Lcllcrs, p. 2'à
une brochure intitulée Paix et Union où, tout en réprouvant les violences et en repoussant l'idée d'établir la République en Angleterre, il demandait des réformes, se déclarait opposé à la guerre contre la P'rance et justifiait l'exécution de Louis XVI '.
Qu'est-ce qui put séduire Coleridge, pour qu'il se joignît au petit groupe des révolutionnaires ou plutôt des radicaux philosophes? C'est d'abord qu'ils étaient des esprits absolus et chimériques comme le sien et qu'ils avaient souffert pour leur cause plutôt que de céder : Frend exclu de l'Université, Priestley assailli dans sa maison de Birmingham le 14 juillet 1791 par une foule furieuse qui brûla sa maison et deux locaux de réunion où il allait prêcher à ses coreligionnaires, saccagea sa bibliothèque, ses appareils et tout ce qui lui appartenait". Mais c'est surtout parce qu'ils étaient des philosophes et des théologiens en même temps que des réformateurs, que, seuls parmi les politiques du temps, ils s'appuyaient sur un système d'idées. Par là ils faisaient appel aux velléités philosophiques de Coleridge, à la volonté qu'il avait d'être un penseur. En suivant Burke et sa politique aveuglément, admirablement nationale, on n'était pas un penseur, on était seulement un Anglais avec les sentiments de tout Anglais. C'était le sentiment démocratique qui était impopulaire, philosophique et religieux à la fois comme il était chez ces dissidents détestés.
Le grand-prêtre de cette Eglise révolutionnaire, Priestley, qui allait être obligé de s'enfuir en Amé rique, poursuivi par la haine générale, est une des plus curieuses figures de ce temps-là. Le grand chimiste n'était pas athée, ni même déiste à la façon de Kobes-
i. Voir Ceslrc, p. 111 eL noie 2.
•2. Mainoirs of D' Prieslley, p. MS (éd. ISÛo).
pierre. Son esprit résultait d'une combinaison du matérialisme scientifique, avec le sentiment de la nécessité d'une morale chrétienne. Ce savant était aussi un théologien infatigable et convaincu, qui donnait presque autant de temps à la lecture de l'Ecriture sainte, en grec et en hébreu, à l'étude des controversistes et des théologiens et à la composition de serv nions, qu'aux recherches sur le « phlogistique » et en particulier sur la respiration des plantes cl des animaux qui ont fait sa gloire. Dès l'âge de vingt-deux ans il s'était fait un programme d'études encyclopédiques, rigoureusement suivi.
C'était une âme rigide, élevée dans le puritanisme le plus étroit et qui en avait conservé l'esprit tout en abandonnant les doctrines. Il avait pris son idée du déterminisme absolu chez Collins, puis dans VEssai sur lliinnmc de Harlley, chez qui le mécanisme matérialiste s'accordait aussi avec le christianisme. C'était le théologien en même temps que le martyr de la cause '.
Mais cette cause était-elle une cause révolutionnaire? Frend, l'riestley, Thomas Paine lui même, étaient ils des révohitionnaires? Il est certain (piil y cul tentative d'entente entre ces réformistes anglais et les révoluliniuiaires français, mais (fu'on ne se coni])rit pas, parce (lu'on ne pouvait pas se comprendre. Ceux-là même des Anglais qui «'avaient pas de haine |)ourla France ne la connaissaient pas, ils n'avaient aucum.' idée {irécise de l'anciiMi régime et des causes véritables de la Itévolutinii française. Leur tempérament était si ditTérent, (|ue pas un seul d'enire eux n'approuva les viohMices de la Hévolulion.
Tliomas Paine. (|ui [)lus f(ue tout autre étranger se