Ode lo tlie deparlimi Year, St. VII
Fuyons, mon Ame, fuyons Moi qui n'ai pas de part au mal qui se fait, Qui dans la prière quotidienne et le travail quotidien Sollicite ma subsistance de mon pauvre terrain, J'ai pleuré sur ma patrie dans une lamentation publique; Maintenant je ramène à son centre mon àme immortelle Dans le calme profond du Sabbat, dans le contentement
[de soi-même, Purifié des passions fumeuses qui troublent l'image de Dieu, sœur des Séraphins '.
Ce paisible « contentement de soi-même » serait inquiétant, si on ne le comprenait pas surtout comme l'évanouissement d'un rêve fatigant, fait en deliors de toute réalité, celui d'unir la vertu du jacobin à la piété du chrétien, et dont Coleridgc, n'ajant rien pu. faire, se débarrassait ainsi ingénument.
Bientôt il n'y aura plus de civisme en lui, du moins de ce civisme agressif qui s'inquiète surtout de la vertu du voisin. Il n'est plus question maintenant que de cultiver son jardin, de purifier son âme, cette image de Dieu qui était si peu de chose encore dans les visions apocaljqDtiques des M(klitations religieuses et de la Destinée des Nations. Un panthéisme abstrait ne plaira plus à celui qui a commencé d'ouvrir les yeux sur la nature et à comprendre sa propre personnalité. La première jeunesse, celle oii les sentiments prennent une forme impersonnelle, où l'on croit toujours penser avec le monde entier, est finie. Coleridge est résigné à n'être plus que Coleridge, un homme qui s'estime encore génial, mais qui, enfin, a senti la force de quelques obstacles. Une orgueilleuse humilité est bien la note de cet instant : il renonce au monde, quil n'a pu convertir.
1. Ode to llie deparllng Year, dernière strophe; Cf. Giitch Mem. Dook, 7 7 b, 0 77uin! Ihon half-dead Ançjel!
130 s. T. COLEIUDGE.
Allons-nous le voir se consacrer uniquenneiit à la méditation et à ragriculture, pour a solliciter sa subsistance de son pauvre morceau do terre »? Pas du tout, et nous avons déjà vu que l'idée suffisait souvent à ses enthousiasmes et ([ue la réalisation importait peu. Au bout de quelques semaines de séjour à la campagne, il se déclare, il est vrai, jardinier expert, et assure que « ses deux mains calleuses peuvent porter témoignage de leur activité ». Il est enchanté de la maison, du jardin, de l'eau du ruisseau, du voisinage de Poole. Il fait pousser « des pommes de terre et toute espèce de légumes » et « cultivera du blé à la bêche, en quantité suffisante pour sa famille ». lia deux cochons, des canards et des oies. Il voudrait que Thehvall fit comme lui et s'établît à la campagne en renonçant à la vie incertaine de celui qui écrit pour les journaux'. Mais quelque temps après nous le voyons occupé lui-même à tout autre chose que l'agriculture, et cultivant la Muse au lieu de cultiver la terre, comme Lamb le lui avait charitablement conseillé. Il écrivait une pièce demandée par Sheridan, pour le théâtre de Drury Lane '-.
Comment un des hommes les plus en vue du temps, comme homme politique, auteur dramatique et directeur de théâtre, fut-il amené à faire celte démarche auprès d'un jeune homme de vingl-quatre ans? Nous n'en savons rien, mais Coleridge ne s'en mit pas moins allègrement à la tâche de composer une tragédie au goût du jour, c'est-à-dire avec un scéh'rat philosophe, un Château fantastique, une ln({uisilion, toutes les iiorrcurs à la mode quavaient popularisées