Aniinit l'oelae, p. 13!i
3. Voir Cil. Auriol, ouvrage cilé, t. Il, p. i'i:fS. (IH ot suiv.
puisqu'il y laissa, dit-il, tous ses papiers. Mais ces papiers de Malte ont été perdus tant de fois et de tant de manières différentes qu'on finit par ne plus croire à leur existence. Des impressions de Coleridge à Naples il ne nous est resté que ce paysage superbement esquissé en quelques lignes : (( Naples, vue du Vésuve, le nuage de grêle, Torre del Greco brillant dans les ténèbres, et les neiges des montagnes au-dessus jetant des éclairs çà et là, mais le Vésuve ne donnait pas cette impression de transparence que j'aie eue à Keswick, mais avait l'air de ne faire qu'un avec le rideau de nuages lourds, il apparaissait comme une montagne en bas-relief sur le mur interminable de quelque Panthéon ' ». Il passa les cinq derniers mois de son séjour en Italie à Rome et à Livourne.
De Rome, il écrit à Daniel Stuart quil a acquis plus ^e lumières sur les beaux arts en trois mois qu'il n'aurait pu faire en Angleterre en vingt ans, par son commerce avec les artistes de la plus haute réputation '-. Quels pouvaient être ces artistes vivant à Rome en 1806? Probablement Angelica Kauffman et Thorwaldsen, que Coleridge a pu rencontrer chez l'ambassadeur de Prusse, Wilhelm von Humboldt, et le peintre américain Washington Allston, qui fit alors son portrait. Ces noms éveillent aujourd'hui peu d'intérêt, c'était le grand goût classique du temps dont Coleridge devait s'inspirer là. Des beautés de Rome il parlait, dit-on, avec enthousiasme, mais presque rien n'en a passé dans son œuvre. lia quelque part une note curieuse sur l'indifférence .(le Milton pour la peinture. Aujourd'hui que tout homme de lettres veut être un critique d'art, nous nous étonnons
1. Dans Gillmann, p. 179 (15 décembre ISûoj. •1. LpHers from t/ie Lake Poels, p. 60.
2b4 s T. COLERIDGE.
que Coleridge ait pu voir l'Italie saus nous donner des impressions d'art, (l'est encore un trait de la physionomie morale du temps, (|ui laissait aux artistes l'appréciation des œuvres d'art, et admirait de confiance, (loleridgo ne fut pas un Ruskiu, jiour montrer que l'art appartient à tous, il faut le regretter sans trop s'en étonner.
Il est probable que son état d'esprit ne lui permettait pas, du reste, de recevoir de l'extérieur des impressions profondes. II était parti désespéré, il revenait plus désespéré encore, et l'idée du suicide lui vint. La pensée de ses enfants le retint seule, dit-il. Ils lui ont sauvé la vie plusieurs fois, ce sont eux qui ont (( arraché les plumes aux ailes de son âme qui voudrait s'envoler et tenter sa chance ».
Viens, ô viens, venl glaci' de décembre.
El arraclie de l'arbre les feuilles qui sont mortes.
0 mort, traverse-moi de ton rdair, comme une pensée
Et prends une vie dont je suis las ' ! [d'amour
L'ami auquel il adresse ces confidences, c'est le peintre Allston, le héros du moment, qu'il compare à Wordsworth, pour la place (ju'il occupe dans son cœur. Mais il n'ose espérer que des épaves comme ce cœur et cette tète vaillent la peine qu'il les accepte. Il est revenu à ce sentiment maladif qui le porte à s'abaisser, à s'humilier devant ceux qu'il aime.
A côté de cela, on ne peut s'empêcher de noter comme une singularité qu'il se soit cru spécialement persécuté |)ar Napoléon. Pour des articles du Morniiu/ Posl, d'ailleurs anonymes. Napoléon aurait résolu de faire arrêter, à Rome, Coleridge, qui n'aurait dû sa liberté quh la fuite, prévenu au dernier moment [)ar