CHAPITRE II
Cambridge. — L'éducation universitaire. — La Révolution française et l'Université. — Un chrétien révolutionnaire : Priestley. — • Un jacobin anglais : Thomas Paine. — Essai de Convention. — Coleridge se joint aux révolutionnaires au moment où commence la réaction. — Son escapade militaire. — 11 rencontre Southey.
Avec quel enthousiasme Coleridge dut arriver à l'Université de Cambridge, où il entra en résidence à Jésus Collège, au mois d'octobre 1791! Il était préparé par son hérédité et par toute son éducation à respecter avant tout deux choses, la culture classique et l'état de clergyman dans l'Eglise établie. En Angleterre, les Universités avaient gardé de la tradition du Moyen âge et de la Renaissance le privilège de l'excellence dans l'humanisme et dans les fonctions d'Eglise. Le jeune Coleridge, fils de clergyman, était inscrit à Jésus Collège, parce que (( ses chances d'avancement dans l'Eglise seraient très favorables s'il était membre de ce collège », dit un document officiel. Sa vie était toute tracée devant lui, et matériellement assurée pendant les années d'Université par la jouissance de deux jjourses, l'une du collège de Christ's Hospital et l'autre du collège de Cambridge. Nous allons voir
36 s. T. COLERIDGE.
combien difïércmmcnt sa destinée devait s'accomplir dès ces premières années, et désappointer les sages et prudentes prévisions.
On a fait souvent le tableau d'une Université anglaise au wiu" siècle et le portrait de Cambridge en particulier. On ))ourrait le résumer dun mot : l'Université n'était qu'une façade. L'humanisme, était dégénéré en ce qu'on pourrait appeler scolarisme, en virtuosité dons la pratique des langues anciennes, des vers grecs et latins. La religion, le plus souvent, n'était (]u'un |)Int utilitarisme, qu'allait mettre en corps de doctrines Palev, dans ses Ih-nivcs du Chrisdnnisnie. [Evidences of Christianity, 1794). Les mœurs étaient brutales, et même les jeux athlétiques et tous les exercices du corps, qui sont devenus la gloire des Universités anglaises, étaient loin d'être organisés comme aujourd'hui et de jouir de la même faveur. M. Legouis. dans ses excellentes pages sur Cambridge, a rappelé les témoignages de Gray, de Macaulay, d'accord avec celui de Wordsworth. Sous cette belle apparence de gravité, de dignité et de science, il n'y avait que routine. Ouant à la religion, strictement pratiquée extérieurement, l'hypocrisie serait un trop gros mot pour caractériser les sentiments qu'elle inspirait : là encore il n'y avait que convention.
Intellectuellement, la vie d'Université ])rolongée produisait des types curieux que plus tard Wordsworlli w pouvait plus se tigunM- (|ue comme des fantiMiics n d'une contexlure intermédiaire entre la vie et les livres ' ». Nous verrons Goleridge dans ses lettres mettre dans la même énumération les prnrUtra, les liihirs et les (;li(tu('tles. CV'tail un(> comparaison classi(|ue, (|ni semble fuiuli'o sur l'air d'oiseaux de nuit