‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 165 sur 191 · Essays on lus own Times, p · texte numérisé non relu

Essays on lus own Times, p

308 s. T. COLERIDGE.

de « malheureux désordres, mais de désordres pervers, détestablemeut pervers, ntrocemciit coupables, dont les auteurs sont maudits quels (juils soieut' ».

On peut mesurer les progrès de l'autoritarisme dans l'esprit de Coleridge depuis ((uelques années en se reportant aux articles qu'il avait publiés en 1811 sur la pétition des catholiques irlandais-. Alors, (|uoiquc Coleridgc signalât avec inquiétude l'esprit de rébellion parmi eux et leurs alliés protestants, il voulait bien reconnaître que les sujets de plainte des Irlandais en 1782 avaient été « nombreux et réels », que leurs plaintes étaient justes et raisonnables, et que « les vues qui empêchèrent l'Angleterre d'éviter les concessions forcées en offrant ce qu'on lui demandait spontanément, étaient aussi erronées qu'étroites et égo'istes ». Il écrivait alors que s'il se voyait obligé d'appeler les troubles de 178i « rébellion contre la loi », il était peu disposé à les condamner au point de vue moral. 11 ne repoussait l'émancipation des catholiques que parce qu'elle était présentée comme préliminaire à la dissolution de l'Union. Il protestait que, (( pour la religion catholi(jue, telle qu'elle est comprise et pratifiuée par beaucoup, il a le plus grand respect mais que, dùt-il se faire catholique domain, il aurait la même opinion ». Il disait enfin (|ue « si des deux nations unies l'une a été depuis un siècle et demi la plus heureuse, la plus prospère et la plus rapidement progressive de la Chrétienté, et l'autre au dernier et plus bas rang du monde civilisé « la

1. /-'s.V(///.v on /lis oii'H Tiitics, p. "12, ~2\, ~2'.i, "24, 732, "33. La scrio des arlicles csl inachevée, (;(>lcri(lj,'e assure (Lellers from Ike Lake Pocis, p. 225) (luc la majorité d'cnlre eux est resiée inédite, parce que M' Street (le secrétaire de la rédaction du Cou7'ier) ne les aimait pas.

2. Ils ont été placés par erreur aprôs ceux de 1814, dans les Essays on liis oiim Tintes.

plus commune justice, non moins que la générosité, exige que le principal et plus lourd blâme en soit porté par la nation la plus heureuse et la plus éclairée ' )).

Aujourd'hui il n'est plus question des souffrances de l'Irlande, ni de réformes pour l'Irlande. Mais c'est une évolution générale dans son esprit qui a produit ce changement d'opinion sur un point particulier.

Les deux Sei-inons laïques, le premier intitulé « le Manuel de l'Homme d'Etat », ou « la Bible est le meilleur maître de la sagesse et de la prévoyance politiques », adressé aux classes supérieures de la société, et le second, « Sermon laïque adressé aux classes supérieures et aux classes moyennes, sur la détresse et le mécontentement actuels )), nous donnent la théorie et la pratique de ce qu'on pourrait appeler le protectionnisme moral et religieux de Coleridge -.

Le premier montre dans l'étude et la compréhension de la Bible, qui est la révélation de la Raison, le remède à tous les maux qui dérivent de la Révolution française et aussi de la contre-révolution, « qui a été mal dirigée jusqu'à la guerre d'Espagne ».

La Bible seule peut fonder le droit divin et fonder la véritable théocratie. Prenons un exemple historique. Quelles sont les véritables causes de la Révolution française? c L'importance croissante de la fiasse commerçante et manufacturière et son incomlialibilité avec les anciens privilèges féodaux, l'esprit de sensualité et d'ostentation qui de la cour s'était étendu à toutes les cités du royaume, la prédominance d'une philosophie présomptueuse et irréli-

1. Essuys on his own Times, p. 713, 883 et suiv., 924, 892-93.

2. 2» éd. 18H9 (à la suiU; de Chiirch and Stale, r éd.), |L 23i-3o.

gieuse, l'importance extrêmement exagérée accordée au savoir et à la puissance donnés par les perfectionnements des arts et des sciences, spécialement de Instronomio, de la mécanique, et d'une chimie cpii semblait faire des miracles, etc., etc. »

Or tout cela a été prédit par la Bible, dit Coleridge, avant d'être devenu « une triste et irrévocable vérité historique» (Isaïe, XI., VII, 7 et suiv.). Et cequ'ily ade plus terrible, c'est que la prédiction ne s'adresse pas seulement à la France, elle menace aussi l'Angleterre. Il faut se garder do doux erreurs, celle qui prétendrait priver le peuple de toute connaissance, de tout espoir d'amélioration de son sort, et l'autre, qui consiste à croire que l'éducation nationale sera réalisée quand le peuple saura lire et écrire.

Cette instruction n'est (|u'un moyen et non une fin. La fin c'est le développement des facultés et la formation des habitudes. Littéralement, il faut faire l'éducation du peuple, qui est un enfant et non un maître. La condition préliminaire de toute éducation c'est l'éducation des éducateurs, c'est-à-dire des classes supérieures. Mais la philosophie et la religion sont dans l'abandon, du moins la vraie philosophie, celle qu'on trouve par la religion. Le dernier des animalcules pour lesquels l'Océan est une goutte d'eau est en lui-même un problème infini dont Dieu omniprésent est la seule solution.

Ainsi dès cette épu(|uo la i)hilosophic de Coleridge al)Outit à l'apologie de lEglLse établie : Esfo perpi'iiKi! et recommando sa mainmise sur l'éducation, lorsf|u'elle sera devenue vraiment la maîlrosso de religion, c'est-à-dire de philosophie

11 s'agit de réaliser les commniuloinoiits de la religion dans les faits : promièro indic.ilion bien vague, mais (jno nous verrons se préciser dans le second

sermon laïque, qui passe à l'application de la théorie théocratiquc.

Le Sermon laïque, adressé aux classes supérieures et aux classes moyennes, sur la détresse et le mécontentement actuels, ne semble pas dans ses premières pages apporter un Évangile nouveau. C'est d'abord la glorification de l'Angleterre. Tout Anglais, dit Coleridge, a un avantage inestimable, étant Anglais, citoyen de l'a île privilégiée ». Les hommes aujourd'hui valent mieux que les principes. Mais il est facile de connaître les bons principes. On a la Bible, le meilleur manuel de l'homme d'État. Le moment est venu d'en appliquer les préceptes. « La splendeur de nos exploits pendant la dernière guerre est moins honorable pour nous que la magnanimité de nos vues et notre confiance généreuse dans la victoire de la bonne cause. Aussi, nous nous sommes faits une bonne réputation et les nations qui nous entourent ont montré des dispositions à suivre notre exemple et à imiter nos institutions. » Il faut soutenir cette bonne réputation. Il sera encore plus glorieux pour l'Angleterre et plus instructif pour ses voisins d'avoir trouvé un remède à ces misères sociales auxquelles toutes les nations sont sujettes, que d'avoir vaincu Napoléon. Il faut se réformer soi-même après avoir sauvé l'Europe.

Aimons-nous notre pfiys? Nous sommes alors des amis du peuple, car c'est, dit Coleridge, ce qui nous distingue du « démagogue factieux » qui n'est jamais un patriote. Et le Sermon commence par une longue et vague déclamation contre ces démagogues immoraux, trompeurs, incendiaires, tyrans, enfin hypocrites, que Coleridge ne désigne pas plus clairement '.

312 s. T. COLERIDGE.

La misère actuelle n'est pas duc au chilTre tles impôts, mais seulement à leur mauvaise répartition. On a cherché des responsabilités individuelles ou collectives, on a parlé comme toujours de pensions et de sinécures, de capitalistes et d'accapareurs.

Tout cela c'est la tactique habituelle des démagogues. La crise a eu des causes naturelles. La fin de la guerre a eu pour conséquence un immense développement de la population, des voies de communication et de l'industrie, et en même temps des efTels démoralisateurs sur la société et les partis politiques. Mais personne encore n'a dénoncé le mal, que les démagogues, qui l'ont dénature dans leurs discours et n'en ont pas montré les causes véritables '.

Une des causes profondes, c'est la prédominance de l'esprit commercial, qui n'a plus de contrepoids dans la noblesse et la religion. Si les titres et les privilèges sont plus recherchés que jamais, c'est précisément parce qu'ils sont moins respectés et que plus d'individus espèrent y atteindre. La superstition de la noblesse causait bien des maux, mais celle de la richesse s'y ajoute maintenant -.

L'autorité de la pensée a également subi une éclii)se. Il n'y a plus de pbilosophie, il n'y a plus qu'un empirisme physique cl psychologi(|ue. Il y a des amateurs, des musiciens, des botanistes, des amateurs de fleurs, des minéralogistes, des archét»logues. Si IMaton revenait, on lui préférerait un <■ ouvrier de laboratoire » qui viendrait de « désoxyder une terre » comme le silex ou la cliaux. Autrefois, pendant la Renaissance, les princes et les grands étaient familliers avec la philosopliie, les plus grands poètes

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