‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 5 sur 191 · Lellcrs, p. 20-21: Gillinann, p · texte numérisé non relu

Lellcrs, p. 20-21: Gillinann, p

ne parle pas mieux de la cuisine. Certains plats ([ui revenaient régulièrement étaient si répugnants qu'il était de tradition parmi les enfants de n'y pas toucher. D'autres, plus appétissants, j)assaienten grande partie à la table des domestitiucs sous les yeux même des pauvres affamés. Il y a sans doute de l'exagération humoristique dans cet essai de Lamb, mais ce n'en est pas moins une lecture navrante, car on sent qu'il devait y avoir encore trop de vrai dans ses descriptions, à l'époque où Lamb écrivait et plaisantait sous le nom d'Elia le vieux collège qui avait fait souffrir Coleridge '.

La discipline était rigoureuse comme dans une prison. L'enfant qui avait tenté de s'évader était, la première fois, tenu attaché, à la seconde tentative, mis en prison dans une petite cellule où il avait juste la place de s'étendre, nuit et jour dans la solitude, sauf aux heures où il était fouetté. Enfin, s'il élaitpris une troisième fois, avant d'être expulsé il était exposé comme au pilori, dans un costume spécial, puis il recevait une correction de choix en présence de deux admistrateurs du collège. Ceci ne devait pas arriver souvent, il est vrai, mais le châtiment inspirait une telle terreur, (ju'en 1877 un élève se suicida plutôt que d'avoir à le supporter. Mais le fouet (( ordinaire » était en vérité chose si ordinaire, qu'elle devait revenir presifue journellement, car tout le monde s'en mêlait. Le système de surveillance des élèves plus jeunes par des moniteurs plus âgés était en vigueur, et ces derniers ne se gênaient pas pour fouetter eux aussi les plus jeunes et pour les tournienlor de mille n)aiiières.

1. HecoUeclions uf C/irisl's Jluspilal; ChrinCs llospilul fwe and Ihirly years ayo.

L'oppression exercée par ces jeunes bêtes sauvages, écrit encore Lamb, me fait mal au cœur quand j'y songe. J'ai été tiré de mon lit, et réveillé exprès dans les nuits d'hiver les plus froides et cela non pas une fois, mais nuit après nuit, en chemise, pour recevoir la discipline administrée avec une courroie de cuir, avec onze autres compagnons de souffrances, parce qu'il avait plu à mon surveillant impitoyable, quand on avait entendu causer après que nous nous étions mis au lit, de rendre responsables les six derniers lits, oîi couchaient les plus jeunes du dortoir, pour une faute qu'ils n'auraient pas osé commettre, ni pu empêcher.

Ce qu'il y avait de plus extraordinaire peut-être à Christ's Hospital c'était l'arbitraire et la fantaisie qui y régnaient. Le Rév. Field, qui fut le maître de Lamb et le premier maître de Coleridge, était un homme du monde, qui ne fouettait pas. « Entre ses mains, écrit Lamb, la canne semblait plutôt un emblème qu'un instrument d'autorité, et môme un emblème dont il avait honte. )) Les enfants de sa classe vivaient insouciants comme des oiseaux, passaient le temps des classes à jouer ou à lire « leurs classiques à eux ».

Au contraire le Rév. James Boyer, sous la férule duquel Coleridge allait trop littéralement passer, était, écrit Lamb, un pédant furieux. Rien de plus étrange que cette figure d'un autre âge, qui paraîtrait monstrueuse dans le nôtre. « Toutes les affections de famille devaient être mises de côté. Mon garçon, me dit un jour Boyer, comme je pleurais en revenant des vacances, mon garçon, le collège est votre père, mon garçon, le collège est votre mère, le collège est votre frère et votre sœur, votre cousin et votre cousingermain et toute votre parenté. Je ne veux plus voir de larmes '. »

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