Voir ci-dessus, p. 24, note
:. A signaler plus tard (vers 1342) le tableau représentant une entrevue du dauphin, le futur roi Jean le Bon, avec le pape Clément VI. Ce tableau est détruit mais nous en possédons une image dans le Recueil de Gaigtiières (cf. P. Durrieu, op. cit., p. 109).
3. On connaît un psautier manuscrit picard, attribue à la fin du xm* siècle, dans lequel plusieurs personnages sommairement dessinés dans les marges sont nommés par une inscription à coté : Agnès de Hanin, Jehan de Sens, Monseigneur Robert d'Oisi, Medemisele de Chuingnoles, etc. (Bibliothèque nationale, ms. latin 10435; — cf. Catalogue de l'Exposition de portraits peints et dessinés du xnie au xvir siècle, Paris. 1907, n° 2. p. 2). Surtout il y a la miniature où figurent les portraits de Marie de Brabant
Mais, encore que l'exécution de la peinture ait été ordonnée par le roi Philippe ou par le comte d'Evreux, l'artiste fut de toutes façons un des peintres de la Cour de France. Justement, bien des détails concernant ceux-ci ont été découverts grâce aux recherches opérées durant ces dernières années dans les archives, notamment par Bernard Prost1.
Nous nous contenterons de donner ici la liste que nous avons dressée d'après les travaux les plus récents; les nomsd'artistes y figurent en regard des dates auxquelles ils apparaissent pour la première fois dans les documents actuellement connus.
1292. — Jean d'Orléans.
Evrard d'Orléans.
Jean Pinon.
1298. — Etienne d'Auxerre.
1804. — Philippo Bizuti.
Jean Bizuti, fils du précédent.
Niccolo de Marsi.
i3 17 . — Jean de Locre.
1820. — Pierre de Bruxelles.
i32i. — Jean d'Auxerre.
i322. — Jean d'Auteuil.
de Blanche de France, de Jean II de Brabant et du ménestrel Adenet le Roi, exécutée en 1285, et dont M. Henry Martin a pu dire : « C'est là, à notre connaissance, le plus ancien essai de véritables portraits que nous ait légué le moyen âge, à partir de l'avènement des Capétiens. Vu à la loupe, le visage de chacun des personnages représentés ici est tout à fait caractéristique. » (Catalogue cité, n° 118, p. 62). Cette peinture est attribuée à un enlumineur parisien (cf. Henry Martin, Cinq portraits du xm' siècle, dans Recueil Je Mémoires publié par la Société des Antiquaires de France, 1904, p. 269-279). Cette image a d'autant plus d'intérêt pour nous qu'elle représente Marie de Brabant, la reine-amazone de notre peinture : voir ci-dessus, p. 25.
1. Recherches sur les peintres du roi antérieurs au règne de Charles VI, dans les Études d'histoire du moyen-âge dédiées à Gabriel Monod (Paris, 1896), pp. 389-403.
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Il existe peut-être quelque part des œuvres de ces artistes, mais du moins on les ignore, et si parmi les peintures connues il en est une qui aurait dû leur être attribuée, elle ne représente pas en tout cas une scène historique. A ce point de vue, la peinture d'Etampes ne peut être comparée à aucune autre. L'artiste d'Etampes ou l'un de ceux que nous venons de nommer avec lui, ont exécuté ailleurs, dans le même temps, d'autres peintures d'actualité; je crois le fait indubitable. Mais de toutes ces œuvres présumées, il ne reste rien. La destruction, partout accomplie des palais royaux qui furent debout au xive siècle, explique notre pénurie de grandes compositions décoratives contemporaines. Le palais d'Etampes, tout seul, nous laisse contempler son tableau unique, exactement vieux de six cents ans.
Mon avis est que la peinture d'Etampes est l'œuvre d'un artiste national encore imbu de certaines traditions étrangères1 devenues depuis longtemps françaises, mais dont le style de composition et les procédés de coloris ont subi une action transformatrice puissante et en somme très salutaire.
L'influence italienne parait nulle, bien qu'il y ait eu à cette époque et antérieurement des relations artistiques entre les deux pays : en 1298, le peintre Etienne d'Auxerre avait été chargé d'une mission à Rome par le roi Philippe le Bel, et trois peintres italiens (de Rome) ont travaillé à la cour de Philippe le Bel.
1. Dans les draperies notamment, on trouve encore un souvenir de stylisation.
On ne peut nier que les Français eurent, eux aussi, certaines initiatives que la découverte étampoise confirmera.
L'art de la peinture murale, qui étalait ses gracieuses colorations et ses douces « histoires » sur tous les murs des églises italiennes, aurait été utilisé d'abord en France pour les demeures princières. « Au témoignage d'un écrivain qui ne peut être sus- » pect puisqu'il était italien de naissance, Brunetto » Latini, on connaissait déjà en France le luxe des » chambres peintes, alors que ce raffinement était » encore ignoré de l'Italie '. »
Farcheville, situé à dix kilomètres d'Étampes dans la direction nord-est, est un grand et magnifique manoir seigneurial assez bien conservé, avec murailles d'enceinte à mâchicoulis, grande salle2 à charpente apparente et chapelle.
Sa construction est due à un personnage considérable, Hugues II de Bouville, chevalier et chambellan de Philippe le Bel.
Le frère de Hugues II était valet de chambre du roi. Son fils Jean II fut chambellan. Son autre fils Hugues III le fut également sous Philippe le Bel et sous Louis X. Enfin le fils de Hugues III,
i. Paul Durrieu, dans l'Histoire de VArt, III, p. 106.
2. Cette salle possédait une frise peinte de blasons à 4 mètres 10 de hauteur au-dessus du sol, et sous cette frise se déroulait un bandeau de rinceaux. La salle, qui n'a plus que 20 mètres de long aujourd'hui, en avait jadis environ 24 : elle a été dernièrement raccourcie d'une travée.
Charles', devint conseiller et chambellan de Charles V; un peu plus tard, un autre petit-fils de Hugues II, Olivier de Clisson, était connétable.
Dans cette curieuse demeure, close comme une bastille, et dont nous connaissons parfaitement la date (1291)2, il existe une chapelle, ornée de peintures3, seulement fondée en 13044. Sa grosse charpente est dissimulée, selon une manière commune dans les monuments civils ou religieux du même temps, sous une voûte à berceau brisé en bois dont la belle surface, divisée en caissonnements, fut entièrement décorée3.
La voûte est divisée en quatre travées, puis en six voussures dans chacune desquelles se trouvent huit caissonnements ou panneaux. Cela constitue donc un grandiose ensemble de cent quatre-vingt-
1. On trouvera des renseignements intéressants sur un frère de Charles et sur toute la famille de Bouville en gênerai, avec reproduction de leurs sceaux, etc., dans une brochure de M. Henri Stein : L'affaire de Villemaréchal, in-8°. A. Picard. 1898, extrait des Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais.
2. Inscription de l'époque au-dessus de la porte d'entrée de la grande salle. Aujourd'hui presque effacée, elle nous a été transmise par Fleureau qui a pu la relever quand elle était encore intacte, au xvir5 siècle (ouv. cit., p. 608). La date est encore confirmée par toutes les circonstances de l'histoire (cf. Fleureau, p. 601 et suiv.).
3. En plus de la peinture du plafond dont je parle plus loin, les murs de la chapelle, dans leurs parties basses, étaient cachés par une imitation de tentures dont on découvre encore les vestiges.
4. Confirmation de l'archevêque de Sens (Fleureau, Ibid., p. 608-610).
5. La chapelle a 14 mètres :o cent, de longueur, sur 5 mètres ~5 cent. de largeur. — Exemples de voûtes lambrissées dans Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture, art. Salle, fig. 4, 6, 8; — C Enlart. Manuel d'archéologie française, t. I. fig. 246; t. II, fig. 167. — M. Enlart cite des salles du même temps ainsi plafonnées dans l'ancien palais épiscopal d'Auxerre, dans la « Diana » de Montbrison {lbid., t. II, p. i58).
douze panneaux contenant chacun l'image d'un ange musicien au nimbe doré'.
Les anges sont séparés entre eux, sur les côtés, par des écus vides d'armoiries, et s'alignent les uns au-dessus des autres, entre les pièces apparentes de la charpente, exactement comme les figurines de pierre dans les voussures des portails.
Cet orchestre céleste complétait vraisemblablement une scène apocalyptique, ou peut-être simplement l'image de l'agneau mystique, aujourd'hui disparue, qui devait orner le fond de la chapelle en formant retable.
Beaucoup des panneaux manquent ou sont partiellement mutilés : cependant une quarantaine subsistent encore intacts.
Comme les anges sont tous figurés occupés à jouer de divers instruments, la décoration de Farcheville constitue, pour l'histoire de la musique, un document très important.
Dans l'étude très sommaire que j'en ai faite, j'ai distingué les instruments suivants : flûte simple, dite traversière ; flûte jumelle à tubes inégaux ; flûte droite ou claronceau ; harpe-cythare; rote; viole; rebec ; tambours ; triangle ; cymbales ; clochette passée dans une tringle et frappée avec un bâton (?).
2. Ce fut longtemps la mode de peindre des légions d'anges au plafond ou sur les murs verticaux. M. Paul Durrieu en cite plusieurs exemples tout à fait remarquables : i° peinture faite en l'honneur de la reine, par ordre de Charles V; les anges chantent et jouent des instruments; 20 peinture commandée par le roi Jean le Bon, vers i35o, pour orner le mur de l'oratoire dans le château du Vaudreuil (comte P. Durrieu, ouv. cité, p. 112 et 109). Citons encore le plafond de la chapelle de Jacques Cœur, à Bourges.
— oq —
Je n'ai pas tout vu. Aussi ce nombreux orchestre et son luxe d'instruments nous rappellent-ils que la musique était fort goûtée à la cour de Philippe le Bel, puisque les chroniques nous ont conservé les noms de trois artistes favoris : Adenet, Jonglet et Muset1.
Mais c'est l'aspect de l'œuvre qui nous intéresse le plus ici.
Tout d'abord, la couleur en est fraîche et délicate. Par sa tonalité, l'effet d'ensemble devait être charmant. Malheureusement, je n'ai pas pu l'étudier de près, et je suis incapable de parler avec certitude de l'état de conservation de la peinture et des procédés dont l'artiste a fait usage.
Quant au style, si l'artiste s'est efforcé de varier les attitudes des anges, l'uniformité de son œuvre dans les sujets indique son peu d'imagination : il a, pour ainsi dire, fait un semis d'anges comme il eût exécuté un semis d'étoiles.
Si toutefois la division en compartiments de la surface à peindre n'est pas ce qui l'a obligé à choisir son programme à l'exclusion d'un autre plus varié, l'artiste n'avait pas, semble-t-il, le talent voulu pour
i. Adenet est le ménestrel peint, instrument en main, dans la principale miniature du ms. 3142 de l'Arsenal, et dans plusieurs autres. — J'ai vu les trois musiciens présentés quelque part comme joueurs de vielle à roue : mais c'est une grossière erreur, il s'agit simplement de viole ou de rebec. — Tout le moyen âge semble avoir montré un goût très vif pour la musique et pour ses instruments variés que les peintres et sculpteurs reproduisaient en toute occasion. Le ms. 3142 contient lui aussi de nombreuses images d'instruments, outre que le poème d'Adenet fournit sur ceux-ci des indications très précieuses, comme l'a signalé M. Henry Martin. — Cf. Les instruments de musique au xiv siècle d'après Guillaume de Mâchant, par E. Travers {Réunion des Beaux-Arts des Départements, V, pp. 189-325).
décorer une grande surface avec ingéniosité et largeur de vue. C'est un enlumineur de lettrines qui a donné plus de dimension à des personnages alignés dans des cases nombreuses. Il a agi en suivant encore les vieux principes de l'art byzantin : les ailes des anges, toutes semblables, sont stylisées à l'excès1 ; les visages ont des physionomies conventionnelles sans écart aucun, et le maniérisme le plus décadent singularise les gestes.
Ce qu'était chez nous la grande peinture monumentale au xme siècle, je crois que personne n'est actuellement capable de le dire, soit parce que les documents écrits manquent ou n'ont pas encore été convenablement dépouillés, soit parce que les œuvres sont détruites et que l'incertitude règne sur l'époque précise des rares vestiges subsistants. L'histoire définitive de la peinture Française avant et après saint Louis reste encore à faire. La décoration de Farcheville servira donc à l'éclairer, car elle parait être une des dernières manifestations de l'art des couleurs, tel qu'il avait été florissant pendant trois ou quatre cents ans, tel qu'on l'admirait encore à la Cour de France au commencement du xive siècle2.
A Étampes, au contraire, quelques années plus tard, nous trouvons un spécimen de peinture totalement différent. Nous voyons un acheminement vers
i. Je connais à Toulouse des anges aux ailes pareillement stylisées, dans la chapelle Saint-Antonin, ancien couvent des Jacobins (ire travée, côté nord et ouest).
2. Nous ne parlons ici que du style dont les transformations ont été peu apparentes, mais il doit y avoir eu une beaucoup plus notable amélioration des procédés de peinture et de l'emploi des couleurs.
le réalisme et vers le portrait. C'est le grand tableau d'histoire qui fait son apparition : un seul sujet avec une figuration variée et nombreuse pour une grande surface, au lieu de la répétition fastidieuse d'un seul et même modèle dans des tableaux séparés. L'artiste entrevoit à peine les effets de la perspective; mais néanmoins il essaye de grouper, il pressent les ressources de la composition large, simple et savante. Et en résumé, Farcheville et à Etampes, nous nous trouvons en présence de peintures exécutées à quelques années de distance, qu'il est facile de comparer, et qui doivent demeurer de précieux sujets d'études pour quiconque veut rechercher les premières et encore rudimentaires manifestations d'un art s'acheminant, étapes par étapes, vers les chefs-d'œuvre.
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L'ANCIEN PALAIS ROYAL
ÉTAMPES
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PEINTURE HISTORIQUE
(XIe ET XIVe SIÈCLES)
Rapport présenté à la Commission Départementale des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise
(Avec cinq Figures ou Plans) PAR
Louis-Eugène LEFÈVRE
Membre de la Commission
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PARIS
Alphonse PICARD et Fils, Éditeurs
Libra.es des Archives Nationales et de ,a Société de .Ecole des Chartes
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L'ANCIEN PALAIS ROYAL
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PEINTURE HISTORIQUE
(XIe ET XIVe SIÈCLES)