Lecky, l. V, p
2. • Oiir jealousy and our halred of France are wilhout bounds; and llie former senliment, at least, musl lie ac/,noirledf/ed reasonahlc and well-f/?-oiaided. » Essay on Ihe Balance of Tracle (publ. n:J2), éd. 182(1, t. III, p. 3:;5; Id., Ihid. On Ihe jealousy of Tradc <• / shall llierefore venlure lo acknoirlodfje thaï, nul oui;/ as n man but as a Brilish sttbjecl, I pray for the /lourishing commerce of (ierman;/, Spain, Itah/, and rven France itself », p. Tr2.
'^. An Idea of the Présent State of France fby Arlluir Young). London, l"'.»'.. p. 33.
entre les réformistes d'Angleterre et les terroristes de France devint le principal argument de la polémique réactionnaire K On le trouve dans Facte d'accusation de 1794 contre Thomas Hardy, Thehvall, Horne Tooke, et leurs compagnons. On affecta toujours de les confondre avec les plus sanguinaires des révolutionnaires français, qu'on ne connaissait que par leur cruauté. Le mot de « principes français », French principles, suffit pendant une génération entière à déconsidérer toute tentative de réformes. La bonne foi la plus élémentaire est le plus souvent absente de ces écrits, et il est tout à fait exceptionnel qu'on y rende hommage à la sincérité d'un adversaire ^ La sottise et la férocité des attaques contre les Anglais soupçonnés de favoriser les idées françaises, ou simplement de vouloir innover quelque chose dans la Constitution que Burke avait enseigné à respecter comme une idole, dépassent les bojrnes ^ Il n'est pas douteux que le sentiment populaire était d'accord avec toutes ces publications et qu'il était dangereux de faire la moindre manifestation publique.
C'est pour cela que nous aimons Coleridge pour avoir adopté des idées folles peut-être, mais moins folles que les hallucinations qui allaient égarer pendant des années le sens politique de ses compatriotes,
1. Voir, par exemple, dans Topsy Turvy, wilh anecdotes and observatio'/is Ulustralive of leading Characters in Ihe présent government of France, b>j the Editor of Salmagundi, 2d. ed, London, 1793, les attaques contre Priestley, Paine, Horne Tooke. Le frontispice représente un sans-culotte faisant faire le saut périlleux au Lion d'Anj-'leterre.
2. Nous citerons comme exception la note sur Priestley dans Modem Mad>ne?i or the Co7istitutionalists dissected, by Solomon Searchem Esq. London, 1792, p. 57.
3. Sur les écrits vantant la Constitution anglaise, voir l'article de L. Souguenet dans la Révolution française (mai 1900), qui donne beaucoup de titres d'ouvrages réactionnaires.
ot bientôt le sien propre. Ce fut la réaction du poète, (jui dura pou. tandis que celle de l'Anglais devait définilivonient s'rtaijlir dans son esprit, en haine de la France et de l'esprit français 50us toutes ses formes. Nous pouvons aujourd'hui considérer avec calme cette empreinte sur son esprit, qui était celle de son temps.
D'ailleurs, pendant quelques mois de sa dernière année d'Université, (1793-04), Coleridge n'eut pas le loisir de songer à la Révolution. De décembre 170.3 au mois d'avril 1704 sa vie fut remplie par une extraordinaire aventure : il passa ce temps au régiment des Dragons du Roi, à Reading. Ce qui rend la chose délicieusement absurde, ce n'est pas seulement de voir un ami de la paix s'engager volontairement au moment où l'on ne parlait que de guerre, c'est que le ])]iilosophe présentait, dit un de ses biographes, cette particularité rare chez un Anglais, l'horreur des soldats et des chevaux. Aussi s'engagca-t-il dans la cavalerie (( pour se guérir de ces absurdes préjugés ». C'est l'explication qu'il donna plus tard. Ce fut probablement en réalité un désespoir d'amour, qui le poussa à fuir Cambridge, pour se cacher à Londres d'abord, puis au régiment.
Ce fut un besoin pressant et absolu de solitude morale, une impulsion de rêveur, comme celle (|ui l'avait poussé, enfant, à fuir la maison de ses parents, comme celle qui le poussera, homme fait, à quitter sa fjiniiile et ses amis pour aller chercher à Malte des occupations aussi peu faites pour lui que pouvaient l'être celles d'un cavalier au régiment des Dragons du Roi. D'une maladresse rare, il ne pouvait se tenir à cheval, faire le pansage, ni même lastiquage et l)assait son temps, nous dit on, à écrire les lettres d'amour de ses camarades et à les soigner à l'infir-
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merie. Ce fut une vraie aventure de Don Quichotte. La Dulcinée était toujours Marj- Evans. II s'était aperçu qu'il l'aimait passionnément et qu'il ne le lui avait jamais dit, qu'il s'était efforcé détoufïer cette passion pendant quatre ans. C'est du moins ce qu'il lui dit plus tard, quand elle fut fiancée. Comme nous avons de lui des témoignages contradictoires sur ce point (Coleridge lui-même n'était sûr de rien quand il s'agissait de son passé), nous pouvons rapporter la forme la plus pittoresque de la légende, celle où l'on voit l'amoureux rêver à sa bien-aimée tout en écrivant les lettres d'amour des autres '.
Au régiment, on se lassa sans doute de le voir tomber de cheval, car il paraît avoir été employé surtout comme infirmier, laissé seul à Henley, sur la Tamise, pour soigner un camarade dans un pavillon au milieu d'un jardin, où se trouvait, on ne sait trop comment, « une-belle jeune fille », qui consola peutêtre dans leur solitude l'amoureux et le malade. C'est le secret de cette retraite, confié à quelque camarade, qui amena la découverte du fugitif. Son frère aîné, George, paraît lui avoir écrit le premier, et nous avons la réponse de Coleridge. Il dit qu'il « a poussé l'imbécillité jusqu'à la folie », que « son àme est illisible pour lui-même », qu'il est « perdu dans le labyrinthe, le désert inextricable de son propre cœur ». Il désire être oublié comme s'il n'avait jamais été. (( Chagrin et honte de ceux qui m'aimaient... Intolérables images d'horreur! Elles hantent mon sommeil, elles enfièvrent mes rêves.... »
C'est la première fois que nous voyons passer sur sa vie l'ombre de la maladie qui devait le torturer, celle de s'accuser avec exagération. Ce désordre de
1. Voir Gillmann,p. o7 sq.; Coltle's Reminisccnce.s, p. 210 sq.
paroles cachait mal la faiblesse de la volonté, liiistabilité de caractère (|ui l'empêchait d'ailleurs de persister dans le désespoir même, lui permettait de s'échapper des plus mauvais pas, avec une souplesse qui le faisait souvent accuser d'insincérité, alors que ce n'était qu'incapacité complète de comprendre la vie telle qu'elle apparaissait aux autres.
Quand il eut le pardon de son frère George, il écrivit plus tranquillement à son frère James, capitaine dans l'armée, pour tâcher de se faire libérer. Sa lettre a quelque chose de pratique qui rassure après les effusions adressées à l'aîné. 11 dit que sa libération pourrait être obtenue en faisant agir des influences auprès de son colonel, et s'il faut payer, il sait à peu près le prix qu'il faudra y mettre.
11 fallut encore près d'un mois pour arriver à un résultat. Un oflicier s'était intéressé à lui, et il avait rencontré, à l'auberge (( un homme de la plus grande érudition et du génie le plus original » qui lui « assura solennellement qu'il se croyait inspiré par la divinité ». Il dormait dans la même chambre que lui et le tenait éveillé jusqu'à trois heures du matin par ses discussions ontologiques. « Certaines de ses idées vous auraient fait frémir par leur audacieuse impiété, et d'autres vous auraient étonné par leur sublimité. Ma mémoire, tenace et systématique, me permettrait d'écrire un volume in-octavo avec ses conversations'. » Le caractère de Coleridge se précise avec l'âge, nous l'avons là, dans cette escapade de jeune homme, presque tel qu'il sera toute sa vie, tantôt inconscient et tantôt terrorisé par sa coiVscience, venant toujours de renc(jiilrer un homme de génie, et toujours sur le l)oint d'écrire un volume de philosophie qu'il n'écril