Gutcli Mem. Book, 55 b
2. Comparer le portrait de Peter Vandyke (1795), que nous reproduisons.
l'Egyptien jusqu'à Taylor, l'Anglais païen ', sont l'objet do mes études favorites. En un mot, je ne lis presque jamais que pour m'amuser, et je lis presque tout le temps.... J'écris fort peu et j'ai l'horreur d'écrire, au point que même le sens du devoir est parfois trop faible en moi pour surmonter cette horreur. »
N'y a-t-il pas une coquetterie raffinée dans ce portrait si peu llattc en apparence qu'il fait di^ lui-même? Il aimerait à passer pour un homme extraordinaire, plongé dans des études mystérieuses, et qui n'est poète que quand il lui plaît de choisir ce moyen d'expression. « Je pense fortement et je sens fortement, écrit-il ailleurs, mais je suis rarement sans penser et je pense rarement sans éprouver un sentiment. De là vient que ma poésie, quoiqu'elle ait généralement une certaine couleur superficielle de tendresse et de passion, montre rarement de la tendresse et de la passion simples et sans mélange. Mes opinions philosophiques sont mêlées à mes sentiments, en sont extraits, et ceci donne, je crois, la particularité de mon style, et comme toute autre chose, ceci est parfois une beauté et parfois un défaut- )).
Coleridge se drape un peu devant Thehvall comme le seul poète philosophique de l'époque. Sa correspondance avec Lamb devait être bien dilTérente, à en juger par les réponses de ce dernier, qui sont sur un ton charmant de camaraderie. Coleridge avait sans doute une haute opinion du goût et du bon sons aigu de Lamb, car il tenait presque toujours compte dos critiques qu'il mêlait à ses éloges enthousiastes, et so laissait même faire la morale. L'esprit le. plus fin de ce cercle d'enthousiastes, et le moins fou d'entre eux
1. Leller.s, p. ISl. Sur Taylor, voir plus haut, p. 21. Lellers, p. l'J7.
en apparence, quoiqu'il le fût quelque peu en réalité, avait assez d'admiration pour Coleridge pour s'enthousiasmer de sa poésie, et assez de jugement pour ne passe faire d'illusions sur son caractère. Il l'observe « dans ses plans de vie, passant d'un espoir à l'autre et ne se fixant nulle part ». Il s'efforce toujours de le ramener à la simplicité, à la sincérité, qu'il s'agisse de ses épithètes poétiques ou de ses idées religieuses, qu'il partage du reste, comme lui fervent disciple de Priestley. C'est le seul ami de Coleridge qui l'ait entièrement compris, dans sa force et dans sa faiblesse '.
Mais il allait être écarté quelque temps par l'horrible malheur qui le frappa et changea peut-être la direction de toute sa vie, la consacra au devoir de soigner sa sœur chérie qui dans un accès de folie avait tué sa mère. C'est alors qu'il demanda à Coleridge de lui écrire « une lettre aussi religieuse que possible » pour le consoler et que Coleridge en écrivit une qui fut (( un trésor » pour lui, quoiqu'il ne put s'empêcher de remarquer que Coleridge y avait mis un peu trop de subtilité théologique. Mais, comme l'a très justement écrit son petit fils, Coleridge était né prédicateur et ses pensées se revêtaient naturellement du langage de la rhétorique^. C'est le seul exemple peut-être d'un esprit qui n'ait pu s'exprimer parfaitement qu'en poésie, aussi contraint et guindé dans la prose que les plus pesants écrivains de l'âge de Johnson.
La première édition des poèmes de Coleridge avait paru au printemps de 1796 et avait été favorablement reçue en général. Un critique trouva que les Méditations religieuses atteignaient « les sommets du
d. Lamb's Lelters, p. 38-39, 44. — Cf. Derocquigny, Charles Lamb, p. 58 et suiv.