sujet, dans la Révolution française et les Poètes anglai<!, Paris, 1906. Nous nous rencontrons naturellement sur l)ien des points, ayant utilisé les mêmes documents. Nous sommes tout à fait d'accord avec lui pour ne pas faire de Goleridgc un révolté, un révolutionnaire dés le collège, mais nous ne croyons pas comme lui que VOdc à la Hastille cl la Monodie à Ciiatlerlon soient de simples exercices d'écolo, (|uoi(iuc le second poème figure au livre d'honneur de Hovcr.