‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 74 sur 191 · Cilé datié Campbell, n. ù P. W., GbO · texte numérisé non relu

Cilé datié Campbell, n. ù P. W., GbO

132 s. T. COLERIDGE.

qu'on admire a la lecturo ne sont au théâtre que du fatras. La pièce fut rejetéc comme (( métaphysique », dans le style du temps, c'est-à-dire psychologique. 11 ne restait à (^olcridge qu'à corriger cette erreur sur le genre littéraire qui lui convenait, pour écrire ses chefs-d'œuvre.

L'inlluence qui devait libérer définitivementresprit de Coleridge, ce fut celle de Wordsworth et de sa sreur Dorothée, qui, établis d'abord à Racedown, dans le Dorsetshire, vinrent à Alfoxden, à quelques kilomètres de Xclher Stowey où était Coleridge, pour se rapprocher de lui et le voir presque tous les jours, à partir de juillet 1797.

Tous ceux qui s'intéressent à la poésie anglaise et, on pourrait ajouter, tous ceux qui ont le goût de l'analyse psychologique doivent avoir lu. dans le beau livre de M. Legouis, l'histoire de la jeunesse de Wordsworth. Nous ne tenterons pas de refaire l'histoire de lamitié des deux poètes, qui traversa des crises, mais qui dura autant que la vie de Coleridge. Mais c'est un élément si important de l'âme de Coleridge que son admiration pour Wordsworth. qu il faut bien lui consacrer quelques pages '.

Les deux hommes furent rapprochés par un élat d'esjjrit analogue, le désespoir de voir leur patrie combattre l'idéal révolutionnaire. Wordsworth l'avait éprouvé encore plus (jue Coleridge, parce qu'il connaissait la France, qu'il l'aimait et qu'il avail senti l'esprit de la liévolution, qui n'était pour Coleridge qu'un idéal mystique. De plus ils avaient traverse la même philosophie rationaliste. Wordsworth, plus concentré et plus fort, avait été, là aussi, plus loin

I. (11. Legouis. cli.i|». Il cl m «lii livre Hl : (lesire, chaii. ii el ni ilii livre II, Camphell, Inlrod., xxxvi sq.; K. II. Coleridge, T/ie Lakv Poels in Sornersetskire.

que Coleridge. Il s'était enivré de l'intellectualisme de Godwin, que Coleridge avait si vite rejeté, au point que la désillusion avait amené une véritable maladie d impuissance morale et de désespoir, dont il se remettait a peine.

Dans une des premières lettres où Coleridge fait allusion à Wordsworth, comme à son « très cher ami », en mai 1796, il ajoute qu'il est républicain, et au moins à demi athée.

AVordsworth avait perdu en eiïet la foi religieuse assez tiède de ses premières années et commençait seulement à se faire cette religion de la nature, qui devait remplir sa vie '.

Ce culte de la nature, ce n'était pas chez lui l'hommage conventionnel à ses « beautés », dans le langage d'alors, c'était une observation minutieuse, presque savante, qui lui fournissait comme une nourriture intellectuelle et sentimentale de chaque jour. Il y avait là de l'instinct, car il s'était toujours senti mal à l'aise dans les villes, et, au contraire de Coleridge, avait été élevé à la campagne. Mais il y avait aussi de l'intelligence et de la volonté, une passion de connaître la terre, de se rattacher à elle par mille fds, qui était tout à fait étrangère, nous l'avons vu, à Coleridge. Chez Wordsworth même, elle était due en grande partie à l'influence de sa sœur Dorothée, qui'lui avait appris à voir et à noter ces mille détails de la vie de la nature qui n'avaient jamais été décrits encore, parce qu'aucun poète ne les avait aimés.

M. Legouis a traduit l'admirable portrait de Dorothée Wordsworth par Thomas de Ouincey '-. 11 faut en retenir avant tout les traits de sensibilité physique et

Page 1