L.-Eug. LEFÈVRE
CONSERVATEUR À LA BIBLIOTHÈQUE D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GATINAIS
PARIS
ALPH. PICARD ET FILS, ÉDITEURS 82, Rue Bonaparte, 82
(Extrait des Annales de la Société historique et archéologique du Gàtinais, année igi3.)
Tiré à 60 exemplaires.
NOTE BIOGRAPHIQUE
SUR
MAITRE JEAN HUE
D'ÉTAMPES
(XVe siècle)
ean Huë, originaire d'Étampes, fut remarquable comme savant et comme personnage ecclésiastique. Pour ce motif, il mérite d'être mieux connu de son pays natal auquel il est resté fidèle jusqu'à la mort. Mais en outre, sa générosité et sa piété s'y sont manifestées d'une manière si curieuse qu'on éprouve le besoin de se renseigner sur l'individu et sur son caractère.
On ignore la date de sa naissance que dans mes nombreuses recherches je n'ai trouvée consignée nulle part. Il appartenait à une riche famille de bourgeoisie d'Etampes qui a fourni plusieurs dignitaires ecclésiastiques dans la ville même et dès le commencement du xvc siècle. Au xvie siècle, les membres de la famille Huë apparaissent dans le conseil communal nouvellement créé1.
i. J'ai fourni la liste des membres de la famille de Jean Hue, ou présumés tels par leur nom, que j'ai rencontrés (Œuvres d'art diverses disparues ou existantes dans les églises d'Étampes; Paris, A. Picard, 1912, p. 19).
La date de la mort de Jean Huë peut être approximativement fixée le 20 janvier 1488 ou mieux 1489.
L'historien étampois dom Basile Fleureau a vu, au xvne siècle, dans le chœur de 1 église Notre- Dame, devant le maître-autel, la pierre gravée sous laquelle Jean Huë était enterré : il a lu l'inscription qui donnait les titres du défunt « avec le jour de son deceds », dit-il. « qui fut le xx de janvier : le chiffre suivant est rompu ». Il ne parle pas de la naissance et ne mentionne non plus aucun âge1. En i836, un autre écrivain étampois. Maxime de Montrond, prétendit avoir retrouvé la dalle : <? Quelques fragments de ce marbre, dit-il, se trouvent encore sur les marches qui sont à l'entrée du chœur de l'église. On y découvre, après bien des efforts, les noms et les titres de l'homme illustre dont nous venons de parler2. »
Outre la pierre tombale de Jean Huë, le chœur de l'église Notre-Dame d'Etampes contenait encore une plaque eommémorative rappelant que, avant l'année 1477, il avait fondé un salut solennel en l'honneur de l'Annonciation, et à cette date une fête en l'honneur de la Visitation de la Vierge et de sainte Elisabeth, et une cérémonie pour son anniversaire, par anticipation celui de sa mort, je présume. Cette plaque dernièrement retrouvée3 et la pierre tombale
J'ai commis une omission que je m'empresse de réparer : Pierre Hue, drapier, et Ferry Hue. sont cités dans le Compte de fabrique de i5i3-i5i5 (publié par Max. Legrand, Annales de la Société archéologique du Gàtinais, 1907. p. 80).
i. Les Antiquitez de la ville et du duché d'Estampes (Paris, i683>, pp. 189-190.
2. Essais historiques sur la ville d'Etampes (i836-i83~), t. II, p. 3o.
3. Ibid., p. 189, Fleureau indique la plaque comme étant en marbre
portaient les titres des éminentes fonctions occupées par Jean Huë, et Fleureau nous les a transmises : Docteur en théologie, doyen de la Faculté de Théologie, chanoine de Paris et de Reims, grand doyen de Sens, pénitencier de l'Eglise de Paris, et curé de l'église Saint-André-des-Arcs, à Paris.
Comme son parent, Cantien Huë', d'une quinzaine d'années plus jeune que lui, Jean Huë fut élève et professeur au collège de Navarre, ci-devant
probablement par erreur, car celle que feu M. Charles Forteau a fait entrer au Musée d'Etampes est en pierre et rien ne permet de supposer que ce ne soit pas la même. C'est une petite dalle grise mesurant 52 centimètres de hauteur sur 5o de largeur. L'inscription gothique, qui n'est pas au centre, couvre une surface rectangulaire de 38 centimètres de hauteur sur 42 de largeur; Fleureau ne l'ayant pas relevée avec précision, nous la publions à nouveau :
Maislre jehan hue docteur en théologie doyen de la faculté de théologie, chanoine de paris et de Reims, et grand doyen de Sens. M.CCCCLX.W'II. fonda en cestc Église. Le grant Couvrefeu ou Salut par parsonnages. El la nouelle feste de la visitai ion noslre dame et scie hélisabeth. Et son anniversaire. Dieu lui rétribue. Amen.
Le mot « nouvelle », omis par Fleureau, indique que la cérémonie du salut avait été fondée antérieurement.
l. Il appartint fort longtemps au collège Je Navarre, d'abord comme boursier, puis comme professeur. L'année "de son admission dans la section des Arts est 1456. Cependant je le trouve cite une seconde fois exactement au même titre en 1401 : une erreur est évidente. Je suppose, comme il est note en 1461 le premier sur la liste immédiatement après le Magister arlistarum, qu'il fut inscrit cette seconde fois eu qualité de submagister, et que l'indication a été oubliée. (Joannis Launoii [De Launoy], Constantiensis paris, theologi regii Navarnv gymnasii paris. Hisloria (Paris, 1677, p. 2i3). En 14b"., il passe magister grammalicorum quorum nomina desideranlur » : la note est exceptionnelle et paraît indiquer la pénurie de professeurs parmi les grammairiens; je ne le vois pas remplacé avant 1471 (Ibid., p. 214). En 1(77, il devient professeur en théologie (Ibid., p. 216).
Je trouve ailleurs d'autres renseignements. Il est né, dit-on, en 1442. En 1470. il a été nommé procureur de je ne sais quel ordre. Le 10 octobre 1478, il est nommé recteur de l'Université. Entraîné dans l'ordre monastique de Fontevrault, il devient prieur de l'Eucloitre (Gironde). en 1485. En 1S01, on le trouve visiteur de sou ordre. Il mourut à Paris, au couvent des Filles-Lieu, dépendance de Fontevrault, le 4 avril i5<o. et
collège de Champagne1, à Paris. Il obtint son admission, comme boursier, dans la section de théologie en 1443. En 1447, il fut désigné magiste?-, c'està-dire professeur pour la même science2.
Par un oubli qui semble immérité, Jean Huë n'est pas mentionné parmi les illustres Navarristes qui se distinguèrent à la Sorbonne, dans l'ouvrage de l'abbe P. Peret3. En 1464, Charles VII décida une grande réforme du collège, et nous ne voyons pas qu'il y prit part. Mais nous avons connaissance de donations qu'il fit à la bibliothèque de rétablissement : son attention à combler des lacunes dans
fut enterre là. Piganiol de La Force a transcrit son épitaphe, toutefois avec une exactitude un peu douteuse :
Cy gist Cantien Hue. digne de mémoire
Du monde, de la chair, du diable ayant victoire
De louable vie et céleste conversation
Lequel, à mil cinq cens et deux
De saint Ambroise le jour et feste, Sexagénaire et vertueux Rend l'esprit, élève la teste.
(Aug. Molinier, ouv. cité, t. 1. p. 733; — Bulaeus, ouv. cité, t. V, pp. 869 et 88g; — Dict. de Moreri; — Bigault de Fouchéres, Tablettes hislor. sur Ètampes et les environs. Etampes, 1876, in-8°, p. 24; — Léon Marquis, Les rues d'Étampes et ses monuments, Etampes, 1881, p. 067; — Piganiol, Description de Paris et de ses environs).
1. Ce célèbre établissement fut fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, femme de Philippe-le-Bel. Notre École polytechnique qui s'est établie sur son emplacement ne brille peut-être pas d'un éclat plus vif que le sien. Tous les écoliers, au nombre de 70, étaient boursiers, divises en grammairiens (20), théologiens (20) et élèves ès-arts (3o); mais des permutations fréquentes faisaient passer facilement des élevés d'une classe dans une autre pour compléter leurs études en toutes sciences. Le collège de Navarre fut à un moment donné très recherché par la noblesse; en i568, trois princes, tous cousins, tous appelés à devenir illustres, s'y rencontrèrent : Henri de Valois, plus tard Henri III; Henri de Bourbon, plus tard Henri IV. et Henri de Guise. Ronsard et Bossuet furent également des boursiers de Navarre.