I. MiscelUuiies, p. 0-", 20. Cf. Mraiull. p. :to7 si
pensée que nous trouvons dans tout ce qu'a fait Coleridge sous l'influence de l'opium.
L'honnête auditoire de Bristol, dont « l'attention ne se relâcha pas un instant », ne se doutait guère, sans doute, de ce qui se passait dans cette àme ardente, si abondammentprodiguée en paroles : « les g-rands yeux noirs de Coleridge et sa physionomie toute brillante d'intelligence, quand il était dans un état d'excitation, le prédisposaient en sa faveur ».
Mais son vieil ami Cottle en savait plus long'. Coleridge lui avait fait une confession complète, qu'il crut devoir publier après sa mort, comme Coleridge en avait exprimé plusieurs fois le désir, pour que son exemple servit d'avertissement. Il faut se rappeler que le cas de Coleridge n'était pas exceptionnel. C'était un vice du temps que ce goût de l'opium. Les ouvriers même en prenaient, à ce que rapportent des témoins plus dignes de foi que Quincey. Après la première série de conférences à Bristol, le vertueux libraire et mauvais poète Cottle écrivait donc à Coleridge, « avec la conscience d'être animé des motifs les plus purs », un sermon en règle où il lui montrait comme un miroir implacable « ses yeux égarés, sa physionomie blême, sa démarche hésitante, sa main tremblante, et son corps en déroute ». Et Coleridge ne veut pas entendre parler de danger, ni se souvenir qu'il est chrétien, et qu'il a une famille, qui vit en partie aux dépens de son ami Southey. Jusque-là on pouvait penser que Coleridge vivait comme dans un rêve, sans avoir la notion bien claire du chemin parcouru. Mais, dans sa réponse à Cottle, il affirme qu'il a lutté pendant dix ans, avec une conscience claire de sa faute, un pareil aveu n'imi)lique-t-il pas qu'il aurait eu la force de résister au début? Nous n'en savons rien. Il dit qu'il était poussé uniquement
par le désir d'éviter la souffrance et non pas de trouver une sensation agréable. Plus longtemps il s'abstenait d'opium et plus il était heureux et tranquille. Tout ce que nous voulons retenir de ces aveux, c'est que Coleridge n'a pas chanté comme Quincey (des plaisirs de l'opium ' ».
Il faut lire, en même temps que cette lettre, celle que Southcy écrivit alors à Cottle, et qui donne àpeu près les seuls détails précis qu'on ait sur la quantité d'opium {)rise par Coleridge, variant, dit-il, de deux quarts par semaine à une pinte par jour. Southey ajoutait cruellement que, « pour la plus grande partie, infiniment la plus grande, ses habitudes étaient dues à rinclinalion et à la sensualité ».
Il est difficile d'évaluer les responsabilités dans un cas de cette nature. Plus tard, c'est peut-être, comme le dit Southey, pour échapper au remords que Coleridge prenait du laudanum, avec remords.
C'est cette déchéance qui faisait « rire horriblement » ce démon de Quincey.
Après avoir fait son sermon, le brave Cottle essaya encore une fois de ramener Coleridge dans la bonne voie en i)roposant à Southey de faire appel à ses amis pour lui faire une pension, car les soucis d'argent étaient une des causes de sa faiblesse. Mais Southey répondit (ju'on n'en était pas encore à celte humiliante extrémité, que d'ailleurs Coleridge avait eu l'avantage de cette pension pendant des années et n'avait rien fait. Il était l'homme juste, pour qui la faiblesse est incomi)réhensibh\ .Mais si Coleridge exagérait sa propre faiblesse, Soutliey exagérait aussi la liaressc et l'inactivité de Coleridge, qui ne cessa jamais de travailler.