‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 27 sur 191 · Edward Smith, Enr/Ush Jacobins, p. lOl-lOi · texte numérisé non relu

Edward Smith, Enr/Ush Jacobins, p. lOl-lOi

midable en proportion de la médiocrité même de ces hommes méprisables. » Il concluait en demandant la suspension temporaire du bill d'Habeas Corpus, et obtint une majorité de 240 voix contre 39. Rien ne montre mieux que ce vote où en était venue une Assemblée quil n'eut pas de peine à persuader, car c'est surtout à la corruption parlementaire, c'est-àdire à l'Assemblée elle-même, qu'en voulaient ces Sociétés maudites.

La cause de Pitt était si insoutenable, que devant le jury les accusés, qui se défendirent avec dignité, furent tous acquittés. Us nièrent tous avec énergie avoir rien voulu tenter d'inconstitutionnel.

llolcroft, qui était restéen liberté, se présenta de luimême devant ses juges. Les témoins à charge étaient pour la plupart de méprisables espions. De nombreux témoins afiirmèrcnt la [)onne réputation de Thomas Hardy, enthousiaste inolTensif qu'Erskine défendit avec éloquence, osant môme dire que Burke et ses imitateurs avaient été provocateurs. Horne Tooke se défendit mieux encore : « Pitt fut cité comme témoin et ne put nier qu'il avait pris part lui-même en 178()-S2 à des réunions publiques d'un caractère tout semblable. Mieux encore, il fut convaincu d'avoir fait partie d'un club politique avec l'accusé, en 1780. Le l^ord Chief Justice déclara qu'on ne pouvait se faire uni' idée exacte de la nature de la Société incriminée mais qu'il espérait que M. Ilorne Tooke réussirait à se justifier de toute accusation. Il fut acquitté pres(jue sans dt'liliéralion du jury et Ions les autres accusés après lui; John Theiwall passa le dernier, et fui également acquitté ». On déposa que (( la paix et la trarupiillité étaient à la base de toutes ses actions ' ».

I. Sur loiil ce iirocés, voir TMiarlcs Ccstre, John T/iclirall, \>. 88 et suiv.

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Cependant tous ces liommes renoncèrent bientôt à la politique active : il était évident que si la masse du peuple anglais ne voulait pas qu'on touchât à ses vieux privilèges de liberté de réunion et de discussion, elle n'était pas mûre pour toute réforme qui pourrait être suspecte de complicité avec l'étranger.

Ce court exposé de la situation politique en Angleterre pendant les années 1792-179i suffit à nous montrer que l'Angleterre était en pleine réaction contre le mouvement réformiste, quand Coleridge commença de s'y mêler, vers la fin de son séjour à l'Université ', exprimant librement son opinion dans ses conversations, manifestant peut-être au procès de Prend, en mai 1793, plus par gaminerie que par conviction, mais se faisant remarquer en tous cas en un temps où il était dangereux de le faire. Mais, dès ce moment, il y avait en lui plus de l'ivresse passagère de la jeunesse et d'entraînement par contagion que de conviction. Il avait reçu ces idées républicaines de l'extérieur, il devait les abandonner en voyant tout le monde les abandonner autour de lui.

Fut-il jamais un ardent révolutionnaire? Il n'y avait de révolutionnaires en Angleterre que ceux qui étaient directement sous l'inthience de la Révolution française , comme Wordsworth , vraiment républicain, parce qu'il revenait de France indigné des abus de l'ancien régime, qu'un Français lui avait fait voir, enflammé d'un enthousiasme que les Français lui avaient fait comprendre. Mais, pour qui la voyait d'Angleterre, que pouvait être la Révolution française qu'une horrible et sanglante tragédie? Et surtout c'était une Révolution française, ((ui remuait un

1. Voir Gillinann, p. u4-oo; Gunninçj's Réminiscences, dans Oestre, les Poêles anglais, p. 112.

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peuple détesté en Angleterre par les esprits même les plus pondérés.

A l'époque où on avait discuté à la Chambre des Communes, Fox appelait la Franco « l'ennemie naturelle de la Grande-Bretagne ' ». Le parti whig, qu'on aurait pu croire plus libéral, se distinguait par son animosité. Et ce n'était pas là le résultat de la guerre d'Amérique, du dépit d'avoir vu la France porter secours à la colonie révoltée. Dès le milieu du siècle, Hume, dans ses écrits économiques, osait à peine insinuer que cette haine qu'il avouait « sans bornes » n'était peut-être pas j ustifiée ^ La France était méprisée en bloc, comme une nation impie et frivole. Les rares relations de voyageurs anglais en France sont presque toutes défavorables .à la France. Smollett nous couvrait de ridicule, se plaignant de tout en France. Arthur Young, plus impartial dans la relation de ses voyages, était maintenant gagné par l'esprit réactionnaire au point de déclamer comme les autres contre les sociétés de réforme constitutionnelle qui, « sous quelqu'un de ces. titres dangereux ou odieux que nous connaissons, s'assemblent sous de faux prétextes insidieux pour adopter les formes et le jargon du Jacobinisme de France, et qui font appel à la guillotine comme au meilleur moyen de réformer les abus en Angleterre » ^ Ce perfide essai de confusion

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