‹ Colique De Plomb: Et De Son Traitement Par Les Projections Rectales D'ÉtherChapitre 5 sur 19 · JE PAU. A · texte numérisé non relu

JE PAU. A

et de son traitement par les projections rectales d’éther

Historique.

L’absorption lente, continue, à faibles doses du plomb et de ses composés crée une sorte d'imprégnation de l'organisme entier se traduisant par deux sortes d'accidents. Les uns à marche longue et insidieuse : le métal agit sourdement sur les divers éléments des tissus pour ne révéler son action que lorsque les désordres et les lésions sont très avancés, comme l’encéphalopathie, la paralysie musculaire, par exemple. Les autres survenant brusquement pour disparaître de même; ce sont de véritables accidents aigus dont le plus fréquent est la colique de plomb.

Cette action du métal sur l'économie date des temps les plus reculés, si nous songeons que l’art d’exploiter les mines, et de travailler les métaux, particulièrement le plomb, a été connu de temps immémorial. Il est hors de doute que tout comme maintenant, les individus soumis aux émanations de ce métal, n’ont pu

échapper à son action nocive, et qu'ils ont présenté absolument les mêmes phénomènes d'intoxication que ceux que nous observons aujourd'hui. Aussi, si dans les auteurs anciens nous ne trouvons pas de nom particulier pour désigner d’une façon exacte cette affection, il nous faut seulement l’attribuer à l’ignorance absolue dans laquelle on était de sa véritable nature. Y a-t-il lieu de s'étonner de cette ignorance, si on réfléchit qu'aujourd'hui même, après les nombreux traités qui ont paru à ce sujet, 1l y a encore une divergence d'opinions et que si pour la plupart le plomb doit être incriminé dans l’étiologie de cette affection, il y a encore des partisans convaincus d’une autre origine, aussi fréquente, aussi indiscutable, sur le principe de laquelle ils ne s’accordent d’ailleurs pas.

À part les cas, peu nombreux d’ailleurs, où la colique de plomb était due à l’ingestion de grandes quantités de préparations saturnines, les anciens n'avaient nullement songé à ce métal dans la production des accidents dus à cette imprégnation lente où l’économie est pénétrée silencieusement. La colique pestilentielle de Paul d’Agine, séreuse de Lepois, bilieuse de Citois, scorbutique de Schenke, sont autant de preuves de la diversité d'opinions qui se faisait sur sa nature. Plus près de notre époque, les auteurs, Citois en particulier, avaient donné à la colique saturnine, qu'ils avaient eu à observer, le nom des pays où ils l'avaient rencontrée : de là les noms de colique de Poitou, de Devonshire, de Normandie, de Madrid, etc., par lesquels ils l'avaient désignée. Ainsi donc jusque-là la symptomatologie de cette affection n’a pu échapper à l’observation, car il est certain que ces coliques qu'ils ont décrites sont absolument les mêmes que la colique saturnine; la cause seule leur est restée inconnue. Ce n’est qu’en 1656 que Stockusen fait le premier connaître que la colique du Poitou, comme on désignait alors communément la colique saturnine depuis la fameuse diatribe de Citois à ce sujet, était due aux émanations

rt produites par les préparations saturnines auxquelles travaillaient les ouvriers qui en étaient atteints.

La colique de plomb devient p/us fréquente dès cette époque et donne lieu à de nombreux ouvrages où la cause en étant reconnue, on discute les traitements de l’affection.

Cependant si en Europe on s'était accoutumé à ne voir d’autres causes que le plomb dans ces coliques si bien caractérisées par la douleur et la constipation, les médecins étrangers s’opposaient à ces idées nouvelles et décrivaient une colique absolument spéciale aux régions chaudes, se rapprochant de la colique de plomb, mais à origine entièrement distincte.

En 1685, Dellen, médecin de la marine, nous parle de la colique de Madagascar, analogue à celle décrite en France sous le nom de colique du Poitou, due à des excès d’eau-de-vie sous l'influence de la chaleur.

Mounson Smith publie en 1717 une thèse : De colic4 apud incolas Caribienses indemia, où il parle d’une colique avec paralysie, due à des fièvres mal soignées. Poissonnier Desperriers, 1780, décrit une colique bilieuse compliquée de paralysie, qu’il attribue à une altération de la bile. Lind nous cite dans les maladies les moins dangereuses des Européens en Guinée le ver qui se forme dans les chairs et le mal de ventre sec. Campet à la Guyane, Fermin médecin hollandais à Surinam, nous donnent une description de cette colique des pays chauds qui #e doif pas étre confondue avec les autres coliques.

Pour Catel, médecin en chef au Sénégal, en 1820, il existe à Saint-Louis une colique particulière due aux mêmes causes que celles qui produisent la dysenterie. Dans un de ses rapports, Thévenot dit : « La maladie encore mal déterminée qu’on appelle colique sèche, est rarement primitive. Elle remplace souvent les rechutes de fièvre intermittente et alterne avec la dysenterie ».

En 1833 parut le nom de colique végétale, puis névralgie du

Cet grand sympathique, donné à cette affection par Segond, médecin en chef de la Guyane française, dans un ouvrage où ia question de non identité est traitée d’une manière formelle. Tanquerel des Planches combattit cette idée et, considérant ces assertions comme provenant d’une recherche incomplète des circonstances où s'était produite la maladie, l’identifia complètement à la colique de plomb. Cependant l'élan était donné, et, sous l'impulsion nouvelle que lui donna Segond, la théorie de la colique nerveuse spéciale aux pays chauds fut affirmée par de nombreux traités. N'était-elle pas d’ailleurs favorisée, justifiée en quelque sorte, par les conditions particulières de climat et de température où elle prenait naissance, par ces caractères d’épidémicité qu’elle présentait si souvent ?

La polémique qui passionnait alors les esprits est encore présente à la mémoire de tous et chacun se souvient, principalement dans la marine, des travaux persévérants de Lefèvre, directeur du service de santé de la marine, qui par ses recherches consciencieuses et en dépit des assertions contraires de Fonssagrives, Rochard, Leroy de Méricourt, dissipa le fantôme de la colique végétale. Il fallut toute la patience de ce médecin instruit, toute son opiniâtreté pour recueillir dans tous les points du globe les observations publiées, les analyser et remonter aux sources mêmes, pour que l’erreur qui existait sur la nature de cette affection si commune qui désolait les équipages et les colons dans les régions torrides, fût dissipée.

Et cependant l’action n’a-t-elle pas été trop vive et doit-on faire disparaître absolument du cadre nosologique cette colique regardée comme spéciale aux pays chauds, que l’on a attribuée communément au paludisme ?

Lorsque l’on voit des départements nerveux, si divers et si complexes, envahis par le poison paludéen, quelle qu’en soit la nature et traduire leur souffrance par des symptômes aussi variés

que la névralgie de la cinquième paire, les paraplégies, l’hémiplégie, l’asphyxie locale des extrémités, les pneumonies bâtardes, etc., ne peut-on pas se demander pourquoi les plexus abdominaux seraient épargnés, alors que les centres cérébro-spinaux, les pneumogastriques, la cinquième paire, le sympathique en ses divers points sont touchés de façon indubitable? Lefèvre, comme tous les inventeurs, n’avait-1l pas forcé la note, et, si auparavant l’on était trop disposé à voir partout des coliques sèches d'origine végétale, depuis cet éminent médecin, la tendance n'a-t-elle pas été trop grande à ne voir partout que des coliques de plomb?

Quand on songe en effet que de tous les métaux le plomb est le plus employé, que les vases qui servent à la préparation ou à la conservation des matières alimentaires et des boissons en sont souvent recouverts, que l'esprit de fraude l’associe aux boissons fermentées, qu’il entre comme principe actif dans la composition d'agents médicamenteux, de cosmétiques, de produits nombreux employés journellement, il est évident que l’on ne doit pas s'étonner si la manifestation pathologique, quiluiest propre, esttrès commune, Mais n'est-ce pas forcer la vérité peut-être, que de vouloir prétendre qu’un grain de plomb séjournant dans une bouteille de vin, après le rinçage, suffit pour produire la colique saturnine, que d'affirmer qu’une intoxication est possible par la plante des pieds restant pendant un certain temps, même dans des conditions favorables de chaleur et d'humidité, au contact des plaques de ce métal ?

Certes, nous ne voulons pas dire que la colique saturnine n’a pas son maximum de fréquence sur les navires et dans les pays chauds où toutes les conditions sont réunies pour en favoriser l’éclosion, les organismes étant déjà débilités du fait du climat et des maladies auxquels ils sont soumis, la peau humide retenant mieux les composés plombiques répandus dans l'atmosphère, trop de faits sont là pour plaider en faveur de cette fréquence. Assurément la colique de plomb s’est montrée plus fréquente depuis

1830, époque où l'application de la vapeur amenait à se servir de plus en plus de métaux et en particulier du plomb, et ce ne sont pas les faits probants d'intoxication due à ce métal qui manquent dans la marine. Pour n’en citer qu'un, celui de la frégate l’Æyzgone qui fut décimée par de nombreuses épidémies de colique saturnine dont la cause remontait à l'usage de charniers en plomb.

Le nombre total des cas observés, d'après le rapport du chirurgien major Ragot, en y comprenant les récidives s’éleva à 407, celui des morts à 20 sur un effectif de 333 hommes.

Mais à côté de faits indiscutables comme celui-ci, n’en avonsnous pas comme celui de la frégate Za Glorre, faisant naufrage sur les côtes de Gorée et où le plomb n’a pu être retrouvé comme cause certaine des accidents de colique sèche éclatant parmi l'équipage.

Pourquoi la colique saturnine a-t-elle son maximum de fréquence dans les pays où règne le miasme paludéen, comme dans les golfes de Bénin et de Biafra, par exemple, où se jettent de nombreuses rivières bordées de palétuviers? Comment expliquer ces cas de colique sèche qui éclatent sur les matelots de l’expédition d’Yaou (Côte d'Or), coïncidant avec l'apparition de nombreux cas de fièvre intermittente ?

La présence du plomb comme cause de ces cas a-t-elle échappé, malgré une rigoureuse observation? Cela est possible, si on réfléchit combien l'étiologie peut être difficile, quand il s'agit d’un agent aussi subtil et aussi insidieux que le plomb. Mais doit-on en conclure forcément à la présence nécessaire de ce métal dans la production de colique sèche ? C’est la une manière de voir qui pour tous n'est pas élucidée et que beaucoup n’acceptent pas.

Pour nous, nous croyons que dans bien des cas on a pris pour des coliques nerveuses particulières analogues à la colique de plomb, le simple accès entéralgique des pays chauds, dont les

= fy = symptômes sont d’une façon générale les symptômes du début de la colique de plomb. Mais ici il n’y a pas d’encéphalopathie, ni de lésions musculaires, il y a seulement les deux symptômes prédominants de la colique saturnine, la douleur et la constipation. Corre qui nous en donne une description exacte dans son Traité sur les maladies des pays chauds, nous le dépeint ainsi sous sa forme violente, « C’est une colique angoissante, rayonnant autour de lPombilic, continue pendant plusieurs jours, avec rémission et exacerbation paroxystiques, suppression des évacuations rectales, vomissements bilieux, ictère, urines rares, dyspnée, pouls misérable. » Là, ajoute-t-1l, s'arrête la névrose palustre; elle n'offre ni les incidents encéphalopathiques, ni surtout l’altération gingivale qui caractérise la colique de plomb. Toutefois 1l n'est pas impossible qu'elle s'accompagne de paralysie transitoire et chez les malariens, la pâleur des gencives et les dépôts mélaniques dans l’épaisseur de la muqueuse alvéolaire, simuleraient quelquefois le liseré plombique. N'y a-t-1l pas dans la description de ces symptômes une analogie indiscutable avec ceux de la colique de plomb, et n'est-il pas naturel de supposer que bien souvent on n’a pas attendu ‘plus Îongtemps pour diagnostiquer et l'identifier à la colique nerveuse endémique affirmée par Fonssagrives, mais où les accidents encéphalopathiques, rares au début, finissent par se déclarer? En évitant de donner un diagnostic précipité, on aurait pu, en suivant le cours de la maladie, noter les accidents suivants : troubles cérébraux, paralysie des extenseurs, troubles de la sensibilité, qui n'existent jamais dans les manifestations intestinales de la névrose palustre, et éviter ainsi une confusion qui a pu amener des erreurs dans l’étiologie de la colique saturnine; d’ailleurs, il est un procédé bien simple qui est d’une valeur indiscutable pour le diagnostic de ces deux maladies, c’est le procédé qui consiste à établir, d’une façon évidente, la distinction existant entre le

liseré des saturnins et celui des malariens; on sait que chez les 3 À

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