‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 187 sur 191 · H. c Rohinson, Uianj. (. Il, p. llo · texte numérisé non relu

H. c Rohinson, Uianj. (. Il, p. llo

ÉI'ILOGLE. 363

est mort «, se répétait-il continuellement, pendant les quelques mois qu'il lui survécut. Lui seul peut-être avait apprécié à sa vraie valeur la nature de la sensibilité de Coleridge, avait compris son caractère. 11 était toujours resté pour lui le merveilleux esprit possédé de ses idées, plutôt qu'il ne les possédait, r (( archange » dépaysé dans ce monde, parfaitement incapable de le comprendre et de s'y faire une place.

W, S. Landor, Tiock et bien d'autres lui rendirent hommage et enfin le succès qti'il avait toujours si naïvement désiré vint, quand il fut mort. En 1834, le Biackivood'a Magazine; en 183;J, Y Edinburgh /ieview, ses anciens ennemis, lui rendaient justice. Il est vrai qu'en même temps le Mangeur d'Opium se réveillait pour insinuer, en le couvrant de fleurs, que le grand philosophe et le grand poète avait été un plagiaire qui, par une sorte d'aberration, avait pris chez les autres ce qu'il aurait été capable de faire bien mieux lui-même. Ces articles contribuèrent beaucoup à former la légende de Coleridge, qui n'est pas encore séparée de son histoire sur bien des points. Ils laissaient l'impression d'un génie extraordinaire, mais inutile et stérile. Ce n'est pas à cette conclusion que nous voudrions arriver.

Un esprit plus cohérent et plus fort que Quincey, John StuartMill, a mieux marquélaprofondeinfluence intellectuelle de Coleridge. A travers toutes ses contradictions il n'en a pas moins restitué l'idéalisme dans la philosophie politique anglaise et on a pu voir en lui avec raison un précurseur des Carlyle et des Ruskin.

Comme poète, il reste toujours de premier ordre, et son influence dans ce domaine aussi a été grande. On pourrait la montrer clairement dans Keats, et après lui dans l'école poétique qui se rattache aux préraphaé-

lites. Mais c'est de nos jours qu'il a été le mieux compris. Les meilleurs connaisseurs en fait ilc poésie anglaise, Swinburneet W'alterPaler, Richard (îarnetl et Stopford Brookc reconnaissent tous à sa poésie une qualité indéfinissable qui lui assure la vie. Coleridge a commencé en poète sensiblr^ à l'école du XMn"" siècle, mais dans sa période de grande création il a ouvert à la poésie un domaine nouveau, celui où sont entrés après lui Edgar Poë et Baudelaire. Dans son époque, il était un isolée c'est le secret de presque toutes ses souffrances et aussi la marque de son originalité.

Coleridge se survécut dans ses enfants d'une manière très curieuse. L'aîné llartley fut un poêle délicat, un écrivain de race avec toute la versatilité d'intelligence de son père et... un malheureux alcoolique. Comme à son père, rien ne lui manqua (juela volonté.

Sa fdle Sara le rappelle surtout par son don de poésie imaginalive et musicale et son goût pour la spéculation philûsophi({ue et surtout th(''ologi([ue. Mais, élevée par Southey, elle mit dans ['('TiKlilion plus de méthode et de scolastique ({ue son père. La tendance ascétique de ses écrits étonne, quand on sait par ses lettres que ce fut une des plus nobles et des |)lus vastes intelligences féminines (pi'il y ait eu, et une femme dont la grâce et la beauté ont séduit tous ceux qui l'ont connue.

Enfin Derwent fut un digne et savant clergyman, un père de famille chéri des siens, et eut ainsi une partie du bonheur que Coleridge avait rêvé toute sa vie sans pouvoir l'atteindre, la paix de la famille. C'est de Derwent que descend la branche de la nombreuse famille des Coleridge (|ui représente aitiiclleinent le j)oète. Par sa piété ])Our son ancêtre et son excellent travail littéraire, M. Ernest llartley Coleridge

Page 1