‹ Colique De Plomb: Et De Son Traitement Par Les Projections Rectales D'ÉtherChapitre 6 sur 19 · ABUS · texte numérisé non relu

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saturnins, la gencive ulcérée, décollée autour des dents, retient divers produits qui en se décomposant engendrent des sulfures alcalins et de l’hydrogène sulfuré, celui-ci rencontrant les particules plombiques au moment où elles transsudent à travers les parois des vaisseaux, communique aux anses capillaires une coloration noire. Si, d’après le procédé de M. Cras, on dépose sur un morceau de la gencive détachée une goutte de solution d’acide chromique, le fragment de gencive se colore en jaune tout entier. Lavé et traité par une solution de sulf-hydrate de soude, ce fragment reprend la coloration noire. Chez les malariens, il n’y a rien de semblable.

Etiologie.

Le plomb et ses composés exercent une action toxique sur l’organisme entier, c'est là un fait indiscutable, et ils traduisent leur action par des symptômes variés parmi lesquels la colique saturnine.

Mais comment ce métal exerce-t-il des effets toxiques sur l’économie? Comment est-il absorbé? Tous ses composés ont-ils une action égale? Ce sont là autant de questions qui se posent à l'esprit et qu’il importe de résoudre. Il est bien évident que cette absorption ne peut se faire que sur des corps très divisés, je ne parle évidemment pas ici du cas où il y a empoisonnement par ingestion de grandes quantités de préparations saturnines. Ici il n’y a pas absorption proprement dite ; le métal est en contact immédiat avec la muqueuse qu’il irrite et finit par détruire.

Les voies d'absorption du poison sont variées : la plus commune est la voie digestive. On sait combien la muqueuse qui revêt ces organes a une faculté absorbante puissante, prouvée par des exemples nombreux, où les préparations saturnines, en contact avec cette membrane, ont été rapidement absorbées et ont déterminé des accidents.

Lefèvre, dans son étude des causes de la colique saturnine, ne nous donne-t-il pas comme la plus commune et la plus générale à bord des navires, l’altération que l’eau subit dans les cuisines distillatoires, dans les tuyaux en plomb qu'elle doit traverser, dans les charniers garnis de siphons métalliques, ou à terre dans

les citernes ou vases en terre vernissée dans lesquels l’eau est recueillie après avoir coulé sur des toitures recouvertes de lames métalliques ou peintes en plomb. Ces coliques épidémiques, signalées particulièrement par les médecins allemands, comme résultant de l'emploi de la litharge et d’autres préparations saturnines pour donner aux vins une saveur plus douce et plus agréable, ne sont-elles pas véritablement probantes? Absorbés donc par la voie digestive, les composés saturnins, en arrivant dans l'estomac, se transforment différemment suivant les auteurs. Pour Mialhe, en présence des chlorures alcalins de l'économie, ils se transforment en chlorures doubles plus solubles que le chlorure simple. Pour Rabuteau, en présence de l'acide chlorhydrique, ils deviennent chlorures de plomb solubles. Pour Archambaud, il n’y a que les sels insolubles qui soient transformés, devenant lactates en présence de l'acide lactique de l'estomac, tandis que les sels solubles sont absorbés tels quels. Enfin, quelle que soit leur transformation, les sels de plomb ainsi solubilisés deviennent des albuminates de plomb en présence des substances albuminoïdes qu'ils rencontrent dans leur circulation.

Vote respiratoire. — L'absorption par cette voie nest pas douteuse en présence des cas nombreux de coliques de plomb développés chez des individus soumis aux émanations seules du métal. C’est ainsi que Gardame explique la fréquence de la colique saturnine chez les officiers de marine, parce qu'ils habitent souvent, sur leurs vaisseaux, des chambres nouvellement peintes, qui exhalent sans cesse d’abondantes émanations saturnines. Les matelots, au contraire, qui couchent dans l’entrepont, en sont plus exempts. À l'appui de cette manière de voir, des expériences ont été faites en particulier par Tanquerel des Planches. La trachéotomie est pratiquée sur un chien, et, au moyen d’un tube placé dans la trachée, on introduit du minium; le 7. jour, les accidents d'intoxication commencent et se terminent le 16° par la mort.

Potain infirme cette expérience. Si, dit-il, on fait la ligature de la trachée au-dessus de la canule, par conséquent si on intercepte toute espèce de communication entre la voie respiratoire et la voie digestive, les accidents ne se produisent nullement. Si, dans l’expérience précédente, on a constaté des accidents, c’est que le plomb chassé par les secousses de toux de la trachée, a pénétré dans l’organe digestif où il a produit ses effets ordinaires. Quoi qu'il en soit, tous admettent cette voie d'absorption et d’ailleurs les exemples sont assez nombreux pour justifier cette façon de voir.

L'absorption du plomb et de ses composés par les autres muqueuses ét par la peau (Manouvriez), quoique certaine, ne joue pas un rôle assez important dans la production de la maladie pour que nous nous y arrêtions plus longtemps.

Ainsi donc le plomb et ses composés sont devenus albuminates de plomb en passant dans le torrent circulatoire. Mais heureusement ils ne restent pas ainsi en entier dans l’organisme et en grande partie ils en sont chassés par les excrétions intestinales, urinaires, cutanées et pulmonaires ; l’autre partie reste dans l’économie et va se localiser dans les différents tissus ; pour Gusserow, dans les muscles, opinion infirmée par Heubel, pour lequel c’est le tissu osseux qui est le siège de prédilection du poison; d’après Bergeret, on le rencontrerait surtout dans le foie et la rate.

Sous quelle influence ce poison ainsi localisé va-t-il déceler sa présence dans l’économie ? Quelle est la quantité nécessaire à la production des accidents ? C’est là, on le comprend aisément, un calcul difficile à établir, car, outre l'impossibilité de mesurer la quantité de plomb disséminé dans l'air respiré par les individus, il y a en plus une question de prédisposition primant tout, qui fait qu'un individu peut absorber des quantités relativement grandes de poison alors qu'il suffira chez un autre d’une minime quantité

pour produire des manifestations morbides.

Quant à savoir sous quelle influence le plomb produit ses manifestations du côté de l'intestin, nous allons l’étudier.

Il y a dans l'organisme une sorte d'équilibre latent, maintenu par l'élimination du principe nocif qui ne se trouve pas en assez grande quantité pour produire ses effets délétères. Mais que, pour une cause quelconque, cette élimination devienne moins active, ou bien encore que les composés saturnins imprégnant l’économie deviennent plus assimilables sous une influence fortuite, cet équilibre se rompt et on voit alors éclater brusquement les accidents. C’est, suivant une heureuse comparaison de Renaut, ce qui se passe dans une solution incolore d’un sel à l’état de sursaturation, où rien ne traduit à la vue cet état particulier et où il suffit de la moindre parcelle du même sel pour que le liquide se prenne en masse.

Mais cette cause, sous l'influence de laquelle le métal accumulé dans les tissus les abandonne pour repasser dans le torrent circulatoire, quelle est-elle? Nous pouvons dire que bien souvent il est difficile et même impossible de la trouver. Cependant dans certains cas il est indiscutable de nier l’action de certains éléments dans la production de la colique et parmi ceux-ci nous pouvons citer en première ligne l'alcool. Cette action avait d’ailleurs été remarquée depuis longtemps et on avait constaté l'influence indéniable des excès alcooliques dans la production de cette affection.

Quant à dire comment agit l’alcool pour provoquer par son ingestion les phénomènes de la colique saturnine, on en est encore réduit aux hypothèses. Est-ce en diminuant l'élimination du plomb, est-ce en rendant plus assimilables les composés plombiques qui imprégnent l'organisme ? C’est encore cette dernière théorie qui est la plus accréditée. L'alcool se transformerait en acide acétique et des albuminates de plomb insolubles qui sont renfermés dans les tissus ferait des acétates solubles qui pénétreraient dans la circulation en assez grandes quantités pour provoquer des accidents.

C'est d’ailleurs ainsi qu'agissent les aliments et boissons acides, les vins altérés, le vinaigre, les fruits verts. Aussi, M. le professeur Layet, dans le rapport sur l'empoisonnement par le plomb, qu'il fit paraitre en septembre 1880 (Gazette hebdomadaire de Bordeaux), proscrit-il pour les ouvriers qui manient le plomb, l'usage des boissons acides dont d’ailleurs les individus intoxiqués sont portés à se servir pour masquer la saveur métallique qu'ils ressentent et aussi pour calmer la soif qui est souvent si intense dans cette affection. Il serait préférable de leur donner une boisson tonique, sans aucun danger, comme par exemple du café et de l’eau.

Les composés saturnins sont-ils toxiques au même degré? Pour Mialhe, la céruse est de tous les sels de plomb le plus dangereux. Pour M. Layet, c'est le minium. M. le professeur Layet, dans un rapport présenté au Congrès de Turin en 1880, expose les expériences qu'il a faites sur des animaux traités les uns avec de la céruse, les autres avec du minium.

Nous citerons deux de ces expériences qui sont absolument concluantes et détruisent les idées exposée par Mialhe sur la priorité de la céruse comme agent toxique.

Première expérience. Deux chiens de même taille et de même poids reçoivent chaque jour, mêlés à leur nourriture, l’un 60 centigrammes de minium, l’autre 60 de céruse. Dépérissement marqué, rétraction des parois abdominales, faiblesse dans la marche, rareté des défécations chez tous les deux.

Le chien soumis à l’action du minium meurt le douzième jour. On suspend le poison chez l’autre chien et on lui redonne la nourriture normale, Malgré cela il succombe cinq jours après, c’est-àdire le dix-septième jour de l’expérience.

Deuxième expérience. À deux cobayes du poids de 500 gr., on donne d’abord 10 gr., puis 15 gr., puis 20 gr. de minium à l’un, de céruse à l’autre. Au bout de quinze jours, le poids du premier

avait diminué de 20 gr., celui du deuxième était resté stationnaire. À partir du trentième jour, le cobaye au minium présente des accidents encéphalopathiques caractérisés par mouvements soudains de propulsion en avant et de rotation sur lui-même. L'animal meurt le quatrième Jour dans un état très marqué d'amaigrissement.

Le deuxième, celui à la céruse, a présenté de l’amaigrissement prononcée de l’arrière-train, rétraction du ventre. On cesse le poison après la mort du premier. La faiblesse persiste longtemps encore, mais 1l à fini par guérir. Ces expériences sont assez concluantes, elles sont d'accord avec le résultat de l'observation clinique. Le minium est plus dangereux que la céruse, voilà ce qu'elles démontrent (Layet).

Mialhe n'aurait-il pas attribué la fréquence de la colique par la céruse à l'activité de cette substance, sans songer à son usage grand (Brachet) ?

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