Sonnet : To the River Otter, P. W., p
10 s. T, coij:midgk.
famille en désarroi. Coleridgc ne loublia jamais : (( l'image de mon père, mon père respecté, bon, instruit, au cœur simple, est une religion pour moi », écrivait-il à la fin de sa vie '.
Après Ja mort de son père, Coleridge resta près d'un an encore auprès de sa mère, jusqu'à ce qu'on eût obtenu pour lui une bourse à Christ's Hospital, à Londres, où étaient élevés les orpliclins et surtout les enfants de clergymen. Les enfants y étaient admis entre sept et douze ans. et les meilleurs élèves conduits jusqu'à l'Université. L'histoire de celte curieuse fondation, qui a souvent été écrite, est un document intéressant sur l'éducation en Angleterre. On y voit que l'internat exista jusqu'à nos jours dans toute sa rigueur, pour ces petits orphelins. Jusqu'en 11)02, on pouvait voir de Newgate Street, du cœur de la Cite bruyante et atTairéo, à travers les grilles noires, la cour du collège où avait joué Coleridge enfant, bourdonnante de la foule des écoliers vêtus de l'étrange soutane bleu foncé à petit rabat, avec des bas jaunes, et toujours tète nue \ Ce n'était pas seulement le costume (|ui était ecclésiastique, du temps de Coleridge. Dans l'ancien couvent de Franciscains aux sombres cloîtres où la fondation charitable était installée depuis des siècles, on avait conservé les haliiliides monacales, avec un épais vernis de pédantisme. L'ensemble rappelait plus le lycée français d'autrefois, ou le collège de David CopperMeld, que Elon ou llarrow. (|uoi(|u" il y eût certaines exigences aristocrati(|U('s dans le rccrutiMuenl des élèves, que
1. h'ileis, p. Is. Nulc aiiloliioj.'ra|)lii(iiie dans (iillmann, p. II.
2. Voir la planrlic en roult!nrs do Nicliolson dans LouiUm Types ;lS'.tS), avec le (]nator/.ain de W. !•;. Ilcnlcy, cl la vue de Clirisl's Ilospilal dans le nuinéro dn lino'nvan de Londres consacré îi Coleridge (sept. 1004).
les enfants trouvés, les fils de domestiques ne fussent pas admis. Les enfants étaient au nombre de 700 dans cette immense prison, divisée en cinq grandes écoles, correspondant à des divisions de force différente et à des programmes différents. Le petit Coleridge, après avoir passé quelques semaines à Londres chez un oncle qui, très fier de lui, « avait l'habitude de le mener de taverne en taverne pour boire, causer et discuter comme un homme )) et s'entendre appeler prodige (apprentissage de sa vie future), après deux mois à l'école préparatoire de Hertford, fut bientôt placé à l'école principale à Londres dans la Head Grammar School^ qui préparait à l'Université et par conséquent enseignait le latin et le grec.
Mais ce quil apprit à connaître tout d'abord, ce fut la faim. On ne nourrissait pas les enfants à Christ's Hospital. il n'y avait qu'un repas substantiel par jour et la viande n'y figurait que trois fois par semaine. La quantité était si insuffisante que les enfants, dit Coleridge, étaient toujours affamés K
« J'étais dans une fièvre continuelle. Tout mon être se réduisait, les yeux fermés à tout objet de perception réel et actuel, à me pelotonner dans quelque coin ensoleillé et à lire, lire, lire, à me figurer que j'étais dans l'ile de Robinson Crusoé, que je trouvais une montagne de pouding, que je m'y faisais une chambre en mangeant, que j'y façonnais en rongeant des tables et des chaises, travail de la faim et de l'imagination ! » Ce ne sont pas là des exagérations de poète. Les souvenirs de Coleridge sont d'accord avec ceux de ses condisciples Leigh Hunt et Charles Lamb. Celui-ci, qui a consacré deux essais, l'un sérieux et l'autre humoristique, à son vieux collège,