COLONNE D'ANGLE DU CLOCHER NORD
sous les baies du clocher.
La tablette moulurée qui vient buter contre l'astragale est un raccord posé au xme siècle et dépourvu de petites ilcut s de scie. L'arrachement, qui se trouve à la base du dosseret, à droite du glacis supérieur d'une des arcatures hautes encore intactes, marque le niveau du retrait destiné à loger le socle de la colonne engagée. D'ailleurs, la saillie du gros contrefort au niveau du sol était de lm 13, comme une fouille a permis de le constater.
Passons au contrefort de gauche englobé dans la façade. Au-dessus de l'appui de la fenêtre voisine de la tour du nord, on voit actuellement un retour d'angle à l'intérieur et trois décrochements du même genre à l'extérieur. Le mur de façade, dont l'épaisseur est de 2m 15, ne doit renfermer qu'un contrefort large de lm75 et un ressaut de 0m40 du côté de la nef où venait se loger la colonnette S de l'arcature de gauche V J'avais d'abord supposé que ce grand contrefort était flanqué d'une co-
lonne engagée, comme celui de droite, par une raison de
1 Cf. fie. 13.
symétrie, mais je n'avais pas prêté une attention suffisante à deux petits glacis visibles au dehors contre la façade, qui viendraient buter maladroitement sur le fût si on se décidait à le rétablir. Le second de ces glacis qui se trouve à trois assises au-dessous de la corniche du premier étage de la tour se répète sur les gros contreforts de l'ouest et du nord. Cette observation m'a conduit a supprimer la colonne engagée sur les deux contreforts englobés dans le mur de façade. En outre, comme la tablette qui passe sous les baies des clochers pénètre dans la façade à l'extérieur, il aurait fallu placer les chapiteaux de ces colonnes engagées à un niveau plus bas que les autres.
Une fouille sous le tambour du portail adossé au clocher nord, faite le 5 juin 1003, n'a pas permis de déterminer la saillie primitive du gros contrefort au niveau du sol, parce que sos assises de soubassement ont été arrachées, mais à l'extérieur, au niveau du tympan de la porte, on voit qu'il fut entaillé de 0UI 45 environ pour loger le moissonneur et le batteur séparés par le signe du cancer ainsi que la retombée du cordon de l'archivolte1. Le grand contrefort de l'ouest, donl la saillie est de 0m72 et la largeur de lm 87. n'a subi aucune modification. Il était séparé du contrefort sud par un simple ressaut qui a été pioché de 0m 10 sur sa face méridionale, comme je l'ai déjà dit, et qui mesurait à l'origine 0m4S sur ses deux entes. Aux angles nord-ouest et nord-est de la tour, les gros contreforts sont sépares par deux ressauts, mais si l'on rétablit cette disposition k l'angle sud-ouest, on réduit le contrefort du sud a lm25 de largeur, ce qui semblerait bien faible en comparaison des autres qui mesurent lm87.
Avant d'étudier la restitution de la face nord de la tour du sud qui fait pendant à celle dont je viens de parler, je voudrais élucider la question très importante du niveau du sol primitif entre les deux clochers. Au moment où la tour du nord sortait de terre vers 1135, le niveau du sol était de six centimètres plus haut que le pavage en grès qui se trouve au pied des marches de la façade. La première assise du contrefort de l'ouest, qui se trouve auras des pavés, présente
1 Cf. fif Lasteyrie. Etudes sur la sculpture française au moyen âfje, pi. II.
un cavet pioché sur la face principale, mais intact sur le côté sud contre la première marche de la façade. Ce cavet n'était pas destiné à être invisible. Je l'ai retrouvé au même niveau sous Le dallage dans une fouille faite au pied de la colonnette A le 1er mars 1001. Il se continue sur le mur à gauche de cette colonnette, mais il ne se retourne pas sur son socle dont le cavet est taillé dans la seconde assise. Comme la première assise du contrefort de droite, mise au jour dans la même fouille, est en saillie de lm52 sur le nu du mur et mesure 0m 20 de hauteur, il y avait sans doute deux marches sur cet alignement pour rattraper le pied de l'escalier qui montait au porche de Raimbaud devant la façade de Fulbert .
Pour restituer le socle de la colonne C de la pile centrale, dont le chapiteau est orné de deux griffons buvant dans un calice, j'ai fait creuser à son pied, le 24 aoûl L903, un trou profond de 0m78 jusqu'aux fondations de la tour du nord. Au niveau du dallage, on a retrouvé le cavet supérieur taillé dans une pierre de 0"'45 d'épaisseur et plus bas, dans une assise de 0m35. le cavet inférieur qui mesure 0m13 de hauteur et 0m10 de saillie. Ces cotes correspondent à celles des deux premières assises et des deux cavets inférieurs du contrefort de l'ouest. J'avais donc eu raison de rétablir deux assises sous le dallage actuel, contrairement à l'opinion de M. Mayeux. Fntre les fondations du clocher nord et le bord inférieur du premier cavet du socle de la colonne aux deux griffons, il n'y a que 0m22, mais cette hauteur devait se réduire à 0m10, en calculant l'épaisseur du dallage.
On peut donc évaluer àOm65 la hauteur du remblai qui fut établi contre la face sud de la tour du nord quand on a déplacé la façade. En poursuivant la même fouille sous l'arcade de la chapelle basse voisine de la façade, j'ai découvert, à 0m35 de profondeur, le seuil en pierre de Berchères qui donne le niveau primitif du dallage sous la tour. C'est une grande dalle qui arrive à lm 71 en avant de la grille, à l'angle G, presqu'à l'alignement du dosseret de la colonne C engagée dan- la pile centrale. Au xn* siècle, il fallait donc monter deux marches pour entrer dans la chapelle basse par l'une ou l'autre arcade, mais elles devinrent bientôt inutiles quand la construction du gros mur K dans l'axe des
tours entraîna la nécessité de rapporter des terres entre les clochers.
J'ai voulu connaître également l'ancien niveau du dallage au nord de la tour du sud. Le 5 juin 1903, j'ai fait pratiquer une touille à la base de la colonne D qui occupe l'axe de la pile centrale1. On a trouvé le cavet du socle enfoui au ras du dallage actuel et taillé dans une assise de 0m44 de hauteur 2. Comme les terres rapportées atteignent 0m65 d'épaisseur au bas de la l'ace sud du clocher nord, il faut en conclure que l'espace compris entre 1rs deux tours fut remblayé d'un pied quand on avança les trois portails. S'il y avait eu un porche entre les clochers, comme M. Mayeux le prétend, il aurait fallu dos marches pour y descendre après avoir gravi celles des trois portes, car on ne peut supposer que les glacis du soubassement des tours étaient enfouis sous le dallage à l'origine.
La tour du sud.
Il s'agit maintenant de discuter sur l'état primitif de la face nord du clocher sud 3. A mon avis, les traces des deux cintres surhaussés, qui sont visibles au-dessus des grandes arcades, correspondent à deux anciennes arcatures et non pas a des l'orinerets destinés a soutenir des voûtes d'ogives. Ces arcatures, dontla clef se trouve à un mètre plus haut que celle des arcatures en tiers-point qui leur font face sur l'autre tour, n'avaient pas été prévues dans le plan du soubassement du clocher méridional. J'avais d'abord supposé qu'on avait remonté d'une assise le gros chapiteau de la pile centrale et qu'on avait retaillé après coup les colonnettes engagées dans ses angles, car leur diamètre de OM2 jure avec celui des autres fûts placés au revers du pilier. Un nouvel examen m'a conduit a d'autres conclusions.
L'architecte avait d'abord monté un massif central dont les quatre pilastres étaient séparés par les colonnettes
1 Cf. fig. 3.
'-' En admettant un dallage épais de 0m 1:2, l'ancien niveau se trouverait à 0,u 32 de profondeur.
:! La restitution figurée p. 29, dans le t.. XIII des Mémoires de la Société archéologique porte, par erreur, cette légende : « Face sud du clocher nord». Il faut lire ; « Face nord du clocher sud ».