‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 96 sur 150 · FOUILLE AU PIED DU CLOCHER SUD · texte numérisé non relu

FOUILLE AU PIED DU CLOCHER SUD

A. Ventre del.

nord et elle serait antérieure au clocher sud. Sa date se placerait entre 1135 et 1145. Au lieu de la regarder comme une façade provisoire établie pendant le démontage des trois portails pour fermer la cathédrale, suivant ma première opinion, je crois qu'elle correspond à un projet abandonné

en cours (l'exécution. L'architecte qui éleva derrière les deux tours la première façade du xne siècle, dont les trois portails romans et les trois fenêtres faisaient partie, aurait songé tout d'abord à l'avancer vers l'ouest en bouchant l'une des entrées de la chapelle basse du clocher nord. mais, quand la construction de la tour du sud fut décidée, il dut renoncer à poursuivre les travaux de cette façade, car un ne voit aucune trace de collage sur la pile centrale des deux tours où le mur serait venu buter.

J'ai dit que les fondations de ce mur mesuraient 3" 35 d'épaisseur. Or. celles de la façade actuelle, dont le mur est épais de 2m 15 au niveau du seuil, débordent de G"1 90 au revers des portails et ne doivent pas être inférieurs à 3m95. Néanmoins, grâce aux ressauts 0 et P. on pourrait transporter les trois portails sur le mur K, en trouvant la place nécessaire pour le développement des deux piles de la porte centrale, qui mesurent 3m 14 à la base dans leur plus grande épaisseur en y comprenant le socle de la colonne engagée du côté de la nef. mais on se heurterait à des difficultés d'agencement insolubles avec les piles qui séparent les deux entrées des chapelles situées sous les clochers.

La tour du nord

Dans son nouvel article, M. Mayeux répète un certain nombre d'idées fausses sur la date et sur les dispositions primitives de la tour du nord. Il suppose d'abord que ce clocher l'ut bâti dans les premières années du xn" siècle, tandis que sa construction ne doit pas avoir été commencée avant le grand incendie du 5 septembre 1134. Son opinion est en désaccord absolu avec la date des plus anciennes donations pour l'œuvre de la tour faites par l'archidiacre Gautier, qui mourut en 1134 et 1138. et par l'archidiacre de Blois. Ansgerius, dont le décès se place entre 1139 et 1142 '. Les expressions « ad opus turris. ad edificationem turris », qui se trouvent employées dans le nécrologe, prouvent bien qu'il s 'agissait alors de la construction d'une seule tour.

* De Lépinois et L. Merlet. Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. III. u. 124 et 131.

La présence de l'arc en tiers-point dans les arcatures et dans les archivoltes des baies de cette tour démontre qu'il faut éloigner plutôt que rapprocher sa date du commencement du xiie siècle. D'ailleurs on y travaillait encore en 1145 d'après le texte de Robert de Torigny « ecclesie cujus turres tune fiebant l » . Ce qui permettrait de vieillir la tour du nord, si l'on en croit M. Mayeux, ce serait la taille en arête de poisson visible sur quelques assises, mais il est inexact d'affirmer que cette taille cessa d'être employée vers 1100; elle persista au contraire jusqu'au milieu da xne siècle où l'usage de la bretture se répandit de plus en plus. Le profil assez lourd des bases indique simplement que cette tour est antérieure à celle du sud, mais l'absence de griffes ne prouve nullement que les colonnes du clocher nord furent appareillées dans les premières années du xne siècle, car les colonnettes des trois portails de la façade en sont également dépourvues. Enfin M. Mayeux cherche à fixer l'époque de la construction des tours de Chartres, en les comparant au clocher de la Trinité de Vendôme dont le beffroi aurait porté la date de 1163 et le nom du charpentier F. Brenière, d'après un rapport manuscrit de M. l'architecte Lenormand en 1841 2, mais rien ne prouve l'authenticité d'une pareille inscription. L'ancien beffroi de ce clocher, remplacé en 1872, n'était pas antérieur au xvie siècle, suivant l'opinion de M. Louis Martellière, architecte3 et il devait remonter à l'époque où l'abbé Antoine de Crèvent, mort en 1539, avait donné le gros bourdon.

Est-il vrai, comme M. Mayeux le suppose, que la voûte d'ogives de la chapelle basse du clocher nord ait été ajoutée après coup ainsi que les colonnettes d'angle ? Le profil de ses nervures, dont les trois tores sont engagés clans un dosseret central et dans deux angles rentrants, est plus archaïque que celui des ogives inférieures de la tour du sud, garnies do trois boudins et de gorges intermédiaires. En outre, sous le clocher nord, les nervures sont ornées de dents de scie sur

1 Historiens de la France, t. XIII, p. 290.

2 Archives de la Commission des Monuments historiques, Loir-et-Cher, n° 285, p. 7.

3 Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 1884, p. 200.

leurs faces latérales, comme les deux arcades en tiers point qui décorent cette tour du côté sud: c'est une preuve de l'unité de l'ornementation. Les colonnettes qui soutiennent les ogives et les formerets de la voûte ne l'on i pas corps avec la maçonnerie, mais on peut observer le même défaut de liaison dans les arcatures des faces ouest et nord de la même tour, au revers de la double entrée de la chapelle basse et sous la tour méridionale. Comme les assises des angles rentrants sont engagées dans le mur, l'architecte avait bien prévu l'emplacement de toutes les colonnettes.

Je m'étonne que M. Mayeux m'épargne une critique à propos de la petite porte ouverte après coup sur la face nord de la même tour, car il m'accuse d'ignorer des règles élémentaires de construction au sujet d'un percement identique pratiqué à la base de la tour du sud du cote du midi. Cette porte est encadrée à l'intérieur par un arc en tiers point, mais sa voussure en plein cintre traverse le mur obliquement et le cordon torique, qui encadre les claveaux à l'extérieur, vient s'engager à gauche dans deux assises d'un contrefort entaillées pour le recevoir, a 0m50 au-dessus du sommier. Les joints du jambage gauche de cette porte ne coïncident pas avec ceux de la tour, ce qui prouve un remaniement dont la date se place vers le milieu du xn" siècle.

La restitution que j'ai donnée de la face méridionale de la tour du nord était un simple croquis, mais elle m'a valu plusieurs critiques de la pari de mon contradicteur qui ne veut pas admettre l'isolement complel de la tour du nord à l'époque de sa construction et qui prête a M. Lanore des réticences purement gratuites ;i ce sujet. En effet, voici commeni s'exprime notre confrère dont je partage complètement l'opinion. « A la suite de l'incendie de 1134, on éleva en avant de la façade, vers le nord, un clocher unique tout à fait isolé, dans une situation analogue à celle du clocher de Vendôme*. » La figure qui accompagne le texte de M. Lanore exprime bien clairement sa pensée.

J'ai déjà développé les raisons qui m'ont l'ait rétablir deux arcatures en tiers point au rez de chaussée du clocher nord,

1 Reconstruction de In façade de In cathédrale de Chartres au XII siècle, dans la Revue de l' Art chrétien, i. XLIX, 1900, p. 32.

du côté sud, en suivant les traces laissées sur le mur par l'insertion de leurs claveaux dans les assises de la tour2. En les arrachant, on a créé une large rainure qui a été remplie avec du plâtre3. Cette remarque prouve que ces deux arca-

FOUILLES AU PIED DU CLOCHER NORD A- Ventre del.

turcs, dont les retombées communes venaient s'appuyer sur un gros chapiteau où deux griffons boivent dans un calice avaient été montées en même temps que la tour. D'ailleurs, une fouille faite le 1er mars 1901, au pied de la colonnette de droite A, dont la base est encore visible au niveau du dallage, a permis de constater que son socle est taillé dans une assise

1 Mémoires de la Société archéologique, t. XIII, p. 25.

-' Les bords de la rainure de gauche sont bien visibles sur la pi. I parce que je les ai pioches avec une hachette.

inférieure du clocher. Cette colomiette ne fut donc pas ajoutée après coup, quand on aurait construit le prétendu porche 411e M. Mayeux veut placer outre les doux tours. Quant à la colonnette de gaucho que j'ai restituée avec l'arcature en tiers point correspondante, on on trouverait -ans doute quelques traces dans l'épaisseur de la façade', car la retombée des claveaux pénètre dans le mur. La colonne d'angle E, qui se trouve actuellement derrière le tambour de la porto, fut posée par Jean de Beauce en 1519 quand le chapitre le chargea d'établir une tribune d'orgue. A quel archéologue M. Mayeux espère-t-il faire croire que je puisse confondre une colonne de la Renaissance avec une colonne du xiie siècle?

La théorie de M. Mayeux conduirait à admettre que les deux arcatures en tiers point dont on voit la trace furent utilisées plus tard comme dos arcs formerets par l'architecte du porche voûté, car elles n'ont pas été appliquées après coup et il ost impossible de nier le collage évident de la façade • entre le clocher nord. La restitution des contreforts do cette face de la tour soulève des problèmes plus délicats. On ne peut songer à faire porter le contrefort contrai sur le gros chapiteau aux doux griffons. Comme il est trop large, il viendrait masquer le boudin dos doux archivoltes qui encadrent l'entrée de la chapelle et la nécessité de faire pénétrer ses assises dans le mur aurait obligé l'architecte à affaiblir la retombée des claveaux, comme Jean de Beauce l'a fait en 1519 pour encastrer une chandelle en pierre tendre. En outre, la saillie totale de ses deux ressauts, qui est do 0m 59, dépasserait de 0m 33 le bord du tailloir.

On ne peut donc proposer que deux restitutions : ou bien le pied de ce contrefort s'engageait dans un contre-mur épais de 0m59, suivant ma première esquisse ; ou bien son ressaui antérieur, qui déborde de 0m37 sur le précodent. s'appuyait sur un solide corbeau, tandis que sa partie postérieure, en saillie de Om22 sur le nu du mur, comme les arcatures, venait s'engager dans l'écoinçon formé par la rencontre dos deux arcatures. Il ne faut pas s'étonner de voir

1 Cette colonnette est indiquée en pointillé dans l'état actuel de cette face du clocher, ûii. 6.

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