Ceslro, p. lui». — Letlen; p
nouvelle. Nous n'avions pas besoin de l'avoir devant nous pour la discuter. Goleridge l'avait lue dans la matinée et dans la soirée il nous en répétait des pages entières mot pour mot '. » Il va sans dire que dans l'Université officielle, c'était la réaction contre la Révolution qui triomphait. Le sujet du Tripos (concours littéraire) pour l'année 1793 fut « les Troubles en France, on exhorte l'Angleterre à étouffer la Révolution ». Les autorités universitaires, qui avaient le corps de police à leur disposition, fermèrent. les yeux aux violences populaires qui, à Cambridge comme à Birmingham, s'exercèrent contre les dissidents et les réformistes. Parfois elles les encouragèrent. Pitt était le représentant de Cambridge au Parlement et fut chargé de présenter au roi une adresse dans laquelle (( le vice chancelier, les professeurs et les étudiants demandaient humblement la permission d'exprimer leur extrême satisfaction des mesures salutaires prises par Sa Majesté pour décourager et détruire les perverses tentatives des ennemis de la Constitution- ».
Naturellement, par esprit d'opposition, beaucoup d'étudiants avaient des idées avancées. (( Avez-vous lu la lettre de M. Fox aux électeurs de Westminster, écrit Coleridge à Mary Evans, c'est tout à fait ce qui donne le ton politique, à Cambridge, et cela a converti beaucoup d'àmes à la foi Foxienne•^ »
Mais Coleridge devait aller plus loin que Fox qui, prudent, faisait prévenir le ministre de France à Londres, Chauvelin, dès novembre 1792, « qu'il serait très embarrassé que la Convention l'honorât du titre
1. Souvenirs de G.-V. Le Gricc (camarade de Coleridge à Ghrisl's Hospital et à Jésus Collège) dans le Genlleman's Magazine, 1834, ou Gillmann, p. 53.
i. Voir Cestre, p. 110 et n. pour les témoignages.
'à. Letters, p. 50 (février 1*93).
de citoyen français » quoique toutes ses sympathies fussent officiellement pour la Révolution '. C'est seulement une o[)inion entière, absolue, qui pouvait avoir les sympathies du jeune liomme. En même temps, ce ne pouvait être une opinion venant de France, favorable à la France, qu'il ignorait et méprisait. S'il devait être un jacobin, il voulait être un jacobin anglais.
Or il y avait, dans le collège même, un frlhnr (Ui nom de William Frend, (|ui avait attiré l'altention sur lui, il y avait cinq ans déjà, en abandonnant pour motifs de conscience le rectorat de Madingley, près de Cambridge, et dont les idées passaient pour si révolutionnaires que le frère aîné de Coleridge craignait que sa conversation suffit à compromettre et à corrompre son jeune frère. Celui-ci avait dû le rassurer, d une manièie peu rassurante, en disant : « Non, quoique je ne sois pas un Alderman, j'ai encore assez de prudence pour respecter cette (widilc de rroi/<nicc ([u'on api)elle fanlaisislemont orthodoxie » -.
Ce Frend était unitaire, c'est-à-dire qu'il appartenait à cette extrême gauche du protestantisme anglais (|ui, niant le dogme de la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, réduisait pres(|ue, en fait, le christianisme à un évhémérisme moral. Par Frend s'exerçait à Cambridge la propagande unitaire de Priestley, le chimiste |)hilosophe, qui l'avait converti à sa foi, et (|ui allait devenir pendant plusieurs années un des dieux de Coleridge. En même temi)s, il était jiartisan de la Mi'volulion française, si ardent, qu'il fut exclu de 1 l'niversilé, en mai 17iK{, après un procès i-etenlis.sant où Coleridge, dit on, se lit remarquer, pour
1. Surcl, l'Europe et la Hévululion franraisr, l. 111. \t. J17.