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i. Eolian llarp, v. 4;5-48. — Ce poème a élé Iradiiil en vers par Sainle-Ueuve (les Consolations) : A Vicier Pavie, la Harpe éolienne.
conventionnelle pour sentir et penser par lui-même. Malheureusement. Goleridge ne pouvait se contenter d'être un poète, ses vers même nous parlent encore de ses grandes espérances, et des vérités qu'il avait à jeter à la face du monde. Au bout de quelques mois Clevedon avec tous ses charmes fut trouvé trop loin de Bristol, où le jeune couple revint s'établir en décembre. C'est là que Goleridge reprit son projet de fonder une Revue, le Veilleur {Walchman), a qui annonce l'état de l'atmosphère politique et défend la liberté contre les voleurs et les assassins ». L'épigraphe était : « Pour que tous connaissent la vérité, et que la vérité nous rende libres * ! »
Pour recruter des abonnés Goleridge entreprit un voyage dans le nord de l'Angleterre, où il espérait trouver plus d'adhérents à sa doctrine radicale et religieuse. Ge fut « une véritable campagne de prédication ». Il prêchait dans la plupart des grandes villes où il s'arrêta, prêtre « volontaire et non salarié, en habit bleu et gilet blanc, pour qu'on ne vît pas sur moi le moindre haillon de la prostituée de Babylone », a-t-il écrit plus tard, déplorant ses erreurs théologiques mais aimant à se répéter qu'il était alors (( entièrement sincère et désintéressé.... Richesse, position, la vie même, me paraissaient peu de chose en comparaison des intérêts de ce que je croyais être la vérité, et la volonté de mon Gréateur ».
Le récit qu'il a fait de sa tournée de propagande est digne de Garlyle. La rencontre de Goleridge et du fabricant de chandelles de Birmingham, dont il trace
i. Voir Ceslre, p. 198, 199, et Biographia Lilerariat cliap. x. L'édition originale du Walchman, très rare, est an British Muséum (PP. 3605 b). Les principaux articles de Goleridge ont été réimprimés dans Essuys on his Own Times, t. 1. Le prospectus dans Campbell, S. T. Coleridr/e^ 1894.
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un portrait inoubliable, n'est-ce pas celle de l'idéal et du réel, de Don Quichotte et de Sancho Pança? Coleridge argumenta, décrivit, promit et prophétisa, et, commençant avec la captivité des nations, il finit en parlant de l'approche du millennium et en citant son poème des Médilal'vms religieuses. Le fabricant de chandelles apprenant qu'on lui donnerait trente deux pages tous les huit jours, pour quatre pence seulement, s'excusa en disant que c'était plus qu'il n'en lisait pendant toute l'année!
Une autre fois, s'étant cru obligé de boire et de fumer avec quelques boutiquiers libéraux de Manchester, il se sentit très malade et s'endormit en société, et, réveillé par la question : « Avez vous lu le journal aujourd'hui, M. Goleridge? » il répondit en toute conscience, en se frottant les yeux : « Je suis loin d'être convaincu qu'un Chrétien puisse se permettre de lire les journaux ou tout autre écrit dont l'intérêt est purement politique et d'actualité ». 11 va sans dire que Goleridge se moque ici de lui-même, et veut seulement nous faire comprendre son ignorance du monde. 11 se fit cependant beaucoup d'amis, car on n'a jamais ri des enthousiastes en Angleterre, et il était jeune et éloquent. Il prétend (pi'il revint à Bristol avec une liste de mille abonnés.
Le Veilleur passa cependant rapidement, il eut dix numéros. La réalisation du projet qui se fit au jour dit, le l*^'' mars 17t)('), était faite pour désapi)ointer tout le monde. Le journal n'appartenait à aucun parti, ne s'adressait à aucune classe de lecteurs en particulier. Le premier numéro, par exemple, ne contenait, avec un poème de Goleridge et un compte rendu de la Lettre au duc de Dedfurd, de Burke, que des analyses des discours et motions des deux Ghambres (ju'on pouvait trouver dans tous les
journaux quotidiens. Le malheureux Coleridge, ayant fondé une Revue, s'aperçut qu'il fallait la remplir, et à jour fixe, ce qui lui était quasi impossible. Dans le second numéro, le morceau de résistance, si l'on peut dire, fut un Essai satirique sur le jeûne, avec une épigraphe tirée d'Isaïe : (( Et mes entrailles résonneront comme la harpe », qui lui aliéna toute la clientèle religieuse '. Dans le troisième, il donnait en quelques pages, avec une pauvre connaissance du sujet, une Esquisse historique des Mœurs et de la Religion des Anciens Germains, introduction à une Esquisse des Mœurs, de la Religion et de la Politique de l'Allemagne moderne. Coleridge eut toujours le génie des titres. Cet essai n'a que l'intérêt de nous montrer sa curiosité déjà éveillée sur l'Allemagne.
Il serait vain de vouloir suivre de près la fortune du malheureux périodique. Coleridge fit tout ce qu'il put pour en remplir les pages, fit appel à son ami Poole, adressa des Remontrances aux législateurs français pour les supplier d'évacuer la Hollande, dont l'occupation par la France était le principal obstacle à la paix avec l'Angleterre, rien ne put éveiller la curiosité, e-t le dixième numéro annonça, deux mois et demi seulement après l'apparition du premier :
Ceci est le dernier numéro du Veilleur. A partir d'aujourd'liui je cesserai d'annoncer l'état de l'atmosplière polititjue....
La tentative était vouée à l'insuccès, précisément parce que Coleridge, comme il l'avait proclamé fièrement dans son programme, n'appartenait à aucune faction, et s'efïorçait d'être impartial. Il ne pouvait
1. H en clail <■ honteux >> aussitôt après l'avoir publié, Letlers. p. 1.5".
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déjà plus passer pour radical, et encore moins pour conservateur, il eut le sort de tous les libéraux. Si Thomas Poole n'avait pas été là pour prendre l'initiative d'une souscription en sa faveur parmi ses amis, le Viùlleur aurait peut-être été mis en prison pour dettes '.
La désillusion causée par l'insuccès du W'alchmtni fut la cause d'une crise de mélancolie sur laquelle nous avons une révélation de grande importance. Goleridge écrit à un clergyman de Birmingham en mars 1796 : « Depuis que je vous ai écrit, jai été comme suspendu sur le bord de la folie... Ma situation a été telle pendant la dernière quinzaine que j'ai été obligé de prendre du laudanum presque toutes les nuits- ». Nous avons là, jetée comme négligemment, la première apparition de la « terrible drogue », venant soulager ses douleurs morales, accident auquel il n'attachait pas d'importance à cette date, mais faiblesse qui va revenir de plus en plus fréquemment et devenir l'esclavage de toute une vie.
Qu'une àme faible et d'une sensibilité exagérée comme la sienne, ayant connaissance d'un moyen d'éciiapper un instant à ses peines, y ait eu recours, cela ne nous étonnera pas trop, et ne peut inspirer que la pitié. Cette fois, il fut sauvé du désespoir par l'intervention amicale de Poole. 11 accepta le projet de souscription avec reconnaissance et sans embarras (il était si sûr de faire honneur à la confiance de ses amis, si sûr que « son activité serait au moins à la hauteur de sa science et de son talon »), et retrouva bientôt sa sérénité pour (juclque temps ^
Le témoignage le plus frappant (ju'ôn puisse
1. Biof/raphia Literaria, 2d éd., p. 188-189; Letler.y, p. 158 ii.