‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 163 sur 191 · LeLters, p. 602, 608-8, GIO-ll ; Brandi, p · texte numérisé non relu

LeLters, p. 602, 608-8, GIO-ll ; Brandi, p

Mais le succès dura peu et Coleridge retomba bientôt dans le décourag-ement. La philosophie de l'action n'était pas encore prête. 11 se répandait tout entier en conversations et trouvait que tout le monde lui empruntait ses idées.

Après avoir lu un brillant article de Hazlitt, qu'il rencontrait souvent chez Lamb, sur les causes de la décadence de la comédie, il écrit qu'il appellerait cet article un chef-d'œuvre, « s'il n'était g-èné par un souvenir précis d'avoir causé chez I^amli tout cela ». Avant de lire le Childe liarold de Byron, « dont tout le monde parle )), il sait que ce poème est fait exactement sur le plan que lui Coleridge avait conçu il y a six ans et consigné dans un de ses carnets. Il n'est pas jusqu'à ses articles de journal qu'on ne pille et qui ne deviennent « la matière de beaucoup de beaux discours à la Chambre des Communes ' ».

Tout cela n'était naturellement qu'excuses à son inaction, dont nous soupçonnons la cause quand nous nous rappelons ses confessions de Bristol. Mais vers la fin de 1814 une nouvelle amélioration se produisit. Il put donner au Courier de Daniel Stuart une série d'articles sur l'émancipation des catholiques en Irlande, et retourna chez les Morgans dans le W'iltshire. S'il les avait quittés il semble bien que c'est surtout parce qu'ils avaient pris trop au sérieux la tâche de le guérir de l'opium. Comme il disait à Mrs. Morgan qu'il aimait mieux mourir que de continuer à supporter les soufTrances que lui causait la privation de l'opium, celle-ci répondit fermement (|u'il vaudrait mieux (ju'ii mourût que de continuer à vivre comme il vivait. Mais quand la résolution

I. Le/fers, p. 585, r,15; Letlers from Ihe Lahe Pocf^\ p. 221. 21'.». Coiiip. Mobinson, t. 1, p. 272.

fie se guérir fut venue de lui-même, il retourna à ses amis et vécut avec eux juscju'au moment de sa retraite définitive, à Higbgate, en 1S16 '.

La production de ces deux années de travail suivi est importante. En 1815 et 181G, outre les deux Sermons laïques (publiés en 1816 et 1817), Coleridge écrivit la Bio(jraphia Lileraria que nous avons déjà eu si souvent Toccasion de citer, œuvre étrange et confuse où il mit toutes ses idées, toutes les aspirations des années de souffrance qu'il passa depuis son retour de Malte jusqu'à sa retraite à Highgate.

De plus il prépara une nouvelle édition de ses Poèmes, parue en 1817 sous le titre de Feuilles Sibyllines et puljlia enfin le poème de Chrislalel qui circulait en manuscrit, qu'il récitait parfois lui-même dans le monde et qui était célèbre avant d'avoir été imprimé. Mais dans sa pensée c'était plutôt un adieu à la poésie qu'un retour à la poésie que cette publication. Quand il voulut essayer d'écrire une nouvelle tragédie, encouragé par le succès de Remorse, le résultat {Zapobja, 1817) fut s-i malheureux qu'il s'excusait lui même de cette œuvre manquée, écrite sans inspiration et qui prouve seulement ses dons de versificateur. Il n'en recommandait que «juelques passages, pour leur valeur poétique plutôt que dramatique ^ L'inspiration du moment, c'est l'inspiration philosophique et sociale, telle qu'elle apparaît dans les Serinons laïques.

Mais il ne faut pas oublier le préambule, les articles de 1814 sur l'émancipation catholique en Irlande qui sont surtout un cri d'alarme contre le jacobinisme.

1. Lettre de Soiithcy dans Collle, Réminiscences, p. 373. Comparer Esllin Lellers, XIX, p. 103.

2. Lettre à l'auteur de Peler's Lellers lo liis Kinsfolk, dans l'édition des Poenis of S. T. Coleridge, par 15. Garnelt, p. 316.

Si nous oublions que Coleridge est avant tout un ennemi de la France et de la Révolution française nous ne comprenons rien à son plan de régénération sociale de l'Angleterre par la religion. En 1(S01) Coleridge avait donné dans l'Ami une discussion abstraite des principes de la Révolution française, mais, depuis 1812, il était terrifié des progrès du jacobinisme, c'està-dire de la démocratie, en Angleterre même. Avec une pénétration rare, il voyait, en 1814, que rien n'était fini avec la chute de Napoléon '. Alors que l'Angleterre conservatrice allait s'endormir enivrée d'un optimisme universel, après Waterloo, Coleridge lui montrait le démon toujours en éveil, le jacobinisme vivant encore, alors (|ue (( l'enfant et le champion du jacobinisme » était vaincu ■.

Maintenant il dénonce la (( religion d'iniquité » dont l'organisme visible a été écrasé, mais dont il faudrait faire disparaître le mauvais principe. Cet esprit de sédition, il règne en Angleterre comme en Irlande. Le peuple s'habitue dans une foule de sociétés au (jouvcrnement pur le flah\ iMème les tentatives d'éducation du peuple effrayent Coleridge, par exemple le système du D"" Rell, un des grands symptômes du

1. Une noie incdile de Coleridge à une l)ro(liiirc de Godwin (1800), Thoiiçjhls occasioned bij Ihe perusal of D' Parr\f Spilal Sennon (HM., C. 4.ï, f. 18, p. 7) est probablement de ceUe époque. « Jacobinism, was Ihen Ihe weakest, wlicii il exciled the wliole liallo-Ijailoo of alarm, and sinUing l'rom men of lelters lo tlie labouring classes, il lias inrreased in slrenglli and danger in exacl proporlion as liic alarm lias decreased. Il is willi Jacobinism as willi Ihe Frcnch Empire; wc made peace al Ihe very lime thaï war first becamc jusl and necessary. »

2. Conip. Letters, p. 507, où il rapporte des conversations entendues ilaiis un cabaret (181-2), el (".12, sur l'état des esprits à Cable.

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