‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 24 sur 150 · Bibl. nat. Collection de Picardie, t. CLXV, fol. 133 v · texte numérisé non relu

Bibl. nat. Collection de Picardie, t. CLXV, fol. 133 v

et des piles cantonnées de colonnettes qui entraînait nécessairement la construction de grandes voûtes d'ogives établies sur deux travées et détruites par l'incendie de 1293. Le plan si particulier des supports s'explique par une influence germanique ou normande. Les architectes normands élevés à l'école du célèbre Lanfranc avaient emprunté eux-mêmes cette disposition aux constructeurs de la Lombardie pour l'appliquer peut-être pour la première fois dans la nef de l'église abbatiale de Jumièges, consacrée le 1er juillet 1067 par Maurille, archevêque de Rouen1. On en voit encore un autre exemple du xf siècle à Notre-Dame-du- Pré au Mans. L'alternance des piles et des colonnes jumelles ou isolées se rencontre également dans un grand nombre d'églises bâties en Allemagne au xie et au xne siècle, comme à Saint- Michel et à Saint-Godard d'Hildesheim, à Quedlimbourg, à Gandersheim, à Gernrode, à Surbourg, à Lutenbach, à Echternach et à Rosheim. Il faut signaler la même particularité dans la nei de l'église Saint-Nazaire de Carcassonne, voûtée en berceau brisé.

En Normandie et en Angleterre2, ce système était employé plus rarement au xne siècle, car beaucoup d'églises furent voûtées après coup; mais, dans l'Ile-de-France et dans la Picardie, on n'en fit aucune application avant cette époque. Quand les architectes de la région voulurent lancer des croisées d'ogives au-dessus de larges nefs, l'alternance du pilier et de la colonne leur fournit un moyen pratique d'augmenter la force des supports au droit des grands doubleaux. Cette disposition, encore intacte dans la nef non voûtée de Berteaucourt-les-Dames (Somme) et dans la nef de la cathédrale de Sens, qui sont antérieures à celle de Notre-Dame de Noyon, fut adoptée plus tard à la cathédrale de Senlis, dans le chœur de Saint-Leu-d'Esserent, à Notre-Dame de Corbeil, et dans l'église d'Arcy-Sainte-Restitute (Aisne).

On a vu plus haut que les travaux de la nef de Notre-Dame de Noyon furent interrompus vers 1170 après l'achèvement des deux dernières travées et pendant la construction des deux travées précédentes. Quand les maçons se remirent à l'œuvre, les principes de la décoration des chapiteaux avaient déjà changé et

1. Orderic Vital, éd. Le Prévost, dans la Société de l'Histoire de France, t. II, p. 169.

2. Églises de Waltham-Abbey et de Northampton, cathédrale de Durham-

la flore grasse en usage à l'époque romane était remplacée par des crochets plats qui ressemblent à une feuille de plantain. On voit des crochets du même genre sur les chapiteaux du croisillon circulaire de la cathédrale de Soissons, construit entre 1180 et 1190, comme les six premières travées de Notre-Dame de Noyon.

Le nouvel architecte continua l'œuvre de son prédécesseur en diminuant le volume des grosses piles, en baissant le niveau des bases dont il modifia le profil et en supprimant les bagues des colonnettes, mais il respecta l'ordonnance générale des travées et des tribunes, sans briser les archivoltes des fenêtres et des arcatures de la petite galerie. Cette nef doit être considérée comme le prototype de celle de la cathédrale de Senlis, consacrée le 16 juin 11911 et complètement remaniée dans ses parties hautes après l'incendie de 1504. L'architecte de la cathédrale de Laon s'inspira également de ses principales dispositions.

Au mois de mars 1195, Etienne de Nemours fonda un cierge d'une livre qui devait brider jour et nuit dans le chœur devant la châsse de saint Eloi". Cette pièce constate que l'évêque avait acheté deux maisons pour ajouter une cour à l'évèché. Au commencement du xme siècle, la cathédrale possédait déjà son mobilier, car le chantre Jean Lebougre obtint la concession d'une stalle près de celle du chancelier dans le cours de l'année 12003. Le doyen Hugues de Coucy, mort avant 1207, avait fondé une chapellenie dans la cathédrale4 et il avait légué au trésor un diptyque en ivoire représentant la Passion du Christ5. En 1212, les chanoines donnèrent une relique de saint Éloi au chapitre de Notre-Dame de Paris. Etienne de Nemours fonda, vers 1215, les deux autels de Notre-Dame-de-la-Gèsine et de Saint-Maurice qui se trouvaient dans les chapelles rayonnantes6. Au mois de mars 1217, il notifia deux ventes faites pour l'entretien des deux chapellenies établies dans la cathédrale par feu le doyen Jean Lebougre 7.

1. Gallia christiana, t. X. Instrum., col. 224. L'évêque de Noyon, Etienne de Nemours, assista à cette dédicace.

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