ÉPILOGUE
d'autres qualités morales plus ou moins précieuses mais toutes rehaussées par ses principes chrétiens ».
On pourrait sourire de quelques expressions « une lumière qui rendait la vie plus spirituelle, le ciel rendu en quelque manière plus sensible à notre appréhension », mais elles sont de la fille de Coleridge, elles font partie d'un langage spécial qu'il faut comprendre et traduire sans ironie.
11 ne faut pas d'ailleurs se représenter le Coleridge des dernières années comme un ascète uniquement préoccupé du surnaturel. Au contraire, il y eut vers la fin comme un réveil du sens de la beauté visible. Le théologien ne voit pas de mal à ce que le poète regrette la jeunesse et la force, et il ne croit pas, comme Pascal, que la maladie soit l'état naturel du chrétien, celui qui a écrit le Jardin de Boccace '.
Cette nostalgie de jeunesse et de beauté, ce souvenir de l'Italie, de la Renaissance, de Boccace qui a retrouvé Homère et qui recommande l'étude du grand poète Ovide, a pour apprendre aux cœurs à s'embraser des feux sacrés de l'Amour », toute cette vision est une preuve du retour de l'imagination, qui se joue plus librement encore, alors que la volonté morte a renoncé au monde. La pensée constante de la mort et de la résurrection paraît avoir libéré l'âme de Coleridge au lieu de l'avoir assombri. La connaissance de soi-même, le perfectionnement de soi-même qui, réagissant contre le désespoir, utilise jusqu'aux dénonciations des ennemis pour se relever, telles sont les étapes de cet apaisement final, qui sont représentées chacune par quelque imagination poétique".
Enfin il a exprimé dans une Epitaphe faite et refaite
\. The Garden of lioccacio, 1828.
2, Self Knowledf/e, 18.32; Forbearance, 1832.
jus(|u'à ce qu'elle ait trouve sa forme définitive, le sentiment qui lui restait de sa vie.
Arrête-toi, passant chrétien, fils de DifU, Lis à voix basse. Sous cette terre
Repose un poète, ou du moins son apparence d'un jour. Oh, qu'une de tes pensées s'élève en prière pour S. T. C. Prie pour que lui, qui bien des années dans l'angoisse Trouva la Mort dans la Vie, puisse trouver la Vie dans la
[Mort.
Pas de louange mais miséricorde, pas de gloire mais le
[pardon, C'est ce qu'il demande clcsiière au nom du Christ.
El toi. lais de même. Auien.
Coleridgc mourut le :25 juillet 1834, quelques mois après avoir composé ces vers. Cette mort eut des écho.s bien divers, parmi ceux qui l'avaient le mieux connu. Onreconnut les affinités vraies et les difTérences profondes. Wordswortli parla seulement de la supériorité de l'esprit de Coleridge, de cette union du génie et du talent qui en faisaient, selon lui, la caraetéristi(|ue. Mais il garda toujours un souvenir vivant de leurs années de jeunesse passées ensemble. Elles faisaient trop profondément partie de sa projire personnalité pour qu'il i)ùt les renier '.
Soulliey resta froid et presque cruel. 11 avait toujours jugé la vie de Coleridge du point de vue de la morale puritaine qu'il s'imposait à lui même, et il sembla lui re]iroclier les biciifails réels (piil avait rendus à sa famille.
Lamb, qui n'avait pas perdu de vue Coleridge dans ses dernières années, ([uoique la vie les eut un peu sépan's, eut la sensation de voir disparaître un idéal autant (ju^uii homme. ((Coleridge est mort, Coleridge