‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 30 sur 191 · Letters, p. 6i · texte numérisé non relu

Letters, p. 6i

cela serait très important à savoir pour la future histoire de Coleridgc. Mais qu'il nous suffise de dire que le Goleridge du régiment, avec ses protestations de remords et son insouciance, son ignorance du monde qui ne va pas sans un certain instinct de conservation, n'est pas très diiïércnt de l'écolier que nous avons connu, du philosophe et du poète que nous connaîtrons. Ce qu'il y a d'essentiel dans son caractère, c'est riiistaijililé et la complexité. L'opium ne le lui apportera pas cela, s'il lui apporte quelque chose, car cela est déjà en lui. La question de sincérité ne se pose jamais avec Coleridgc : il est toujours sincère dans ses manifestations, même contradictoires, et encore sincère dans ses essais de les concilier, toujours étonné de lui-même, s'échappant par des voies détournées, qui lui sont naturelles. Et nous savons bien qu'on pourrait prononcer ici des mots savants de pathologie mentale, mais comme nous ne croyons l)as au diagnostic rétrospectif, nous nous contentons d'une description.

Une caractéristique des crises morales, chez Coleridgc, c'est la rai)idité avec laquelle le ciel psycliologi(|ue s'éclaircitet secouvi'C. Aussitôt i|u'il eut obtenu sa libération du régiment, il l'cprit sa vie à l'Université comme si cette escapade de ([uatre mois n'avait jamais existé. La discipline universitaire ne i)ar;ut pas avoir été beaucoup plus sévère (jue celle du régiment. Culeridgc adinonitiis est per mnijhtnnn in pr;r^ srnlid sDciortim^ disent les registres du collège en avril 179't, et cette réprimande, avec la tâche de traduire en anglais les œuvres de Démétrius de IMialère, un petit in-(iuarto de i)() i)ages, sans sortir du collège et des jardins, paraît avoir été sa seule punition. Encore, la traduction devait-elle être i)ubliée, lui promettait on, s'il voulait y mettre « une préface

et (les notes qui pussent faire honneur à son érudition. » La paisible et pédantesque routine dut lui faire du bien. (( Je me lève tous les jours à cinq heures du matin.... Je n'ai pas de temps à moi », écrit-il à son frère aine '.

Nous ne voyons pas qu'il fût alors humilié ni abattu. Il n'est plus question d'un désespoir d'amour. Mais certainement il cherchait une voie nouvelle, quelque moyen de fuir encore. La lecture et l'imitation des délicieuses poésies de l'exquis Bowles, la composition de (( déclamations » latines, d'odes grecques, de pièces de vers pour les actrices de passage à Cambridge, cela ne pouvait être qu'une pauvre distraction pour celui qui venait de passer des jours si agités. On ne peut s'empêcher de penser que son esprit était ailleurs, que dès ce moment il songeait à rompre définitivement lesdiens qui l'attachaient encore. Le procès des réformistes (de mai à octobre 1794) dut exalter encore son enthousiasme. Si l'on ne pouvait faire une Révolution morale et philosophique en Angleterre ni en France, la réaction triomphant d'un côté et la démagogie de l'autre, il fallait s'exiler pour aller fonder ailleurs une République de sages. Ce fut l'idée de la Pantisocratie, née d'une première désillusion. Mais cette idée, Coleridge devait la recevoir d'un autre, d'un homme qui fut mêlé intimement à une partie de sa vie, Robert Southey. Jusque-là, nous avons vu Coleridge aux prises avec les idées plutôt qu'avec les hommes, on peut dire qu'il a ignoré toute influence d'une personnalité étrangère. S'il est vrai que Lamb fut son ami à Christ's Hospital, il paraît l'avoir perdu de vue pendant ses années d'Université, car la première lettre à lui adressée que nous ayons

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