I. Poelical Works, p
deuil sur son chemin. Je leur prêtais une oreille sympathique et ils vibrent encore doucement dans ma sensibilité. Quand je lis dans votre volume, Sur une découverte fuite trop tard... je crois vous entendre encore, j'imagine la salle enfumée de la taverne Salutation and Cat, où nous étions assis ensemble, passant les nuits d'Iiiver à tromper les soucis de la vie par la Poésie. » Et, flatterie délicate pour Coleridge, Lamb appelait ce poème « le plus exquis et le plus semblable à Bowles de tous ' ».
Au bout de quelques semaines, Coleridge n'y tint plus et renoua imprudemment la correspondance avec Mary Evans, pour savoir si elle était fiancée, et aussi pour justifier l'étrange attitude qu'il avait prise. « Pendant quatre ans j'ai essayé d'étoufïer une passion très ardente, jusqu'à quel point ai-je réussi, vous le savez mieux que moi.... L'homme qui n'est pas rendu indépendant par sa fortune et qui se laisse aller à une passion commet un suicide. Je n'avais pas de situation... Quels projets pouvais-je faire? Je ne faisais pas de projets, j'essayais toujours de me rendre maître de la passion qui me troublait et toujours quelque suggestion inexplicable paralysait mes efforts et je m'attachais avec une tendresse désespérée à ce fantômq d'amour, aux attractions mystérieu.ses et aux projets sans espoir. C'était une espérance terne et sans rayons ! Et cependant elle charmait ma solitude par bien des rêves éveillés, bien des rêves charmants ^ »
On n'explique pas mieux n une femme que c'est surtout l'amour qu'où a aimé eu elle. C'est du moins l'hypothèse qu'on peut faire sur l'état d'âme de
J. Lamb's Lellers, t. 1, p. 14.
•2. LeKers, p. 123. Un passage de cette lettre a été transformé dans les vers On a discovery mode too laie.
Coleridge, et cela ne veut pas dire qu'il n'ait pas souffert de perdre celle qui lui avait fait connaître l'amour. Mais cela explique qu'il ail cru pouvoir se fiancer lionnètement, et que dans la même lettre où il parle de ses tortures, tout s'arrange à la fin, sa jalousie est apaisée, il admet comme certain que son rival est « honoré de l'affection » de sa bien-aimée, (jui n'en avait peut-être pas tant dit. Il devient sacré pour lui, il l'aimera pour elle, et le temps viendra peut-être où il sera assez philosophe pour ne pas lui envier son bien. » La passion de Coleridge pour Mary Evans fut donc surtout une passion poétique. Elle-même répondit « avec fermeté et douceur » et la lettre de Coleridge qui suivit fut une lettre d'adieux : nous n'entendrons plus jamais parler de Mary Evans. Celle-ci avait blâmé la pantisocratie, et Coleridge, docile, avait immédiatement parlé (( d'entrer au Temple, pour chercher le calme et l'oubli là seulement où on peut les trouver, dans une activité incessante et utile ' ». Mais cette louable résolution avait été presque aussi vite oubliée que formée. Southey était là pour lui rappeler ses projets et bientôt c'était Coleridge (fui l'entraînait de nouveau, pressé de partir et de laisser tous ses chagrins en Angleterre, pour commencer une vie nouvelle et paradisiaque sur les bords de la Susquehannah. Mais les obstacles se multii)liaiLMit. Pour se procurer de l'argent, Coleridge devait ijublier deux volumes iV/uiilalions des jtoctes latins moderne?, qui ne virent jamais le jour. Il s'était aperçu que la tâche était « dé])riniaiih' pour l'esprit », et, vers le même temps, il avait fait une découverte plus importante encore, celle de l'indolence qui paralysait tous ses efforts, et rendait inutiles tous les dons du ciel qu'il se reconnaissait généreusement.