‹ Collected papers (volume 3)Chapitre 14 sur 23 · HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

34, lUIK DliMOI.OMHK, 34

Extrait du Bulletin Monumental. — Année 1912.

LE

Il est toujours intéressant d'écrire l'histoire d'une ancienne doctrine archéologique, parce qu'elle correspond à l'évolution des idées, et parce que ses origines, son apogée et son déclin peuvent se comparer aux trois phases de la vie humaine, mais le prétendu style de transition est d'une nature si fugace et inconsistante qu'il est souvent difficile de prendre ce fantôme corps à corps. Néanmoins, je crois possible de classer en deux groupes les multiples opinions émises par les archéologues sur l'époque où l'art roman et l'art gothique habitaient sous le même toit.

Dès l'année 1824, M. de Caumont était d'avis que la « transition de l'architecture romane ou à plein cintre à l'architecture gothique ou à ogives s'opéra de 1050 à 1150. » (1) En 1831, il considérait le roman de transition comme le style où apparaît et se développe l'ogive (2) — lisez l'arc brisé — mais il a mieux précisé sa pensée dans la première édition de V Abécédaire, datée de 1850. « L'époque de transformation, dit-il, qui s'appelle transition, a pour

(1) Essai sur l'architecture religieuse du moyen âge, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. I, p. 590.

(2) Cours d'antiquités monumentales, t. IV, p. 161 et 233.

limite le XIIP siècle. Les monuments de transition sont des monuments mixtes qui. tout en af)partenant au style roman, offrent pourtant quelques-uns des caractères dii style ogival. On désigne souvent ce style sous la dénomination de roman de transition » (1).

Ainsi, pour M. de Caumont. le style de transition est caractérisé par l'emploi de lare en plein cintre et de Tare en tiers-point dans le même édifice. 11 en donne comme exemples l'église de Saint-Germer. le clocher de Tracy-le- Val, la façade de l'église de Civray.

Dans la Monographie de Notre-Dame de Noyon, imprimée en 1845, M. Vitet exprime la même idée sous une autre forme : « Le caractère de transition résulte de la présence simultanée de l'ogive et du plein cintre, quelle que soit la part plus ou moins grande accordée à l'une ou à l'autre de ces formes, mais pourvu que l'ogive, au lieu de n'être qu'un accident isolé, contribue à modifier dans une certaine mesure l'effet architectural du monument »(2).

11 faudrait pouvoir citer les pages suivantes pour se rendre compte combien l'excellent style du grand écrivain masquait le néant de sa doctrine sur les raisons qui firent substituer l'arc brisé à l'arc en jjlnin cintre. On expliquait alors cette préférence par des raisons sentimentales, mais M. Vitet eut le mérite de faire observer que l'âge relatif des monuments de transition ne [)0uvait être déterminé (ju'avec une très grande prudence. « Le XII'' siècle, dit-il encore, est novateur et incertain : son esprit se reflète sur ses monuments » (3). Sous cette forme trop littéraire, il constatait l'inexpérience des premiers constructeurs gothiques, mais il n'avait pas compris que l'ère des tâtonnements était terminée quand l'architecte de Saint- Yvcd de Braine se mit

(1) Abécédaire on rudiment d'archéologie, p. 175.

(2) Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon, p. 82. (3> Ibid.. p. 80.

à 1 "œuvre. « En effet, dit-il, ses voûtes ont beau sélanccr vers le ciel, on croit y voir planer encore je ne sais quel souvenir de plein cintre qui les rabaisse vers la terre. En un mot, c'est encore l'époque de transition » (1).

En 1862, Daniel Ramée, qui avait été le collaborateur de M. Vitet, reflète dans son Histoire de l'Architecture les idées fausses de VioUet-le-Duc: « La cathédrale de Noyon, à son avis, le monument le plus complet peut-être de l'époque de transition, porte tous les signes du style qui marque le passage du plein cintre à l'ogive, le passage de lart de la main des prêtres dans celle des laïques » (2). Enfin, en 1879, M. Edouard Fleury exprimait la même idée dans l'un de ses ouvrages en définissant la transition d'une façon bien romantique « le mariage du vieux plein cintre et de la jeune ogive » (3).

L'opinion des archéologues anglais sur le style de transition est tout à fait conforme à celle de M. de Caumont,qui l'avait peut-être empruntée au vocabulaire de ses précurseurs d'Outre-Manche. Ainsi, M. Sharpe, qui enserre la transition entre les dates de 1145 et de 1190, la caractérise par l'emploi simultané des deux formes d'arc dans le même édifice (4). M. Prior consacre un chapitre de son ouvrage à la transition, sans la définir autrement que par un changement dans la forme des arcs, dans la structure et dans l'ornementation (5). M. Bond se contente de présenter comme exemples de ce style la nef de Fountains-Abbey, le chœur des cathédrales de Cantorbéry et de Ripon (6). où les arcs

(1) Monographie de l'église Nolre-Dnmc de Noyon, p. 107.

(3) Antiquités et monuments du département de l'Aisne, t. III, p. 116.

(4) It is cliaracterised by the simultaneous use in the same building of semicircular and pointed arches. Architectural parallels in the twelflh and thirteenth Centuries, 1848.

(5) Ilistory of cjothic art in Enyland, 1900, p. 83.

(6) Gothic architecture in England. p. 100 à 106.

en plein cintre voisinent avec les arcs brisés. Dautres archéologues ont donné la préférence aux expressions : semi norman, pointed noi-man, early english, pour désigner le même style. En étudiant les origines de larchitecture gothique. M. Dchio admet 1 existence d un style de transition en France, mais il fait observer que ce mot ne trouve aucune application en Allemagne , 1 .

Je me contenterai de réfuter sommairement ces théories qui dérivent toutes de la même manière d'envisager la transition. M. de Caumont estime que ce prétendu style est abandonné à la fin du XI I*" siècle, mais sa définition aurait dû l'obliger à franchir cette limite, car certains portails du XIIP siècle, comme ceux de Lizines (Seine-et-Marne) et de Montréal ^ Yonne j sont encore en plein cintre, ainsi que les formerets des voûtes d'ogives de la cathédrale de Chartres et de beaucoup d'autres églises de la même époque. On voit des arcs de la même forme sous le chéneau de la nef de la cathédrale de Rouen, autour de la rose occidentale de Notre-Dame de Paris et de la rose méridionale de la cathédrale dAmiens. dans les porches du transept de la cathédrale de Bourges. Comment faut-il appliquer la règle de mélange de lare en plein cintre et de lare brisé pour ranger une égalise sur la liste des monuments de transition? Cruelle énigme ! M. Vitet fait bien observer que cette catégorie ne comprend pas les édifices où l'arc brisé est un accident isol»'. mais dans ces derniers cas cest lare en ])lein cintre qu'il faut considérer comme une exception. La véritable proportion resterait donc encore à trouver, sil nétait pas tout à fait inutile de chercher la formule de cette mixture.

En effet, lare brisé n"a pas du tout modifié la structure des églises romanes : son usage constant peut même servir à caractériser les écoles de la Bourgogne, du Poitou et de

(1) Reperlorium fur Kiinslu'isscnschuft. l. X!X, 1896, p. 171.

la Provence au Xll" siècle, tandis que les architectes de la Normandie et de FAuvergnc continuaient à employer l'arc en plein cintre à la même époque dans la plupart des éléments de la construction. Quand la voûte en berceau brisé eut fait son apparition, l'arc en tiers-point offrit des avantages pour le tracé des doubleaux et des grandes arcades contiguës aux voûtes d'arêtes des bas-côtés, parce que toutes les clefs se trouvaient ainsi à la même hauteur, malgré la différence d'ouverture des arcs. Le même désir de nivellement décida par exemple les architectes du Poitou à encadrer un grand portail en plein cintre par deux arcades aveugles en tiers-point beaucoup plus étroites, pour leur faire atteindre le môme bandeau mouluré qui régnait sous les fenêtres occidentales. Pour le même motif, on voit, dans le chœur de la cathédrale de Noyon, des arcs en plein cintre dans les larges travées droites et des arcs brisés dans les travées du chevet, par suite de l'écartement inégal des colonnes.

Ainsi, la prétendue transition est une juxtaposition des deux formes d'arcs dans des proportions très variables, car les architectes ne renoncèrent à l'arc en plein cintre dans les fenêtres, dans les baies des clochers, dans les arcaturcs, qu'au commencement du XIIP siècle. Le domaine de la transition serait, en tout cas. limité à quelques provinces, et ne sutfit nullement à caractériser un style, puisque la plupart des églises où les deux formes d'arcs se rencontrent appartiennent à telle ou telle école, suivant le système de leurs voûtes, le plan de leurs piles et le style de leur décoration.

La façade de Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, serait un exemple du style de transition, parce qu'on y voit deux arcades en tiers-point, tandis que celle de la cathédrale d'Angoulême appartiendrait au style roman, bien qu'elles aient été bâties toutes les deux vers la môme époque. En réalité, ce sont deux façades romanes dont la décoration

dérive des mêmes principes. Au point de vue du synchronisme, la transition, telle que M. de Caumont, M. Vitet et les archéologues anglais la définissent, n'aboutit qu'à des résultats trompeurs et dépourvus de tout intérêt. Elle est le reflet d'une idée fausse qui consiste à voir dans l'emploi de l'arc brisé l'origine exclusive de l'architecture gothique.

Un second groupe d'archéologues plus modernes identifie les monuments de transition avec les premières églises gothiques du XIP siècle, parce qu'on y trouve encore des éléments de style roman ou des traces d'inexpérience. Ainsi, en 1894, notre regretté confrère, M. Anthyme Saint-Paul, définit la transition « le passage de la voûte d'arôtes romaine et romane à la voûte sur croisée d'ogives et à cintres brisés, normalement associée à l'arcboutant » (1). Il a reproduit cette définition dans la dernière édition de son principal ouvrage (2). A son avis, la transition ne s'est produite que dans rile-de-France. qui renferme des monuments « romano-gothiques ». Il croit pouvoir l'enserrer dans la première moitié du XII*^ siècle, parce que le chœur de Saint-Denis, consacré en 1144, marquerait la fin de l'évolution du style.

La première objection soulevée par ce système de classification, c'est qu'il semble impliquer l'existence d'une voûte intermédiaire entre la voûte d'arêtes et la voûte d'ogives, d'une forme transitionnelle entre l'arc en plein cintre et l'arc en tiers-point, tandis (jue ces quatre éléments, et surtout les deux derniers, sont simplement juxtaposés dans les églises du XIP siècle au nord et au sud-ouest de la France. En outre, le caractère essentiel des églises gothiques de rile-de-France contemporaines de l'abbatiale de Saint-Denis, c'est qu'elles étaient dépourvues d'arcs-bou-

(1) La Tninsition. dans la Rei>ue de l'Art Chrétien. ISiU, p. 47fi.

(2) Histoire wonmnentale de la France, p. 137.

tanis à l'origine. La définition de M. Antliyme Saint-Paul n(^ concorde donc pas avec les faits, et sa transition ne repose pas sur une base solide.

Dans l'excellent Manuel de notre confrère M. Knlart, qui renferme tant d'idées neuves sur l'évolution du style au moyen âge, on lit cette définition : « Le style de transition est un style g-othique imparfait où la voûte d'ogives est accompagnée d'autres voûtes et suit le plus souvent un tracé bombé, où les murs et les arcs-doubleaux restent épais, les arcs-boutanls absents ou dissimulés et rudimentaires, où la sculpture et la mouluration cherchent leur voie et peuvent être en avance ou en retard sur la construction )> (1).

Cette définition est beaucoup plus complexe, mais si la coexistence de la croisée d'ogives et d'une voûte romane est nécessaire pour distinguer un monument de transition, il faudrait ranger dans cette catégorie le chevet de Poissy où la voûte d'arêtes persiste sur le déambulatoire, le rondpoint de Saint-Denis qui s'élève sur une crypte voûtée darêtes, les églises de Saint-Pierre de Montmartre, de Champeaux, de Voulton (Seine-et-Marne), la chapelle de Bellefontaine (Oise), et la cathédrale du Mans dont la nef est voûtée d'ogives et dont les bas-côtés sont recouverts de voûtes darêtes, enfin l'église de la Trinité d'Angers qui renferme des voûtes d'ogives et des voûtes en cul-de-four. Par contre, il faut exclure de la liste les églises de Saint- Étienne de Beauvais, de Bury, de Cambronne, de Saint- Germer (Oise), la cathédrale de Noyon, le chœur de Saint- Germain-des-Prés, la nef de la cathédrale d'Angers, qui sont exclusivement voûtés d'ogives. Le problème se complique si les voûtes romanes et gothiques ne sont pas de la même époque, comme à Saint-Etienne et à la Trinité de

(1) Manuel d'archéologie française. Architecture religieuse, p. 454. L'aiileur donne une longue liste d'églises de transition, p. 625-G30.

10 LE PRÉTENnr STYLE DE TRANSITION

Cacn. à Lessay. à Saii)t-L(iuj> de Xaud. à Saint-Valéricn de Chàteaudun, à Cunault, près de Saumur.

.Je ferai tout d'abord observer que les monuments qui renferment des voûtes d'arêtes et d'ogives appareillées pendant la même campagne de travaux ne sont pas bien nombreux, parce que la voûte dogives fut appliquée simultanément sur toutes les parties des églises du XII'' siècle dans le nord de la France, sauf dans le Soissonnais et le Laonnois, où Ion se contenta de l'utiliser sur le transept et sur le chœur, en conservant lusage des charpentes apparentes sur la nef et sur les bas-côtés, peut-être par une simple raison d'économie.

Quant aux autres caractères de la transition énumérés par M. Knlart. ils se confondent avec ceux des premières églises gothiques, (^epcndanl. si la voûte dogives bombée qu'on a tort d'appeler doniicale, car ce dernier terme évoque une idée fausse sur ses origines, est un élément de la transition, il faudrait exclure de son domaine toute la Normandie, on les premières voûtes d'ogives ne présentent pas cette particularité qui se rencontre dans l'Ile-de-France, dans la Champagne et dans la Bourgogne, comme dans l'Anjou. En outre. j'ai constaté, en relevant plus de cent plans d églises de l'Oise et de l'Aisne, que l'épaisseur des murs ne varie guère dans les églises purement romanes ou franchement gothiques de cette région. .1 ajouterai même que les murs des nefs uniques de Saint-Jean-aux-Bois et de la chapelle Saint-Frambourg à Senlis, dont les croisées d'ogives remontent au XIIl* siècle, ont une section plus forte que ceux des nefs lambrissées, afin de résister à la poussée des voûtes. Si les murs de la nef de la cathédrale d'Angers ont la même épaisseur que ceux de la nef de 1 abbatiale de Funtcvrault. recouverte de (juatre coupoles, c'est que ses voûtes dogives ont une portée de 14 mètres.

L'absence d'arcs-boutants ou leur construction rudimentaire ne suffit pas à donner une réalité à la prétendue

transilion. car, mémo au XIIP siècle, l'école gothique de l'Anjou se contente d'épauler les voûtes dogives par des contreforts, comme les architectes du Midi qui élevaient des églises gothiques à nef unique. Dans le nord de la France, l'arc-boutant n'apparaît guère avant 1175, époque où M.Enlart considère la transition comme terminée.

Notre savant confrère a parfaitement raison de diviser les origines de l'architecture gothique, dans cette région, en deux périodes qui coïncident avec le second et le troisième quart du XII'' siècle (1 ), mais le mot transition est tout à fait inutile pour les qualifier, car elles se distinguent par des caractères bien tranchés. Enfin, si la sculpture des chapiteaux et le profil des moulures sont plus ou moins précoces ou arriérés, cette particularité tient uniquement à l'habileté ou à l'inexpérience des ouvriers. On constate le même fait, encore aujourd'hui , dans les communes éloignées des villes. Dans les tribunes du chœur de la cathédrale de Noyon, les chapiteaux à crochets voisinent avec les corbeilles décorées de feuilles d'acanthe, tandis que dans le chevet de Saint-Germain-des-Prés, consacré en 116.3, tous les chapiteaux sont encore romans. Cependant, larchitccture des deux ronds-points porte l'empreinte d'un style aussi avancé.

Ainsi la coexistence d'une voûte romane et d'une croisée d'ogives, l'absence des arcs-boutants, la finesse plus ou moins grande de la décoration, ne suffisent pas plus à donner une base solide à la transition que la présence simultanée de l'arc en plein cintre et de l'arc brisé.

Si les arguments techniques sont impuissants à étayer les théories inconsistantes sur la transition, l'assimilation tentée par M. Anthyme Saint-Paul entre les mots Transition et Renaissance n'est pas plus ])éremptoire. Le style de la Renaissance, qui s'est développé dans toute la France,

(1) Manuel d'nrcliéolof/ie française. Arcbiteclure religieuse, p. 455.

correspond à deux périodes du XW siècle bien délimitées. La première est caractérisée par une nouvelle décoration : la seconde par lusage constant de l'arc en plein cintre, de larchitrave. des ordres antiques et des ornements classiques. Sous les règnes de Louis XII et de François 1". les éléments décoratifs italiens voisinent avec les motifs habituels du style flamboyant. Est-ce aussi une transition? C est plutôt une juxtaposition, comme à l'époque où les premiers architectes gothiques restent encore fidèles à quelques traditions romanes.

L'histoire de l'art n'est (|u une perpétuelle évolution. mais si ji' vnulnis doiincr iiiic idée juste de la prétendue transition, je dirais qu elle fut iiiic long-ue "('station, parce que l'enfantement de 1 art o"othi(|ue dura pendant tout le XIP siècle et parce que la dédicace du chevet de Saint- Denis, en 1144, n'en marque pas du tout le terme.

>L Anthyme Saint-i-*aul. qui s'est fait l'apùtre de la transition, semblait d'ailleurs pressentir les équivoques de son système quand il (''crivait : « La période transitionnelle nest pas une période séparative : elle est à cheval sur les deux périodes romane et gothique : seulement, il n'est pas bon de dire : roman de transition ou gothique de transition. Dès qu'on se risque à (pialifier un édifice de roman ou de gothique, le mot de transition est gênant ou inutile » (1).

Cette dernière remarque du célèbre archéologue nous remet dans la bonne voie. En efîet. comment faut-il appeler l'église de Berzy-le-Sec. près de Soissons. bâtie d'un seul jet vers le niilioii du Xll" siècle? Son vaisseau central est lambrissé comme chacun des bas-côtés, et son chœur est voûté d'ogives. Je dirai donc qu'elle se compose d'une nef romane et d'un chevt^t gothique, comme la plupart des églises voisines. De même, la cathédrale d'Autun est une

(1) Revue de l Ail chrélieii, 1894, p. 477.

LE PHÉTENDl' SI'YLE 1»E TRANSITION 13

ég'lise romane, malgré ses nombreux arcs en tiers-point, et les bas-eùtcs voûtés d'ogives de Saint-P2tienne de Beauvais sont du style gothique, bien que les doubleaux. les grandies arcades et les fenêtres soient en plein cinli'(\

Ainsi, la voûte est le seul élément vraiment distinctif. Or il y a dans le nord et dans Test de la France, en Bretagne et en Angleterre, beaucoup de nefs gothiques recouvertes d'un plafond de bois, comme celle de Saint-Martindes-Champs à Paris et même des chœurs gothiques non voûtés, comme à Thourotte, près de Compiègne, et à Saint- Ayoul de Provins. Néanmoins l'épithète leur convient, parce que le plan des piles, les moulures des arcades, le remplage des fenêtres et la décoration nont aucun caractère roman.

Il est temps de conclure. Le style de transition n'existe pas plus c|ue la période de transition. L'un est si vague qu'on n'arrive pas à le définir : l'autre est impossible à délimiter. En 1894, j'avais déjà critiqué, dans mon principal ouvrage (1), l'emploi du mot transition, parce qu'il tend à faire croire à je ne sais quel système de construction intermédiaire entre l'architecture romane et l'architecture q-o-

thique. J'ai toujours recommandé à mes élèves de ne pas en faire usage. Depuis vingt ans, les archéologues qui ont écrit des articles dans le Bulletin archéologique et dans le Bulletin Monumental ont laissé tomber en désuétude un mot dont Quicherat, Viollet-le-Duc et Choisy avaient eu bien raison de ne jamais se servir. Cependant, la transition fait encore de loin en loin quelques rares apparitions : c'est la dernière épave de cet antique vocabulaire où le roman fleuri, l'art ogival, le style lancéolé, le clerestory et la vesica piscis faisaient bon ménage. 11 m'a donc semblé utile de souligner les curieuses divergences des archéologues qui

(1) L'architeclure religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons, au XI" et au Xlb' siècle, t. I, p. 97.

définissent la transition suivant leurs idées personnelles, et de prouver que ce prétendu style ne correspond à aucune classification vraiment scientifique.

Caen. - Imprimerie H. Delesques, rue Demolombe. ;n

Dr MEME AETErii :

L'église de FiTsuav-siir-SarllK'. dans le Hnl/cliii Mnniiincinal, t. LXVI. 1902.

I/étflise abbatiale de Cliaalis (<)ise>. dans le Httliclin Mnnnincntal, t. LXVI. 1902.

L'éfflise abbatiale d'I-Ivron (Maveiiiie), dans le liiillcdn Monumcntdl, t. I.XVIÎ, 1903.

I/ai'chiteetiire gothique dans la Cliaiiipauiie iiiéridioiiale au Xlir et au WV siècle, dans le Coiiijri's ((/■(•/i(''t)loi/i'/iic de Troi/cs,

Les façades successives de la calbédrale de Cliarfres au Xr et au Xll* siècle, dans le CoïKjri's (u-c/n'o/ot/ii/uc de Chartres, 1901.

Le puits des Saints-Forts et les cryptes de la cathédrale de Chartres, dans 1(> Biillciin Moniinwiintl, t. LXVIl, 1903.

.\ouvelle étude sur la laçade et les clochers de la cathédrale de Chartres, itéponse à .M. .Mayeu.v. dans les Mcmoircs de la Sociéfc iirr/iénlni/ii/iic d' Kiirc-el-Loir, t. XIII, 1904.

Les architectes et la construction des cathédrales de Chartres,

dans les Mémoires de /a Sunètè /udiamiie des Antiquaires de France, t. LXIV. 1905.

Staint-llilaire de Poitiers. Ktude archéolo$:'i<(ue. dans le Congrès (ircliéolo(/i'/iie de l'oitiers, 1904.

L'étflise de Jazeueuil (Vienne), dans le Conarès arr/ièol(u/i(/tie

de Poiriers. 1904.

Jean Lanuiois. architecte de Saint-l rbaiii de Troyes. dans le Bulletin MonnnwnUil, t. LXVIII. 1901.

Saint-Évremond de Creil. Xotice nécrolo^iiqu^» dans le Bulletin Monniaentol, *. LXVIII. 1901.

La cathédrale romane d'Orléans, dans le Bulletin Monumental, t. LXVIII, 1904. En cllabni-ation avec M. .Tarrv.

Le château de Lassay (Mayenne), dans le Bulletin Moiutmental, X. LXIX, 1905. En eollaboi-al ion a\ee M. le marquis de Beauciif.snk.

Le déambulatoire champenois de Saint-Martin d'Étampes. dans le Bulleiiu Monumental, t. LXIX. 1905.

Les dates de Saint-Julien de Kri<Mide. dans le Coiii/z-ès archèoloiji'/ue du Piii/, 1905.

I/éfflise de Clu^tel-Montaifue (Allier). dans le Bulletin Monumental, t. LXIX, 1905.

A travers le Beauvaisis et le Valois, dans le (.'orn/rès archèoloi/K/ue de Beauruis, 1906.

Les influences normandes au Xr et au Xll" siècle dans le nord de la France, dans le Bulletin Mouamcntal . t. LXX, 1906.

• 1)1' MEME AlTEVli:

Les cloeliers du Xlir et du X\T siècle daii.s le Iteauvaisis ei le Valois, d;ms le Conç/fès arc/iùolo(fi'jtic de Beduiais, 1906.

Coiiimeiit doit-on rédiger la inoiiouTapliie d'une éfflise ? dans \e Bidiptin Moiuuiu-nttilA. LXX. 1W6.

Les ori^rines des srâbles. dans le Bidlfiin Miniiiinctiidl. t. LXXI,

L'ahbaye du Moncel (Oise). Étude areliéolouique. dans le Bul~ h'fiii' Mnnuinentdl, t. LXXI. 190T.

Saint-Paul de \arl)onne. Étude areliéoloalque, dans le Congrès iirc/iL'olo(/"/i((' de Cn/'r/issonne et }'er/)ii/n((n. 1907..

Le caveau central de la crvpte de Saint-Denis, dans le Bulleiln MonuiiieiUd/. t. LXXI. 1907.

L'étflise de Villeneuve-sur-Yonne, dans le CorK/rés tu-c/iéoio(/ique d'Ara lion. 1908.

Les cartictères distinctils des écoles gothiques de la Cluinipatrne et de la l!our::'o:rue. d;tns le Conif/ws iirr/ièolo</l</iie d'Ardllon,

Les campagnes de construction de .\otce-Uanie d'Ktampes, dans le Bulletin Moinudentdl, t. I.XXIII. 1909.

La cathédrale de Coutances. dans le Coni/i-ès <(rc/i(''ol();/l(/ne de Cden. r.Ml9.

Les Clocliers du Calvados, dan'^ le Cnnt/eès di-c/ièolot/ii/ue de Cden, 1909.

Étude sur les ogives toriques à tilet saillant, dans le Bulletin Monu, dental, t. LXXIII. 1909.

Le donjon quadrilobé d'Vmbleuv. dans le Bulletin Mninimentdl, t. LXXIV. 1910.

L'église de La Celle-Bruère ((lierKdans It; Bulletin Maninuenfal, t. LXXIV. 1910.

L'éelise \otre-Danie du Tlior. dans le Con'/i-i''s di-rh/'olo(/i</ue d'Ari(/non, 1910.

L'église de Cernv-en-Laonnois. dans le Bulletin Monumental, t. LXXIV. 1910.

L'école orthodoxe et l'archéoloirue moderniste, dans le Bulletin Monumental, \. LXXV. 1911.

Répertoire des architectes, maçons, sculpteurs, charpentiers et ouvriers Trancais au XI' et au XII'' siècle, dans le Bulletin Monumental, t. LXXV. 1911.

L'église de Cormeilles-en-Vexin (Seine-et-Oise). dans le Bulletin Monumental, t. LXXV. 1911.

L'église abbatiale du Ronceray d'.Vngers. dans le Coiuji-ès ai-e/d'olofiique d'Anfievu et Suumur, 1910.

F. de FOSSA et E. LEFÈVRE-PONTALIS

Page 1