OBSERVATION I
Jean Vig..., 30 ans, ouvrier perceur au port, travaille le fer et se sert fréquemment de minium. Pas d’antécédents héréditaires. Pas de maladie antérieure. Le malade avoue faire des excès d’alcool. Les artères sont dures, légèrement flexueuses.
Depuis huit mois, le malade, qui jusque-là n'avait ressenti aucun symptôme d’intoxication saturnine, accuse une faiblesse très grande; l’appétit est mauvais. Nausées fréquentes, quelquefois vomissements après ses repas. Céphalalgie de temps en temps. Douleurs abdominales qui, au début légères, ont pris un caractère plus marqué et coïncident avec une constipation que le malade dit ne céder qu’à des purgatifs répétés.
Le malade entre à l'hôpital le 3 novembre en proie à une colique plus violente que celles qu’il a ressenties jusque-là.
Amaigrissement et faiblesse marqués. Teinte pâle des téguments,. Crampes dans les mollets. Diminution de la force musculaire, surtout à gauche, constatée au dynamomètre. Marche pénible, On constate, en outre, de l’hémianesthésie à gauche, plus marquée sur les membres supérieurs que sur les membres inférieurs. Réflexes conservés.
Douleur très aiguë au creux épigastrique s'exaspérant par moments, Le malade pousse des cris et se couche à plat ventre dans son lit, suppliant
qu’on le soulage. Pendant ies rémissions, n’arrivant qu’à d'assez longs inter-
valles, le malade est encore un peu agité, Le ventre est dur et rétracté. Langue rouge, très lisse sur les bords, pas de liseré de Burton. Vomissements fréquents. Le malade ne peut rien avaler sans être pris de nausées, Appétit nul, Constipation opiniâtre depuis quatre jours. Le malade dit avoir pris deux purgatifs sans aucun résultat,
Ténesme vésical. Pas d'albumine dans les urines. Insomnie due aux douleurs abdominales. Pouls à 60 pulsations.
Le malade est soumis à un traitement consistant en purgatifs, bromure de potassium, belladone, qui, au bout de trois jours, amène un changement notable dans l’état du malade. Celui-ci n’éprouve cependant pas un soulagement complet. Les selles ne sont obtenues que par des purgatifs répétés.
Le 19 novembre, le malade est repris le soir de coliques très violentes. On lui projette, d’après notre procédé, un gramme d’éther par le rectum, et le malade accuse un soulagement immédiat. La douleur a presque com-
plètement disparu. Le malade dort pendant six heures la nuit.
Le lendemain, lavement : sulfate de soude... 20 grammes SION ME ot ses 10) STAmmMes
qui produit deux selles peu abondantes.
Le 20 au soir, le malade est repris de coliques, mais moins violentes que la veille, On lui fait de nouveau une projection rectale d'éther qui agit comme la veille et enlève entièrement la douleur.
Le lendemain, même purgatif que la veille, deux selles abondantes. Les coliques ont disparu complètement ; le ventre a repris sa souplesse et n’est nullement sensible à la pression. Le malade commence le 22 un traitement général : bains sulfureux, vin de quinquina, etc. Les selles sont devenues régulières.
Le 12 janvier, le malade est expédié dans une salle de blessés pour l’ablation d’une tumeur à l'angle interne de l'œil gauche. Son traitement général, bains et toniques, est toujours continué régulièrement.
Le malade, après avoir été opéré, sort de l’hôpital le 18 février, dans un état d'amélioration notable, Les coliques n’ont pas reparu une seule fois depuis la seconde projection d’éther. Les selles sont normales. L'appétit est
bon. La force est revenue,