‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 101 sur 150 · BASE DU PORTAIL LATÉRAL DU CLOCHER SUD · texte numérisé non relu

BASE DU PORTAIL LATÉRAL DU CLOCHER SUD

buter à droite sur le contrefort central du clocher, au lieu de s'appuyer sur le sommier comme de l'autre côté. J'en avais conclu que la retombée de cette moulure n'avait pas été prévue à l'origine. M. Mayeux constate que son premier claveau de droite est taillé dans l'assise même du contrefort

central, mais il suffit de regarder attentivement ce raccord très maladroit, destiné a éviter le glissement des claveaux, pour voir que cette pierre a été relancée après coup. En perçant le petit portail de la tour du nord, l'architecte a préféré entailler deux assises du contrefort d'axe pour le même motif, comme je l'ai dit plus haut.

Pour éviter le décollement des deux colonnes de la porte percée dan< la tour sud, le maitre de l'œuvre les fit tailler dans des assises de même hauteur que celles de la tour qui furent relancées de façon à faire coïncider les lits. mais, à droite, il n'évita pas l'inconvénient de faire un long joint vertical contre le contrefort central. Au xne siècle, les architectes du Beau- \ aisis, qui ont voûté d'ogives après coup les nefs des églises de Bury et de Cambronne par exemple, prenaient les mêmes précautions pour dissimuler le placage de colonnettes contre des piles plus anciennes. La voussure en plein cintre de la porte en question, qui retombe sur un bandeau mouluré dans l'épaisseur du mur. fut soigneusement raccordée avec les assises horizontales à l'extérieur et à l'intérieur.

Une autre preuve du percement de cette porte après coup se déduit de la disposition de ses marches. L'arcature voisine, à droite, est précédée de deux gradins qui mesurent chacun 0™ H1 de hauteur: on ne saurait donc les assimiler a des marches. Or t\c> gradins semblables existaient à l'origine du côté gauche au pied d'une arcature correspondante, comme sur la l'ace occidentale de la tour, mais quand on a percé le portail, on les a entaillées pour les transformer eu marches. La preuve de ce travail se voit sur la pierre et aux deux bouts de chaque marche qui font corps avec les assises de la tour dont la hauteur est égale à celle des anciens bahuts. Si les marches avaient été prévues à l'origine ou remplacées à L'époque moderne, elles viendraient se coller simplement contre le soubassement du clocher au lieu d'y pénétrer en faisant une encoche. Enfin, à gauche, on voit comment le troisième bandeau mouluré de la tour fut coupé pour encastrer la base de la colonne. Ce bandeau fut supprimé à droite sur l'assise du socle et sur le retour du contrefort dont le premier bandeau se trouve également pioché. Ainsi l'architecte de la tour du sud n'avait pas du tout l'intention d'ouvrir un portail au midi en élevant l'étage inférieur.

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Comme M. Mayeux affecte de croire que j'ai été mal renseigné ou que je me laisse tromper par mes propres yeux, j'ai voulu soumettre mes observations personnelles sur le percement de ce portail à M. Venancie, chef du chantier de la cathédrale, qui en a reconnu l'exactitude. Il partage également mon opinion et celle de M. Merlet sur le contrefort d'angle de la tour du nord, qui fut diminué de 0m 10 quand on a remonté les trois portails de la façade dont le déplacement ne fait pour lui l'objet d'aucun doute. Je tiens à le remercier de m'avoir fait profiter de ses connaissances techniques et de sa longue expérience.

Ce qui est difficile à expliquer, c'est la disposition particulière de la grande arcature de droite sur le côté sud de la tour méridionale. Elle repose au fond sur deux colonnettes primitives et sa voussure en plein cintre, garnie de trois tores, vient retomber sur deux colonnettes et sur des piédroits très saillants, ce qui lui donne une profondeur tout à fait anormale par comparaison avec les arcatures en tiers point de la face de l'ouest qui sont beaucoup plus basses. Ce faux porche, surmonté d'une arcature à double archivolte, était-il destiné à former le cadre de certaines cérémonies ou de la représentation des u^stères? Serait-ce pour ce motif qu'il est flanqué d'un verrat qui file et d'un âne jouant de la vielle qui est assis sur une console garnie d'une figurine et d'un diable? Ces curieux animaux sont des débris plus anciens que le clocher. Ils furent posés en même temps qu'on montait la tour et ne paraissent pas avoir été incrustés après coup dans ses assises. Quant à l'ange du xne siècle encastré après coup à l'angle sud-ouest du clocher, il tient un cadran solaire daté de 1578, mais à l'origine il devait être appliqué contre une colonne dans un portail.

La question du porche

Au moment de sa construction, le clocher sud était dégagé au midi, à l'ouest et au nord, tandis que le bas côté méridional prolongé au xne siècle venait buter contre sa face de l'est, comme le prouvent la petite porte en plein cintre qui faisait communiquer le comble de ce collatéral avec la cage de la tour et le solin en saillie sur les assises du clocher qui indique la pente de la toiture au xne siècle. M. Mayeux pense

au contraire que le clocher sud fut bâti contre un porche déjà existant. Dans ma première étude sur les façades de la cathédrale, j'ai indiqué comment la découverte d'un gros mur de façade enfoui derrière les tours dans la première travée de la nef m'avait décidé à reporter sur cet emplacement les trois portails romans de la façade et à restituer un porche recouvert de trois voûtes d'ogives entre cette première façade du xne siècle et celle de la cathédrale de Fulbert1. M. Mayeux suppose qu'un porche surmonté de six voûtes d'ogives s'élevait entre les deux tours, c'est-à-dire derrière la façade actuelle qui n'aurait jamais été déplacée. Ce porche, bâti peu de temps après la tour du nord, aurait été ouvert également du eôté sud avant la construction de la tour méridionale qui aurait entraîné la suppression de sa face latérale.

Voici les raisons qui m'empêchent de conclure a l'existence d'un porche voûté entre les deux tours. Sans insister pour le moment sur ce fait que la décoration des trois portails et des fenêtres de la façade porte l'empreinte d'un art beaucoup plus avancé que les cbapiteaux, les tailloirs, les bases et les archivoltes des étages inférieurs de la tour du nord, ce qui exclul la possibilité de faire remonter à la même période du xii' siècle la façade et le clocher nord, je m'appuierai d'abord sur les fondations du gros mur K. épais de 3m35, qui se trouve dans l'axe des deux tours et que j'ai mis à découvert en 1901 et en 1903. Un porche, tel que M. Mayeux le conçoit, aurait eu nécessairement sur cet alignement deux piles isolées qui auraient ete fondées sur un massif carré et non pas sur un gros mur flanqué de quatre contreforts.

D'ailleurs, on n'a rencontré aucune substruction entre le mur de la façade primitive du xir siècle mis au jour dans la première travée de la nef et le gros mur enfoui dans l'axe des deux clochers. Rien ne prouve donc l'existence de piles intermédiaires dans l'alignement qui relierait les deux bases A et B coupées au niveau du dallage'2 au pied des deux faisceaux de colonnettes du XIIIe siècle plaques a l'angle dedeux tours. Enfin, même en supposant que ce porche eût été

1 Mémoires <le lu Société, t. XIII. p. 13 et 33.

- Cf. Û-. 2 et 11.

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