‹ Colique De Plomb: Et De Son Traitement Par Les Projections Rectales D'ÉtherChapitre 11 sur 19 · MÉTHODE CALMANTE · texte numérisé non relu

MÉTHODE CALMANTE

Dans cette maladie où la douleur est le phénomène dominant, on a de bonne heure pensé à la combattre par les calmants. Aussi trouvons-nous de nombreux partisans de cette méthode comme aussi de nombreux remèdes préconisés dans cette série de médicaments. En première ligne, nous trouvons l’opium sous toutes ses formes : pilules d'extrait d'opium, sirop diacode, laudanum, etc.

Ce fut Stoll qui, le premier, vulgarisa l'emploi de l’opium. « I] fit, suivant son expression, des cures très heureuses, promptes, solides, multipliées, en administrant ce médicament à doses proportionnées à la grandeur du mal et en les continuant longtemps. « Tant que le pouls n'a pas récupéré sa souplesse naturelle, il faut se garder, dit-il, d’en cesser l'emploi, car le poison n’est pas entièrement détruit. » Il arrivait ainsi à donner des doses énormes d’opium pour lequel, d’ailleurs, d’après Adair et Bricheteau, l'organisme a une tolérance particulière dans cette affection. C'est ainsi qu'Adair arrive à en donner un grain toutes

les heures.

On a reproché à cette méthode de favoriser la constipation au lieu de la combattre. Pour nous, nous croyons que ce reproche n'est pas justifié, et c'est d’ailleurs ce que confirme l'expérience qui nous montre la constipation cédant beaucoup plus facilement après la disparition des douleurs. N'est-ce pas là encore une preuve plaidant en faveur de la théorie que nous émettions sur la nature de la colique saturnine, l’opium agissant par ses propriétés spéciales sur le spasme de l'intestin ? |

Le seul reproche que l’on puisse faire à cette médication, c’est d’être lente et surtout de ne pas empêcher les rechutes.

Les injections de morphine ont donné des résultats plus satisfaisants et surtout plus rapides.

Le chloroforme, préconisé par Bouvier en inhalations et vulgarisé par Aran, a le tort de n'agir qu'à doses massives et continues pour produire un résultat durable, et de plus, son emploi est loin d'être exempt de tous dangers dans une maladie où existent si fréquemment des troubles cardiaques et cérébraux.

La jusquiame, le musc, le tabac ont aussi été tentés et ont donné des résultats souvent contradictoires.

La glace, les affusions froides, les pulvérisations d’éther ont plus récemment été préconisées, mais ces médications ont l’inconvénient d’être douloureuses.

C’est la belladone, vulgarisée principalement par Raoul et Fonssagrives, qui, jusqu ici, a donné les meilleurs résultats, qu’elle ait été employée seule suivant la méthode de M. le professeur Bondet de Montpellier, ou bien associée à l’huile de croton suivant M. le professeur Picot de Bordeaux.

Si, en présence des résultats obtenus par cette médication calmante, et tout particulièrement par l'emploi de la belladone, nous avons tenté de préconiser un autre traitement, c’est que nous avons été frappé de la rapidité de son action, pour ainsi dire immédiate, et de l’innocuité absolue de son emploi.

Nous allons donc exposer brièvement l’appareil et le mode d'opération, en insistant sur quelques précautions à prendre pour mener à bien l'administration du médicament que nous proposons dans ce travail.

L'appareil, susceptible d’ailleurs de grandes modifications, a été employé au début le plus simple possible, Il se compose d’un flacon gradué ordinaire fermé par un bouchon de liège que traverse un tube en caoutchouc terminé par une canule d'irrigateur. Le flacon contenant de l’éther est plongé dans l’eau tiède et, au bout de quelques instants, l’éther se volatilisant, on introduit la canule dans l’anus du malade. En observant les divisions graduées du

nie flacon on peut facilement limiter la quantité d’éther que l’on veut donner. Pour obtenir un soulagement, il ne nous a jamais été nécessaire d'employer plus de 1 gr. 50. L'opération n’est nullement douloureuse, et le soulagement immédiat.

Quelques précautions sont nécessaires. Il faut se garder de mettre le flacon dans de l’eau trop chaude, car l’éther qui bout à 37°, pourrait, en se volatilisant brusquement, en amener la rupture. Le tube ne doit pas être trop long, car autrement, et c’est ce qui est arrivé dans un cas, l’éther peut se liquéfier dans son trajet du flacon à l’anus et venir causer une sensation de brûlure

sur la muqueuse intestinale.

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